Stade Rennais-FC Nantes: Comment le Roazhon Celtic Kop est devenu une référence en matière de tifos

FOOTBALL Les Ultras rouge et noir devraient encore régaler face aux Canaris, ce samedi...

Jeremy Goujon

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Le tifo du Roazhon Celtic Kop avant le coup d'envoi de Rennes-Lorient, le 25 février 2017.
Le tifo du Roazhon Celtic Kop avant le coup d'envoi de Rennes-Lorient, le 25 février 2017. — J. Goujon / C Sport / 20 Minutes
  • Parfois, au Roazhon Park, le spectacle est davantage en tribune (Mordelles) que sur le terrain.
  • La « faute » au RCK, LE groupe de supporters made in SRFC, qui a pris l'habitude de confectionner des « tableaux » à couper le souffle.

Le Roazhon Celtic Kop avait prévenu d’entrée de jeu par texto. « Bonjour, nous ne souhaitons communiquer que sur notre rassemblement en ville et non sur le derby (rivalité, tifo, etc.). » On a essayé, malgré tout, de tirer les vers du nez de Pierre, co-président du principal groupe de supporters du Stade Rennais.

« Pas de place pour les Nantais »

Il était trop tentant, en effet, de l’interroger sur l’absence de la Brigade Loire (les Ultras nantais), ce samedi, au Roazhon Park, pour le match entre le SRFC et le FC Nantes (17 heures). Ou d’évoquer les tensions actuelles entre l’ANS (l’Assocation nationale des supporters) et le président de la commission de discipline de la LFP, désireux de « reprendre la main » après le très agité Bordeaux-Marseille de dimanche dernier. « Bien tenté », se contentera de répondre notre interlocuteur.

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Alors on a parlé, comme convenu, du cortège d’avant-derby annoncé dès le 14 novembre par le RCK, avec un message sans équivoque : « Pas de place pour les Nantais, pas de Nantais sur ma place ». « C’est pour rassembler tous les supporters rennais en ville [à partir de midi], pour qu’on puisse aller tous ensemble au stade dans un cadre festif, explique Pierre. Comme lorsqu’on est en déplacement, ça va chanter, il y aura quelques drapeaux, de la pyrotechnie, un peu de tout ça. Tout le monde au club sait que c’est LE match de la saison. Il n’y a rien à dire de plus, maintenant c’est à eux [les protégés de Sabri Lamouchi] de jouer. »

Un mal pour un bien

Initialement prévue place du Parlement, la réunion débutera finalement place de Bretagne, à la suite de l’arrêté préfectoral « interdisant toute manifestation ou rassemblement à caractère revendicatif sur la voie publique dans le centre historique de Rennes, du samedi 25 novembre au dimanche 7 janvier 2018 minuit ».

Une fois arrivé au stade - après un départ aux alentours de 13 h 45-14 heures - et au moment, surtout, de l’entrée des deux équipes sur le terrain, le kop rouge et noir sera scruté pour le déploiement de son tifo, domaine dans lequel il est passé maître depuis plusieurs années. La remise en question du RCK, consécutive au fameux vol de banderoles perpétré la nuit précédant le… Rennes-Nantes du 29 septembre 2013, a visiblement eu du bon.

Inspirés par le 7e art

Ainsi, le collectif de fans squatte souvent le Top 10 du site « La Grinta », lequel établit le classement des meilleurs tifos mondiaux « selon les critères suivants : originalité, créativité, complexité et qualité ». « C’est la cinquième saison de ce Top 10, et ça fait deux-trois ans que le RCK y figure de manière régulière, précise Adrien Verrecchia, fondateur de La Grinta. C’est clair qu’il y a eu des progrès assez impressionnants en matière de tifos du côté de Rennes. Le RCK fait partie des groupes les plus créatifs et originaux, et s’est forgé une petite réputation là-dessus. Ils se débrouillent pour varier leurs thèmes, souvent en rapport avec le cinéma. »

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En septembre 2017, l’un des capos du Roazhon Celtic Kop, Yoann, avait détaillé le processus de fabrication desdits visuels, dans un entretien accordé au site Vice. « Comme partout, on a une cellule tifo. Il y a un graphiste, qui bosse avec nous depuis très longtemps. Après, les maquettes sont proposées, les membres donnent leurs idées… Puis on a plusieurs lieux pour travailler, ça dépend de l’importance du tifo, du temps qu’on a. Ensuite, les mecs charbonnent, tu en as deux qui tracent, etc. Tout est fait à la main par le groupe [là où d’autres passent commande auprès d’entreprises, pour le meilleur et pour le pire] […] Maintenant, les mecs sont rodés et très forts techniquement. Parfois, je discute avec d’autres Ultras, et ils me disent que ça fait deux mois qu’ils sont sur un tifo, alors que nous, on est capables d’en faire un en quinze jours. »

Le malheur des uns...

Selon Verrecchia, l’émergence du RCK est également liée à deux phénomènes. « Parmi les références mondiales, l’Italie, mère patrie du mouvement ultra, ne traverse pas une bonne passe. Avant d’être réprimés, on pouvait aussi citer les Marocains, qui étaient très forts. Par conséquent, on entend beaucoup plus parler des tifos français, réalisés par des groupes qui ont bien progressé, qu’auparavant. »

Troisième facteur : la « saine émulation » entre supporters bretons. « Les Merlus Ultras [FC Lorient], le RCK et la Brigade Loire, notamment, se poussent mutuellement », estime le directeur de la publication de La Grinta.

Dans le Big Five tricolore

Pas encore au niveau de leurs homologues polonais du Legia Varsovie, exemple de référents européens cité par Adrien Verrecchia en raison de « chorégraphies hyper impressionnantes », les membres de la tribune Mordelles, à Rennes, n’ont cependant « pas volé » leur statut à l’échelle bleu-blanc-rouge.

« Ils font partie du haut du panier en France. Dans le Top 3 ? Je n’en suis pas complètement certain, mais Top 5, je pense que oui », conclut Verrecchia. Le genre de classement, rapporté à la Ligue 1, qui comblerait bon nombre d’amoureux du Stade Rennais en fin de saison…