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Coupe de France: Fleury-Mérogis, le club qui pousse à l'ombre de la prison

Coupe de France: Vous pensez à la prison quand on vous parle de Fleury-Mérogis? OK, mais il y a un club qui pousse derrière

FOOTBALLLes Franciliens jouent leur place en huitième de finale de la compétition mercredi...
Romain Baheux

Romain Baheux

Avant d’aller plus loin dans ces lignes, on va tout de suite mettre les choses au point : si vous allez voir les joueurs de Fleury-Mérogis s’entraîner sur leur terrain synthétique, vous échapperez à la vue sur la célèbre maison d’arrêt. Mais pas aux discussions sur la difficulté de s’émanciper de la présence de la plus grande prison d’Europe, aux quelque 4.500 détenus recensés cet été, dont Salah Abdeslam au quatrième étage.

« On n’a pas le choix, on accepte que cela soit évoqué quand on parle de nous, raconte dans l’un des bungalows jouxtant la pelouse d’entraînement Bernard Bouger, ancien pro et coach du club de l’Essonne. On entend des remarques en déplacement mais ça reste souvent des choses dites avec humour. Je me souviens d’une fois où on nous avait dit "ah, ils rentrent dans leurs cellules" après un échauffement… »

Autant dire qu’il faudra être imaginatif pour surprendre l’entraîneur mercredi (18h) à Avranches (National), où Fleury-Mérogis dispute le premier 16e de finale de Coupe de France de son histoire. Mais pardon, Fleury 91 comme il convient de dire depuis 2015 et le changement de nom impulsé par le président et mécène, Pascal Bovis. « On a eu treize expulsions l’an passé, le nom de Fleury-Mérogis semble lourd à porter », racontait ce dernier au Parisien à l’époque. Ajoutez-y une embrouille avec la mairie, et vous obtenez ce nouveau baptême d’une des belles histoires du foot francilien.

Bernard Bouger, coach du Fleury 91.
Bernard Bouger, coach du Fleury 91. - 20 Minutes

Parti des tréfonds des championnats District, Fleury s’est désormais installée en CFA, vise à moyen terme une montée en National – le troisième échelon hexagonal — et réussit cette saison un solide parcours en Coupe. Après Le Paris FC et Lyon La Duchère (National), c’est le leader de Ligue 2, Brest, qui a été sorti sans parvenir à inscrire un but aux amateurs.

« On a des choses à vendre pour attirer des joueurs, souligne le coach. On peut les faire progresser, on est un club à la limite du professionnalisme. On sait aussi que pas mal de recruteurs de grosses équipes ont un œil sur les joueurs d’Ile-de-France, c’est un argument que l’on peut mettre en avant. »

« Parfois, je reconnais certains mecs et je me dis "tiens, je l’ai vu en prison lui" »

Et pour les ultimes indécis, sachez que Fleury est le seul club francilien à posséder sa mascotte. Maurice le lion, connu dans le civil sous le nom de Laurent Tison, surveillant pénitentiaire à la prison du coin (non, ça ne s’invente pas). « Un jour, je suis tombé sur un vieux tambour qui traînait, nous raconte-t-il le long de la main courante. Je suis allé en jouer pendant les matchs des seniors et petit à petit, des gens m’ont rejoint. »

Le boss du kop de Fleury, Laurent Tison.
Le boss du kop de Fleury, Laurent Tison. - 20 Minutes

Et voilà comment sont nés les Tyson Boys, club de supporters dont le nom est inspiré de son président, qui chauffera la cinquantaine de fans dans le bus qui prendra la route de la Normandie mercredi. « J’étais un joueur assez fougueux et combatif, du genre à laisser passer la balle mais pas l’adversaire », sourit-il.

Parfois, ses week-ends footballistiques le ramènent à son boulot. « Je croise des mecs et je me dis "tiens, je l’ai déjà vu en prison lui". Eux aussi me reconnaissent et viennent parler à leur ancien maton. J’en ai aussi amené certains au club, en leur disant qu’ils seraient mieux là qu’à traîner dehors. Mais attention, on n’a rien à voir avec la prison. Que ce soit clair. » Ça le sera encore plus avec une qualification en huitième.