Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Le grand prix démesuré de Las Vegas loin du carton annoncé

Formule 1 : Faute de suspense, le grand prix démesuré de Las Vegas loin du carton annoncé

pari risquéAlors que la course au titre est pliée, l’engouement du public américain ne semble pas, pour l’instant, à la hauteur des investissements pharaoniques de Liberty Media pour ramener la Formule 1 sur le strip de Vegas
Philippe Berry

Philippe Berry

L'essentiel

  • Le grand prix de Las Vegas se déroule samedi soir à 22 heures (dimanche matin à 7 heures à Paris), avec les essais libres ce jeudi et les qualifications vendredi.
  • Le propriétaire de la F1, Liberty Media, a investi plus d’un demi-milliard de dollars dans la course, notamment pour construire les stands et le paddock.
  • Alors que les billets s’arrachaient il y a un an, l’absence de suspense, avec un titre mondial déjà joué, fait plonger les prix.

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Lewis Hamilton avait promis « la plus grande course de tous les temps ». Un circuit urbain, de nuit, avec des F1 déboulant à 340 km/h sur le strip de Las Vegas, passant devant le Caesars Palace, le Bellagio et la nouvelle Sphere. Mais si les néons et les casinos de Sin City offrent sur le papier un cadre démesuré à la hauteur des ambitions en Amérique de la Formule 1 et de son propriétaire Liberty Media, le pari à 500 millions de dollars semble loin du carton annoncé. Alors que Max Verstappen et Red Bull ont depuis longtemps plié la course au titre, le prix des billets et des chambres d’hôtel est en chute libre, et la colère des riverains gronde face aux routes fermées et aux travaux.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Des prix divisés par deux ou plus

Mardi, le grand prix était loin d’être sold-out. Alors que Liberty Media table sur 100.000 spectateurs quotidiens de jeudi à samedi soir, il reste des milliers de billets invendus, selon les estimations du site spécialisé Oversteer48.com.

Le grand prix de Las Vegas est le plus cher de la saison, encore plus que celui de Monaco. A l’heure actuelle, un pass pour trois jours démarre à 1.869 dollars sur le site officiel et un billet pour la course de samedi soir à 1.215 dollars. Mais on en trouve à moitié prix sur les sites de revente comme Stubhub ou Ticketmaster. Et si la demande continue d’être inférieure à l’offre, la dégringolade devrait se poursuivre.

La tendance est encore plus extrême pour l’hôtellerie. Quand la course a été annoncée il y a un an, les chambres s’arrachaient à plus du triple des tarifs habituels : entre 650 et 900 dollars pour les établissements les plus abordables du strip (Excalibur, Circus Circus, Sahara, Harrah, Flamingo, Ballys, notamment). Aujourd’hui, on en trouve entre 80 et 150 dollars.

« Ce n’est pas inhabituel », explique Jeremy Aguero, du cabinet d’analyse Applied Analysis. « Las Vegas accueille chaque week-end environ 300.000 personnes. Avec 140.000 personnes pour la F1, les touristes qui occupent (ou pas) les autres chambres exercent une pression à la baisse sur les prix. »

Des investissements monstres

Contrairement aux autres grands prix, qui sont sous-traités à des promoteurs indépendants locaux, Liberty Media, qui a racheté la F1 pour huit milliards de dollars en 2017, est l’organisateur de la course. Le groupe du milliardaire John Malone a investi près de 500 millions de dollars pour acquérir un terrain à deux pas du strip et y construire les stands et le paddock, qui pourront à l’avenir être visités par les touristes.

 Le circuit urbain de Las Vegas, c'est une course de 6,12 km, avec 14 virages  et une vitesse maximale de 340 km/h.
Le circuit urbain de Las Vegas, c'est une course de 6,12 km, avec 14 virages et une vitesse maximale de 340 km/h. - Liberty Media / F1

Côté concerts, Liberty Media n’a pas lésiné : le show sera assuré par Tiësto et Steve Aoki, Major Lazer et John Legend. Il y a évidemment des after-parties, notamment celle de Sports Illustrated avec David Beckham et Shaquille O’Neal.

Après avoir relancé l’intérêt pour la F1 aux Etats-Unis en coproduisant la série-documentaire de Netflix Drive to Survive, Liberty Media surfe sur la transformation récente de Las Vegas en nouvelle Mecque du sport. Jusqu’en 2017, la capitale mondiale du jeu était dépourvue de toute franchise sportive. Il y a d’abord eu le hockey, avec les Golden Knights, champions cette année, puis le football américain, avec le déménagement des Raiders, qui se sont installés en 2020 dans un stade flambant neuf qui accueillera le Super Bowl en février prochain.

Reste une question : y a-t-il de la place pour trois grands prix américains sur 24 courses, après Austin et, depuis l’an dernier, Miami ? Selon Jeremy Aguero, il est « trop tôt » pour savoir si les retombées économiques du grand prix, projetées à 1,3 milliard de dollars pour la région de Las Vegas, seront à ce niveau.

Des riverains et des touristes en colère

« Des fontaines ont été coupées, des canaux drainés, des rues fermées, c’est stripmageddon », s’énerve Michael Green, un professeur d’histoire de Las Vegas interrogé par l’agence AP. Il exagère à peine. Les fontaines du Bellagio, l’une des attractions les plus photographiées aux Etats-Unis, sont à peine visibles derrière des tribunes, et les canaux du Venetian ont été vidés pour accueillir une zone VIP. Côté trafic, la circulation est fermée sur Las Vegas Bl, avec des bouchons sur les zones de contournement, et de longs détours via des passerelles surélevées pour les piétons.

Peu d’intérêt sportif

La course, avant-dernière de la saison, aurait pu être décisive. Mais avec des titres mondiaux depuis longtemps acquis à Max Verstappen et à Red Bull chez les constructeurs, il n’y a plus vraiment de suspense. Liberty Media joue pourtant gros : au début des années 1980, le grand prix de Las Vegas, qui avait tourné à une « course de parking » sur un terrain minuscule, n’avait survécu que deux années.