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FORMULE 1L’Aston Martin, une RedBull verte ? « Ils ont eu les couilles de le faire »

F1 : L’Aston Martin, une Red Bull maquillée en vert ? « Ils ont eu les couilles de le faire, bravo »

FORMULE 1L’écurie de Formule 1, Aston Martin a impressionné tout le paddock en se hissant sur le podium du premier Grand Prix de la saison à Bahreïn, avant de faire face aux accusations de copie de Red Bull
Une Aston Martin devant une Ferrari et une Mercedes lors du Grand Prix de Bahreïn, non vous ne rêvez pas.
Une Aston Martin devant une Ferrari et une Mercedes lors du Grand Prix de Bahreïn, non vous ne rêvez pas.  - BARNI Cristiano / Sipa / SIPA
Adrien Max

Adrien Max

L'essentiel

  • Aston Martin F1 a impressionné tous ses concurrents lors du premier Grand Prix de la saison, à Bahreïn, en se hissant aux 3e et 6e places.
  • A l’issue de la course, certains se sont étonnés des ressemblances entre l’Aston Martin et la Red Bull, des critiques déjà apparues lors des essais hivernaux.
  • Au-delà de s’inspirer de la RB18, Aston Martin a surtout progressé en recrutant chez les autres écuries et en structurant mieux l’équipe dans l’attente de la livraison de leur nouvelle usine.

Après un 99e podium, surprise, la semaine dernière pour le premier Grand Prix de la saison de Formule 1, Fernando Alonso passera-t-il la barre symbolique des 100 dès ce week-end pour le Grand Prix d’Arabie saoudite, dimanche (18 heures) ? Ce qui n’était qu’un doux rêve est en passe de devenir réalité tant Aston Martin F1 Team, l’écurie du milliardaire canadien Lawrence Stroll, fondée sur les bases de Racing Point, a créé la surprise il y a deux semaines à Bahreïn. Avec Fernando Alonso à la troisième place donc, et son coéquipier et fils du propriétaire, Lance Stroll, à la sixième place. De quoi supplanter Ferrari et Mercedes, relégués au pied du podium.

Une performance incroyable quand on se souvient qu’Aston Martin a terminé à la 7e place des constructeurs la saison dernière, sans aucun podium. « Une telle progression est assez rare, c’est pourquoi il faut le signaler. Forcément on est impressionné, ce n’est jamais évident de rebondir de la sorte dans la Formule 1 moderne, on ne peut que dire bravo pour ce qu’ils ont fait », indique à 20 Minutes, Eric Boullier, ancien patron d’écuries.

« Je suis content de voir trois Red Bull sur le podium »

Mais dès la conférence de presse d’après course, les premières critiques, à peine déguisées, ont commencé à fuser. « Je suis content de voir trois Red Bull sur le podium », souriait notamment le pilote de la marque au taureau ailé, Sergio Perez. Ces accusations de copie de la Red Bull avaient d’ailleurs commencé à émerger dès les essais hivernaux, fin février.

« L’Aston Martin ressemble à une Red Bull parce qu’Aston Martin a récupéré la moitié des employés du département aérodynamique de Red Bull. Alors bien sûr, ils ont construit la même voiture et l’ont peinte en vert », lançait par exemple Franz Tost, patron de l’équipe AlphaTauri, appartenant à Red Bull. A commencer par Dan Fallows, l’aérodynamicien en chef de Red Bull depuis parti chez les Verts. Helmut Marko, l’un des pontes de Red Bull, a tenu à édulcorer ses propos après avoir sous-entendu que Dan Fallows étaient partis avec les plans de Red Bull : « Non, pas du tout, ce n’est pas censé être une accusation. Ce ne sont que des commentaires humoristiques, car si vous regardez la grille, l’Aston Martin est la voiture qui nous ressemble le plus. »

Dan Fallows, un transfert fondamental

Pour Eric Boullier, l’arrivée de l’ancien aérodynamicien de Red Bull est l’une des explications des bonnes performances d’Aston Martin, mais pas la seule. « Il est imprégné de l’esprit Red Bull donc il insuffle une nouvelle méthode. Mais il fallait aussi décider de changer de concept aéro et je ne peux que tirer mon chapeau aux équipes qui ont su intégrer ces méthodes, ce concept, et le faire fonctionner », insiste-t-il.


Fernando Alonso a réussi à hisser son Aston Martin sur le podium à Barheïn, pour sa première course sous les couleurs de sa nouvelle écurie.
Fernando Alonso a réussi à hisser son Aston Martin sur le podium à Barheïn, pour sa première course sous les couleurs de sa nouvelle écurie.  - BARNI Cristiano / Sipa

Surtout qu’Aston Martin est motorisé par Mercedes et que certaines parties de leur monoplace sont fournies par le constructeur allemand, principal concurrent de Red Bull aux concepts bien différent. Difficile, dès lors, de les accuser d’avoir copié entièrement la Red Bull de 2022, contrairement à Racing Point en 2020, et leur « Mercedes rose », pour laquelle l’écurie avait écopé de 15 points de pénalité pour avoir utilisé les mêmes écopes de frein que celle de l’écurie allemande.

Structuration et nouvelle usine

C’est plutôt du côté de la méthode de travail et de la structuration de l’équipe qu’il faut regarder, et l’énorme travail engagé depuis le passage de Racing Point à Aston Martin. « L’équipe est bien structurée, elle grandit avec une expérience managériale certaine. Ils mettent les moyens et une traçabilité du futur se met en place avec la construction d’une usine. Ils rassurent leur personnel, et leur donnent les moyens et l’envie de bien faire. Copier ou inventer ce n’est pas la même chose, mais il faut déjà commencer par faire ce que les meilleurs font. Ils ont eu les couilles de le faire, et ils l’ont bien fait, donc bravo », développe l’ancien patron de Renault, Lotus et McLaren.

Toto Wolff, le patron de Mercedes, directement concurrencé par Aston Martin pour les 2e et 3e places du classement, mais aussi motoriste et fournisseur de certaines pièces et accessoirement détenteur d’action d’Aston Martin, rejoint l’analyse d’Eric Boullier. « C’est une chose que les deux voitures se ressemblent, mais après, dans la conception et la fabrication de la voiture, ce n’est pas seulement une copie comme il peut se dire. S’ils ont une voiture qui fonctionne c’est dû au bon travail que fait l’équipe, on ne peut pas dire que c’est juste parce que c’est la même que Red Bull. Il y a beaucoup de travail derrière tout ça », estime-t-il, beau joueur.



Une surprise, mais pas d’enflammade

Mais même du côté de chez Aston Martin, on admet être surpris de cette incroyable performance, au point de penser « à une erreur » au moment de se rendre compte que les données de performance de leur voiture « dépassaient les objectifs », c’est-à-dire ceux de la RB18, lors des essais hivernaux. Depuis, ils préfèrent laisser les critiques et les accusations de côté, pour continuer de se concentrer sur leur performance. « C’est une très bonne étape que nous avons franchie. Mais après la première course de l’année, je pense qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions sur notre état de forme. Nous devons attendre trois ou quatre courses pour vraiment voir à quel point le pas franchi est grand. Mais nous pouvons dire que nous en avons fait un », confiait Mike Krack, le patron d’Aston Martin à l’issue de la course de Bahreïn.

Reste à savoir si Aston Martin pourra rééditer cet exploit de se hisser sur le podium, à la faveur d’un bon développement de leur monoplace au cours de la saison. Mais avec l’instauration du budget cap, Eric Boullier estime « qu’ils peuvent tenir leur place ». « Il y a quelques années, lors de la course à l’armement j’aurais été plutôt tenté de dire qu’ils allaient rentrer dans le rang, mais aujourd’hui c’est différent », prévient-il. Avec un pilote de la qualité d’Alonso, sans parler de sa motivation, une équipe de qualité et bien structurée, la construction d’une nouvelle usine et des équipes motivées, tout semble s’aligner du côté d’Aston Martin.

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