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F1 : Avoir un baquet en Formule 1, est-ce toujours une question d'argent ?
Grand Prix de Bahrein•Grâce à la nouvelle dimension économique prise par la Formule 1, dont la nouvelle saison commence ce week-end à Bahreïn, la page des pilotes payants, qui arrivaient à se faire une place grâce à un énorme soutien financier, semble se tournerAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- La saison de Formule 1 reprend ce week-end avec le GP de Bahreïn.
- Trois pilotes disputeront leur premier Grand Prix de F1, Nyck De Vries, Logan Sargeant et Oscar Piastri, après avoir eu de bons résultats dans les catégories inférieures.
- Le fruit d’une nouvelle dynamique où le talent n’est plus forcément mis de côté, par rapport à une époque où de nombreux pilotes « payants » figuraient au départ.
Loin de nous l’envie de donner une mauvaise idée à Elon Musk, surtout vu l’état dans lequel il a plongé Twitter depuis son rachat, mais ne serait-il pas temps qu’il rachète une écurie de F1 ? Le créateur de Tesla pourrait ainsi faire joujou et propulser dans le baquet un de ses potes milliardaires qui conduit plus ou moins bien. Après tout, un pilote moyen adossé à un gros portefeuille, ça ne serait pas une première. Souvenez-vous de Nicholas Latifi, piètre pilote Williams bien aidé financièrement par papa, qui a fait fortune dans l’agroalimentaire. Ou de Felipe Nasr (Sauber), qui avait derrière lui Banco do Brasil, et de Nikita Mazepin (Haas), poussé par Gazprom.
L’argent, oui oui. Le talent, non non. Ce n’est pas la dernière pancarte à la mode dans les manifs contre le report de l’âge légal à la retraite, mais le résumé de ce que représentaient des pilotes comme Nasr, Latifi ou Mazepin… Pas forcément de résultats dans les catégories inférieures, mais un portefeuille utile aux écuries qui leur permettaient de trouver un volant dans la grille. Et empêchait l’éclosion de pilotes bien plus talentueux. « En F1, le résultat, la détermination, le travail au niveau sportif ne sont pas les uniques critères pris en compte, nous explique Jaime Alguersuari, pilote Toro Rosso de 2009 à 2011. Dans le choix des pilotes, les facteurs commerciaux, économiques, sont vitaux pour la F1, et c’est aussi compréhensible. C’est un sport mais aussi un marché, où les coûts sont très élevés. »
Changement de dynamique économique
Aujourd’hui DJ à plein temps, l’Espagnol de 32 ans a quand même pu observer un changement depuis quelques années sur la grille. Comme Guillaume Le Goff, manager de Pierre Gasly et Nyck De Vries, l’un des nouveaux visages cette saison : « Il y a dix ans, on devait avoir un tiers de la grille qui était composé de pilotes payant. Maintenant, il doit en rester un ou deux qui sont là grâce à leur argent. » On peut notamment viser, sans méchanceté aucune - vous nous connaissez -, le Chinois Guanyu Zhou, chez Alfa Romeo, 6 petits points en 2022, contre 49 à son coéquipier Valtteri Bottas.
Avec De Vries (AlphaTauri), donc, mais aussi Oscar Piastri (McLaren) et Logan Sargeant (Williams) comme rookies, les écuries ont choisi de mettre en avant des pilotes avec de gros résultats en F2 ou F3, plus que des gros portefeuilles les accompagnant. Non pas que les équipes aient décidé de la jouer grand seigneur, mais elles profitent d’une nouvelle dynamique économique. « Je pense que la limite de coût, fixée à 145 millions d’euros, est quelque chose de très positif, car ça permet de plus facilement faire confiance à des jeunes pilotes, relève Jaime Alguersuari. Grâce à ça, le pilote a de nouveau un rôle prépondérant. Quand il n’y a pas de limites, n’importe quelle aide financière qui puisse aider l’équipe, améliorer la voiture, embaucher plus de gens va être la bienvenue. Le pilote passe alors au second plan. »
« L’explosion de la popularité de la F1 et l’explosion commerciale ces cinq six dernières années a eu le mérite d’augmenter les revenus de toutes les équipes, ajoute Guillaume Le Goff. Maintenant, toutes les équipes gagnent de l’argent, avec un profit en fin d’année. Les équipes ne reposent plus sur les revenus des pilotes payant pour boucler leurs budgets. Les équipes de bas de tableau peuvent se permettre de prendre des pilotes qui ne ramènent pas de budget. Après, l’argent a toujours une énorme importance et, à niveau équivalent, un pilote qui ramène avec lui des millions sera toujours privilégié. Mais la F1 coûte tellement d’argent que le fait que toutes les équipes en gagnent, ça assainit et donne plus d’espoirs à des jeunes pilotes d’être pris. » »
Les Français moins handicapés
Et autant dire que ça arrange bien nos petits Français. Après Pierre Gasly et Esteban Ocon, d’autres jeunes tricolores pourraient venir bientôt garnir la colonie bleue en F1, comme Théo Pourchaire (2e de F2 en 2022) ou Victor Martins (champion du monde de F3 en 2022). « Moi, je ne suis pas issu d’une famille aisée, donc ce ne sont que mon potentiel et mes résultats qui vont me permettre d’y aller un jour, nous explique, depuis Bahrein, le second, qui disputera son premier GP de F2 ce week-end. Je suis dans un état d’esprit où, si je veux arriver un jour en F1, je veux vraiment le mériter, je veux montrer que je fais partie des 20 meilleurs pilotes du monde. »
Comme de nombreux autres pilotes, Victor Martins a été recruté par une filière constructeurs - « la voie royale pour accéder à la F1 », selon le président de la Fédération française des sports automobile Nicolas Deschaux –, Alpine en l’occurrence, et sait que, si les résultats suivent, il devrait avoir sa chance dans la catégorie reine. « Je veux me battre pour le titre [de F2] dès mon année de rookie, développe Martins. Parce que je sais que si je veux une vraie opportunité plus tard en F1, il faut que je monte mon potentiel dès la première année. La F2, c’est là où les équipes de F1 regardent vraiment si, sur une année, tu as le vrai potentiel, tu as le vrai talent, tu as tout ça. »
La french touch
La recherche du talent ultime commence tôt, avant même la F3 ou la F2. Red Bull regarde ainsi beaucoup en France, directement, réputée pour sa formation spécifique. « La base, c’est la détection de potentiels qui pourraient aller en F1, la qualité de la formation et l’accompagnement dans ce parcours de haut niveau dans un écosystème qui demande des moyens financiers, estime Nicolas Deschaux. On a structuré un centre de formation, la FFSA Academy et, sur la détection, on est le seul pays au monde à le faire en tant que Fédération. »
« Après, pour évaluer de manière claire le potentiel de nos pilotes, on a une homogénéité de matériel, que ce soit dans un championnat junior de karting et en Formule 4, ce qui n’est pas le cas des autres championnats de F4 dans le monde, reprend le dirigeant. Si vous devez mettre des moyens sur quelqu’un, il faut être sûr du potentiel et de sa capacité à progresser. » Depuis que cela a été mis en place, Pierre Gasly, aujourd’hui chez Alpine, et Enzo Deligny (15 ans) ont notamment été recrutés par la firme autrichienne.
Mettre le talent du pilote au centre, c’est le souhait de Jaime Alguersuari : « La F1 a besoin d’être un sport plus “humain”, même si les résultats dépendent à 70 ou 80 % de la technologie. Il faut faire des pilotes des héros, et que les gens puissent avoir des modèles, et donc du show, pour mettre en avant ce sport et qu’il soit encore plus vendable. Il est important de donner du protagonisme au pilote, à son talent, à sa spécialité. » Et plus à son portefeuille.



















