Tour de France féminin : Pauline Ferrand-Prévot est-elle la plus grande sportive française de tous les temps ?
QUEEN PAULINE•En remportant le Tour de France pour sa première participation, à 33 ans, un an seulement après être devenue championne olympique de VTT, Pauline Ferrand-Prévot est sans conteste l’une des plus grandes athlètes de l’histoire françaiseAymeric Le Gall
L'essentiel
- Pauline Ferrand-Prévot a remporté le Tour de France 2025 dimanche pour sa première participation à la Grande Boucle.
- Un an seulement après sa médaille d’or en VTT aux JO de Paris, la Rémoise s’était lancé le pari fou de remporter le Tour dans les trois années à venir. Il ne lui en aura suffi d’une seule finalement.
- Mais ce succès ne devrait pas être le dernier d’une carrière déjà immense. Celle-ci envisage désormais de rafler des courses comme le Tour des Flandres ou Liège-Bastogne-Liège.
«Dis, maman, pourquoi je ne suis pas un garçon ? ». C’est en substance la question que Pauline Ferrand-Prévot posait à ses parents quand, gamine, l’été, devant sa télé, la jeune fille regardait le Tour de France, dégoûtée de ne pouvoir prétendre prendre part à la plus mythique des courses cyclistes de la planète. Une vingtaine d’années plus tard, alors que la course faisait son grand retour dans le calendrier féminin, la championne olympique de VTT n’a pas hésité à se lancer le pari fou de revenir sur la route et de remporter la Grande Boucle, elle qui n’avait plus enfourché un vélo de route en compétition officielle depuis des années.
Pour cela, « PFP » s’était donné trois ans. Elle l’aura finalement réalisé en un. Car la championne n’est pas faite du même métal que les autres, acharnée, dure au mal, têtue et « un peu psychorigide », selon ses propres mots, Pauline Ferrand-Prévot a vite tourné la page de son titre olympique, l’été dernier, à Paris, pour se jeter à corps perdu dans une nouvelle quête un peu folle. « Pauline m’a dit : 'Faites-moi confiance, je vais me préparer et je serai prête pour le Tour' », se souvient auprès de l’AFP Jos van Emden, manager de l’équipe Visma-Lease a Bike avec laquelle la Française est sous contrat. Elle n’a rien laissé au hasard, c’est une perfectionniste. »
« Être un peu dans l’extrême, c’est ma façon de faire à moi, quelques mois où je ne dédie ma vie qu’à ça. Ça paye, mais c’est aussi vraiment dur, admettait-elle dimanche soir, quelques minutes après avoir remporté l’ultime étape du Tour en même temps que le maillot jaune. C’est aussi pour ça que je ne peux pas le faire plusieurs fois dans l’année… Ça me demande tellement d’efforts, de sacrifices. »
Comme cette diète sévère à laquelle elle s’est astreinte pour parvenir à perdre quatre kilos et arriver au départ de la Grande Boucle avec le poids idéal pour tabasser la concurrence sur la route. Perfectionniste jusqu’à la déraison, Ferrand-Prévot a fait ce qu’elle sait faire le mieux : se mettre dans sa bulle et bosser comme une acharnée pour enchaîner les entraînements et les reconnaissances du parcours du Tour 2025, souvent suivie et protégée par la voiture ou le camping-car de ses parents, toujours à ses côtés.
Maman, papa et le camping-car
« Mes parents sont les personnes les plus importantes pour moi. Ils sont là dans les bons moments, mais aussi dans les moins bons. Parfois, je les appelle au dernier moment et je leur demande : « Vous êtes prêts à prendre le camping-car pour me suivre à l’entraînement, pour faire les recos du Tour ? » Ils sont toujours là. Je leur dois beaucoup et si j’en suis là aujourd’hui, c’est vraiment grâce à eux. »
Et c’est dans leurs bras, le visage rempli de larmes, que « PFP » s’est jeté aussitôt la ligne d’arrivée franchie dimanche. C’est peut-être à ce moment-là que la coureuse a pris conscience de la portée de l’exploit qu’elle venait de réaliser. Avec 15 titres de championnes du monde toutes disciplines confondues, Ferrand-Prévot est sans conteste l’une des plus grandes sportives de l’histoire de notre pays.
« Aujourd’hui, elle a prouvé qu’elle est la plus grande championne de notre sport », reconnaissait déjà Stephen Delcourt, le manager de l’équipe FDJ-Suez, samedi, après sa démonstration dans le col de la Madeleine. Première Française a remporté le Tour de France depuis le triplé de Jeannie Longo (1987, 1988, 1989), la Rémoise a désormais et pour toujours son rond de serviette à la table des plus grandes athlètes françaises de l’histoire, aux côtés des Marie-José Pérec, Clarisse Agbégnénou, Jeannie Longo ou Laure Manaudou. Et à 33 ans, celle-ci ne semble pas encore tout à fait rassasiée.
Et maintenant ?
Si elle a demandé aux journalistes de lui « laisser du temps » pour réfléchir à la suite à donner à sa carrière, désirant logiquement « juste profiter de ce moment » qui « n’arrivera peut-être qu’une seule fois dans ma vie », « PFP » n’a pas pu résister à l’envie de se projeter. « Il y a encore un certain nombre de courses que je n’ai pas gagnées. J’aimerais gagner le Tour des Flandres ou Liège-Bastogne-Liège, ce genre d’épreuves », listait-elle dimanche soir, une fois l’émotion légèrement redescendue. Quant à réaliser le doublé sur le Tour dès la saison prochaine, la question reste en suspens. « Pour être honnête, je me suis tellement, tellement entraînée dur pour gagner que de penser à refaire uniquement la même chose, je me dis : Non, je n’ai pas envie. »
Alors pourquoi pas les Mondiaux de 2027 qui auront lieu en France ? « J’y ai déjà pensé, oui, répond-elle. Je pense que ça sera un bel objectif de fin de carrière. Quelque chose de vraiment beau… Terminer là-bas (à Sallanches) peut être extraordinaire. » Interrogée par RMC sur les perspectives futures de sa championne de fille, sa maman a préféré jouer la carte de l’humour : « Elle pourrait être championne du monde de moto-cross. » Mais ne rigolons pas trop, elle serait bien capable de le devenir si elle le décidait.


















