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Faut-il s’alarmer de la maigreur des coureuses du Tour de France féminin ?

Tour de France féminin 2025 : Faut-il s’alarmer, comme Cédrine Kerbaol, de la maigreur des coureuses ?

SantéLa coureuse française s’inquiète publiquement, en plein Tour de France féminin 2025, des risques pris par plusieurs athlètes « pour leur santé future ». Cédrine Kerbaol redoute aussi que la maigreur qui ressort du peloton inspire les plus jeunes
Jérémy Laugier

J.Lau. avec AFP

L'essentiel

  • La cycliste française Cédrine Kerbaol alerte cette semaine sur les dangers de l’extrême maigreur des coureuses du Tour de France féminin 2025. « Avant d’être des athlètes, on est aussi des femmes et notre santé compte pour maintenant, mais elle compte pour le futur aussi », rappelle-t-elle.
  • Les médecins reconnaissent s’inquiéter des conséquences des déficits énergétiques actuellement constatés sur la santé des femmes. Un médecin déclare : « Il ne faudra pas s’étonner si, un jour, une coureuse se fracture les cervicales et se retrouve paraplégique ».
  • Face à ce problème, Cédrine Kerbaol a créé un compte Instagram pour sensibiliser les jeunes cyclistes. « De futures cyclistes voient des stars actuelles très maigres en pensant que c’est normal. Mais ce n’est pas normal d’avoir des os décalcifiés à 20 ans », conclut la coureuse de 24 ans.

Voilà un débat qu’on n’imaginait pas se présenter à l’occasion de ce Tour de France féminin 2025, qui se conclura dimanche à Châtel (Haute-Savoie). L’extrême maigreur de plusieurs coureuses du Tour suscite la controverse au sein du peloton, où médecins et nutritionnistes s’inquiètent des conséquences à long terme sur la santé d’athlètes qui sont avant tout des femmes. Dans ce sens, les propos inquiétants tenus mercredi à Clermont-Ferrand par la Française Cédrine Kerbaol, pour L’Humanité et au micro de France Télévisions, ont résonné comme une alerte.

« Avant d’être des athlètes, on est aussi des femmes et notre santé compte pour maintenant, mais elle compte pour le futur aussi. Et ce qu’il se passe en ce moment, ce n’est pas terrible », indique la première Française lauréate d’étape l’an passé, depuis le lancement de la nouvelle version du Tour de France féminin impulsée il y a quatre ans. « Plus on baisse le poids et plus on augmente le rapport poids -puissance. Mais ce n’est pas sans conséquences, les dégâts provoqués par le déficit énergétique sont parfois très lourds », s’alarme également le responsable médical d’une équipe.

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« Bien plus d’impact que si cela venait d’un médecin »

« Il y a beaucoup de filles qui ont gagné de grandes courses avec un poids très léger et, indirectement, les jeunes filles qui essaient de performer vont les prendre pour exemple », prévient Cédrine Kerbaol, qui a suivi une formation de nutritionniste avant d’être cycliste professionnelle. Le message de la meilleure jeune (maillot blanc) du Tour 2023 est « formidable », estime le médecin de l’équipe Cofidis Mathieu Muller.

« Que ce soit une coureuse qui lance l’alerte, cela a bien plus d’impact que si cela venait d’un médecin, insiste-t-il. Une masse grasse trop faible entraîne ce que l’on appelle la triade de la sportive, c’est-à-dire le déficit d’apport énergétique qui conduit à l’absence de règles et ensuite à de l’ostéoporose. » Un problème que n’ont pas les hommes.

« Il ne faudra pas s’étonner si, un jour, une coureuse se fracture les cervicales et se retrouve paraplégique », s’alarme une autre source médicale. « Les conséquences, ce sont des problèmes osseux, digestifs, cutanés et psychiatriques, comme de la dépression », poursuit de son côté Mathieu Muller.

Pauline Ferrand-Prévot a perdu 4 kg en vue du Tour

Pour plusieurs médecins interrogés, les coureuses peuvent être affûtées pendant quelques semaines, mais au-delà d’une certaine durée, cela devient « très problématique » d’un point de vue médical. Il faudrait donc, selon eux, que les coureuses se fixent deux ou trois objectifs par saison, tout en reprenant absolument quelques kilos le reste de l’année, « si on mise sur le long terme ». Entre sa victoire lors de Paris-Roubaix et le départ du Tour, la Française Pauline Ferrand-Prévot (actuellement 2e au général) a indiqué avoir perdu quatre kilos.

« Mais plus, ce n’est absolument pas envisageable », assurait la championne olympique de VTT 2024 à la veille du départ. Le médecin d’une autre équipe plaide pour imposer une masse grasse minimum, tout en interpellant l’UCI pour mettre en place un protocole. Cédrine Kerbaol note que les coureuses des meilleures équipes sont encadrées par des nutritionnistes ou des médecins, ce qui n’est pas le cas de nombreuses cyclistes qui débutent.

Notre dossier sur le Tour de France féminin

Dans « une optique de prévention », la Bretonne vient de créer un compte Instagram intitulé F.e.e.d_powr (Fueling for Endurance, Energy, and Durability) afin de mettre en garde les jeunes. « Avec le Tour, on est dans un moment de grande visibilité, rappelle-t-elle. De futures cyclistes voient des stars actuelles très maigres en pensant que c’est normal. Mais ce n’est pas normal d’avoir des os décalcifiés à 20 ans. » L’alerte a clairement été donnée par Cédrine Kerbaol.