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Mondiaux de natation : Comment la Chinoise Yu Zidi, 12 ans, a contourné le règlement de World Aquatics pour concourir
polémique•La Chinoise de 12 ans impressionne autant qu’elle embarrasse le monde de la natation, dont les standards - a priori inatteignables à son âge - lui ont permis de participer aux championnats du mondeWilliam Pereira
L'essentiel
- Yu Zidi, nageuse chinoise de 12 ans, participe aux championnats du monde de natation à Singapour en exploitant une faille dans la réglementation : cette dernière autorise les moins de 14 ans à concourir s’ils atteignent « au moins le temps d’entrée standard B dans l’épreuve correspondante ».
- Sa participation soulève des interrogations éthiques sur le travail des enfants et la pression mentale, comme l’exprime la nageuse française Lilou Ressencourt : « Ce n’est pas normal à 12 ans d’avoir cette pression-là »
- Le directeur technique national français Denis Auguin questionne dans L’Equipe l’entraînement intensif nécessaire pour ce niveau : « Il faut s’entraîner comme un adulte. En termes de santé mentale et d’équilibre personnel, à cet âge-là, ça me pose question. » De son côté, World Aquatics se dit prêt à examiner la situation.
Yu Zidi a pris tout le monde de court. A seulement 12 ans, la jeune Chinoise participera ce jeudi à sa deuxième finale des championnats du monde de natation, à Singapour, sur 200m papillon. Une anomalie qui fascine autant qu’elle interroge. Dans les bassins et autour, tout le monde en parle. Au-delà des suspicions de dopage évoquées en filigrane par la nageuse française Lilou Ressencourt, éliminée en demi-finale du 200m papillon, se pose la question de la réglementation lui ayant ouvert les portes de la compétition.
D’un point de vue technique, Yu Zidi prouve qu’elle a tout à fait sa place dans l’élite de la natation mondiale à travers la simple expression de ses performances. Autrement, elle n’aurait pas frôlé le podium sur 200m 4 nages. Et si elle ne nageait pas vite, elle n’aurait pas pu exploiter une faille dans le règlement de World Aquatics et aurait dû regarder les Mondiaux comme tous les ados de son âge, à la télévision.
Le fameux règlement, justement, prévoit un âge minimal de 14 ans pour les championnats du monde élite et juniors « à la date du 31 décembre de l’année de la compétition ». Mais il y a un « mais ». « Les concurrents plus jeunes peuvent participer à ces compétitions s’ils ont atteint au moins le temps d’entrée standard B dans l’épreuve correspondante. » « Les standards B sont relativement faciles à atteindre, commentait Denis Auguin, le DTN français, cité par L’Equipe. Ça équivaut à ne pas en mettre. »
« Pas normal d’avoir cette pression à 12 ans »
L’alinéa sur les minimas B est venu affaiblir une réglementation datant de la fin du siècle précédent : le cas de la plongeuse Fu Mingxia, championne du monde de plongeon à seulement 12 ans en 1991, avait fait jurisprudence. Il était dès lors devenu impératif de protéger les sportifs de moins de 14 ans.
Les interrogations autour du cas Yu Zidi relèvent de l’éthique, de la question du travail des enfants et de l’avenir de la nageuse. « Ce n’est pas normal à 12 ans d’avoir cette pression-là, s’inquiétait Lilou Ressencourt, dans des propos relayés par RMC Sport. Donc au-delà de l’aspect physique, cet aspect mental peut être dur à gérer. » La réflexion de Denis Auguin va dans le même sens.
« « Pour nager à ce niveau-là, il faut faire un travail de spécialisation. À quel âge a-t-elle commencé à faire ce type d’entraînement Je veux bien qu’elle soit extrêmement douée, qu’elle ait beaucoup de talent, mais pour ce niveau de performance, il faut s’entraîner comme un adulte. En termes de santé mentale et d’équilibre personnel, à cet âge-là, ça me pose question. » »
Rattrapé par la polémique, le directeur général de World Aquatics s’est dit « prêt à examiner la situation et voir si nous devons aller plus loin ou si nous sommes à l’aise avec notre position actuelle », lors d’une conférence de presse. En attendant le fruit des cogitations des instances, Yu Zidi aura le temps de s’aligner sur une troisième et dernière distance à Singapour : le 400m 4 nages.



















