Mondiaux de natation : « Voir ce qui va le motiver »… Pourquoi Léon Marchand ne s'aventure pas (encore) dans le crawl
Roi du monde•Un an après avoir tout raflé aux Jeux olympiques, Léon Marchand va réduire la voilure lors des championnats du monde de natation qui se disputent à SingapourAntoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Léon Marchand a allégé son programme pour les championnats du monde de natation à Singapour, ne disputant que le 200 et 400 m quatre nages.
- Le nageur toulousain s’intéresse désormais à la nage libre et s’entraîne avec des spécialistes en Australie et au Texas, ayant réalisé un premier test encourageant sur 400 m nage libre, mais loin des meilleurs mondiaux.
- L’avenir de Marchand reste incertain concernant l’ajout d’épreuves de nage libre à son programme olympique. Son entraîneur Nicolas Castel explique : « Là, c’est difficile de se dire qu’on met un 400 nage libre à Los Angeles. Il faut se laisser un petit peu de temps, voir comment il arrive à s’exprimer ».
Pas de quoi alerter les sismologues de Singapour, où se déroulent les championnats du monde de natation depuis dimanche, mais il y a eu quand même quelques petites secousses au niveau des hôtels de la cité-Etat. Des sauts de joie aperçus au moment où le staff de Léon Marchand a annoncé que le quadruple champion olympique allégeait son programme pour les Mondiaux, où il disputera uniquement le 200 et le 400 m quatre nages, et éventuellement des relais.
Pas de 200 m brasse, ni de 200 m papillon pour le Toulousain, qu’il avait aussi dominés à Paris. « Ce choix-là s’est fait parce que c’est une année post-Olympique, et puis ça lui donnera l’occasion de commencer par un 200 m quatre nages, chose qui n’est jamais arrivée, explique à 20 Minutes son entraîneur Nicolas Castel. Ça va nous permettre de voir de quoi il est capable sans avoir plusieurs courses dans les pattes. » Avec l’objectif, sûrement, d’améliorer le record du monde qu’il détient.
Le risque de se faire « assassiner »
Des records, éventuellement, mais il n’y aura pas de razzia de médailles. Pas non plus d’épreuves « fantaisie », pour se tester, comme auraient pu l’être le 200 et le 400 m nage libre. On imaginait bien le nouveau chouchou du sport français, qui avait dit après les Jeux qu'il aimerait à l'avenir explorer de nouveaux territoires, se faire les palmes sur ces nouvelles épreuves cette année. En vain. Un choix plutôt logique pour Jérémy Stravius, champion olympique du 4x100 m nage libre en 2012 et ambassadeur des EuroGames, qui se disputent à Lyon :
« « C’est prendre des risques de tout changer, de se mettre sur d’autres épreuves sur une année comme ça aussi proche des JO. S’il se met sur des épreuves de nage libre, pas sûr, loin de là d’ailleurs, qu’il soit médaillé au vu de la concurrence. Et puis il peut se faire "assassiner" s’il ne gagne pas. Il peut y avoir un retour un peu compliqué des gens derrière, qui se sont habitués à voir Marchand gagnant. Ça peut être le plus dur. » »
« C’est sûr que c’est quelque chose qu’on a en tête, d’aller explorer des choses en nage libre, mais là, c’est plutôt un programme allégé, reprend Castel. On se laisse du temps, et l’année post-Olympique, c’est plutôt une année où on recharge un peu les batteries. » Léon Marchand a une drôle de façon de recharger les batteries. Après une grosse pause dans la foulée de ses exploits à La Défense Arena, il est parti s’exiler pendant trois mois en Australie. Pour le dépaysement et le surf, bien sûr, mais aussi pour découvrir la méthode Dean Boxhall.
Marchand entouré de crawleurs
Pas un choix au hasard tant le technicien, spécialiste du crawl, a fait de sa compatriote Ariarne Titmus une machine de guerre sur 200 et 400 m nage libre. Pas surprenant non plus d’avoir vu Léon Marchand suivre son entraîneur américain Bob Bowman à Austin, au Texas, après son séjour Down Under, où il peut côtoyer le nouveau recordman du monde du 200 m nage libre en petit bassin, Luke Hobson.
« Il a la chance d’être très polyvalent et de pouvoir s’exprimer dans plein de courses, indique Nicolas Castel. Il affectionne la nage libre, il a envie d’aller se tester dessus. C’est quelque chose qu’il va exploiter. » Sans vraiment aucun repère au haut sur ces nouvelles distances, Léon Marchand s’est testé sur le 400 m de Fort Lauderdale (Floride), début mai, lors des Pro Swim Series.
Une première plus qu’encourageante pour le Toulousain, troisième de la finale en 3'48''97, pulvérisant un record personnel vieux de cinq ans, même s’il reste encore loin du record de France, appartenant à Yannick Agnel (3'43''85). Sans parler évidemment du record du monde, battu cette année par le champion olympique Lukas Martens (3'39''96). Il aurait été donc difficile de le voir se battre pour un podium dès ces Mondiaux.
« C’est bien, c’est un bon début, analyse Jérémy Stravius. Après, il y a quand même du boulot, il faut vraiment le voir progresser. Je n’arrive pas encore à savoir de quoi il pourrait être capable. 3’48 en compétition de travail, c’est très bien. Je pense qu’il serait capable de nager 3’45, 3’44 cette année, mais il faut voir. Je suis curieux de le voir pour la saison prochaine en crawl. »
Les JO de Los Angeles en nage libre ?
« Il manque encore d’expérience sur cette course-là, on le voit dans sa gestion, assure son entraîneur. Mais très rapidement, il sera compétitif. » Impatients que nous sommes, on imagine déjà Léon Marchand venir terroriser les Américains sur leur sol pour les Jeux 2028 à Los Angeles et repartir avec le cou baissé sous le poids des médailles d’or. « Là, c’est difficile de se dire qu’on met un 400 nage libre à Los Angeles, tempère Nicolas Castel. Il faut se laisser un peu de temps, voir comment il arrive à s’exprimer. Il faut voir ce qui va le booster, le motiver. »
Pour les JO 2028, il faudra aussi se pencher sur l’agenda des épreuves de natation. Car qui dit rajouter deux épreuves, dit alourdir un calendrier de courses déjà démentiel si Marchand reprend le même programme qu’à Paris. « Ça serait très ambitieux, estime Jérémy Stravius. S’il choisit du crawl, ça va forcément chevaucher avec des épreuves comme le quatre nages, par exemple. Il sera toujours obligé de faire un choix. »
Toute l'actu sur Léon Marchand« Je ne pense pas que ce soit un des meilleurs choix de faire du crawl avec les épreuves qu’il a, reprend le champion olympique de Londres. Parce que ce ne sont vraiment pas des épreuves qui sont complémentaires. » Alors, Léon Marchand délaissera-t-il l’une de ses épreuves phares pour laisser la place à la nouveauté ? « Peut-être que ce sera de faire un gros programme, de remporter encore plus de médailles, imagine Nicolas Castel. Peut-être que ça sera en laisser une pour en remplacer une autre. C’est un peu tôt pour le dire. » Il reste trois ans pour trouver la bonne formule. Et on peut faire confiance au phénomène et à ses entraîneurs pour qu'elle soit gagnante, quoi qu'il arrive.



















