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Avec Healy, maillot jaune du peuple, le romantisme dans le vélo n’est pas mort

Tour de France 2025 : Avec Ben Healy, maillot jaune du peuple, le romantisme dans le cyclisme n’est pas mort

juste récompenseGrand animateur de la 10e étape du Tour de France, Ben Healy a récupéré le maillot jaune devant Tadej Pogacar
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Ben Healy, cycliste irlandais d’EF Education-Easy Post au style peu académique, a récupéré le maillot jaune au terme de la 10e étape du Tour de France, ce lundi.
  • Son approche du cyclisme est romantique et peu conventionnelle, avec des attaques franches et des efforts solitaires : « Une fois qu’on lui laisse dix mètres, bonne chance pour le rattraper. »
  • Malgré sa réputation grandissante, Healy continue de surprendre ses adversaires par sa tactique audacieuse, privilégiant les longues échappées solitaires au détriment d’une approche plus calculée.

Les bouclettes brunes, les trois anneaux dans les oreilles, la barbe d’une semaine voire plus… On pourrait croire, en voyant Ben Healy, que l’Irlandais est davantage bassiste dans un groupe de musique ou propriétaire d’un bar à céréales dans le 18e arrondissement parisien que cycliste professionnel. Mais les numéros successifs du coureur d’EF Education-Easy Post sur le Tour de France règlent vite la question.

Troisième de la 10e étape entre Ennezat et la station du Mont Dore, ce lundi, Ben Healy a récupéré le maillot jaune de leadeur de la Grande Boucle, un poil aidé, il est vrai, par la grande mansuétude de sa majesté Pogacar 1er, qui a laissé filer sa tunique sans grand fracas en faisant de la roue libre dans le dernier kilomètre. Quatre jours après avoir remporté l’étape très accidentée entre Bayeux et Vire, Healy a déjà marqué le Tour de son empreinte.

Un style peu académique

Mais, au-delà de ces podiums successifs, l’avènement de Ben Healy est aussi une victoire pour le cyclisme. Pas le cyclisme de Tadej Pogacar, surpuissant parmi les puissants à vous en écœurer de prendre le camping-car pour suivre le Tour dans les Alpes l’été. On parle du cyclisme romantique, peu académique, celui qui souffre, qui transpire, qui vous envoie au septième ciel au moment où vous vous y attendez le moins. Le cyclisme « moche », où on met la tête sur le côté et on écrase les pédales de souffrance comme un damné.

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« Son style n’est pas fameux, mais il va vite quand même », confirme sur Eurosport son compatriote Sean Kelly, vainqueur de la Vuelta en 1988. Pas beau, mais très efficace. Ce lundi 14 juillet, c’est encore Healy qui a déclenché le feu d’artifice. A 40 km de l’arrivée au Puy de Sancy, après un travail remarquable de ses trois coéquipiers présents dans l’échappée, l’ancien champion d’Irlande a décidé de passer la vitesse supérieure pour espérer récupérer ce maillot jaune, quitte à sacrifier une possible victoire d’étape.

Une attaque franche dans un groupe où seuls les grands grimpeurs, comme Simon Yates, vainqueur de l’étape, Ben O’Connor ou Thymen Arensman, ont pu l’accompagner. Seulement l’accompagner. Car Ben Healy a décidé de faire les choses en grand en abattant un boulot de titan en tête du groupe, sans laisser personne le relayer jusqu’à quelques kilomètres de l’arrivée, où il ne se battait plus que pour une chose, conserver quelques secondes d’avance sur Tade Pogacar.

« Bonne chance pour le rattraper »

Debout derrière la ligne d’arrivée, il attendait avec anxiété l’arrivée du Slovène. Jusqu’à la libération. Pour 29 petites secondes, Healy devenait le premier Irlandais à revêtir le maillot jaune depuis 1987. « C’est un rêve qui se réalise, a commenté sur France 2 le héros du jour, encore un peu incrédule de récupérer la fameuse tunique jaune. J’ai eu peur… Si les leadeurs lancent la course, je ne pense pas prendre le jaune. Dans les quarante derniers kilomètres j’ai tout donné pour avoir ce maillot. »

Tout donner, comme lors de la 6e étape, où il avait lâché ses partenaires d’échappée à 42 km de la ligne d’arrivée à Vire pour s’imposer en solitaire. Habitué aux chevauchées romantiques, une obligation pour lui tellement il se sent « nul au sprint », Ben Healy récolte souvent les fruits de ses fulgurances, comme cette victoire sur le Giro en 2023 ou ses magnifiques places d’honneur sur les classiques cette année : troisième de Liège-Bastogne-Liège, quatrième des Strade Bianche, cinquième de la Flèche wallonne, dixième de l’Amstel Gold Race. Excusez du peu.

Panache et débranchage de cerveau

« C’est son style de course et ça lui réussit, confiait son coéquipier Alex Baudin après la 6e étape. Une fois qu’on lui laisse dix mètres, bonne chance pour le rattraper. » Il était d’ailleurs énormément surveillé par le reste de ses partenaires d’échappée comme l’est une personne métissée par Bruno Retailleau. « Tu sais le coureur à surveiller, tu sais qui est dangereux, c’est sûr qu’Healy roule super bien », prévenait ainsi l’équipe Israel-Premier Tech à son coureur Michael Woods durant la course.

Mais, malgré la pancarte énorme qu’il avait dans le dos, Big Ben a encore réussi à mettre (presque) tout le monde à l’amende. Ne lui parlez donc pas de tactique, de watts ou d’économie d’énergie. Là où tout le peloton la joue au millimètre, Ben Healy, c’est le coureur à l’ancienne, celui qui débranche un peu le cerveau pour aller au bout de ses idées et adviendra ce qu’il adviendra.

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Avec une étape et un maillot jaune dans la poche avant la première journée de repos, les risques pris ont été payants. Et on n’est pas à l’abri d’en voir d’autres. Pour notre plus grand bonheur.