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On vous aide à aimer Vingegaard, dernier rempart contre l’hégémonie de Pogi

Tour de France 2025 : On vous aide à aimer Jonas Vingegaard, dernier rempart contre l’hégémonie de Pogacar

La fièvre jonasLe double vainqueur du Tour de France, Jonas Vingegaard, est le seul humain sur terre capable de tenir tête à Tadej Pogacar. Une raison suffisante pour essayer d’aimer le Danois introverti
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • D’alien intouchable à dauphin du surpuissant Tadej Pogacar et dernier espoir de suspense sur le Tour de France 2025, Jonas Vingegaard mérite, pour la première fois de sa carrière, un peu d’amour du grand public.
  • Malgré une amélioration de son image, Vingegaard reste moins populaire que d’autres coureurs auprès des jeunes cyclistes et continue de travailler sur sa communication et son ouverture émotionnelle. Même s’il reste encore un peu de travail.
  • Dans ses interactions avec les fans, Vingegaard reste réservé mais cordial, comme en témoigne un blogueur qui l’a croisé sur les pentes de la Sierra Nevada : « C’est un gars sympa, mais il est moins ouvert et amical que d’autres coureurs, comme Julian Alaphilippe par exemple. »

Le nous de 2023 nous foutrait à l’asile pour avoir osé un tel titre. Il y a deux ans à peine, tout amateur de cyclisme aurait payé cher pour mettre un terme à la domination de Jonas Vingegaard sur le Tour de France, au lendemain de son doublé scellé avec plus de sept minutes (S-E-P-T !) d’avance sur un Tadej Pogacar écrabouillé à Combloux puis dans le col de la Loze. Le Danois avait éveillé les soupçons et dû s’en dédouaner - « Je ne me dope pas, disait-il. Les autres l’ont dit avant, mais moi je suis propre » –, et son style de course monotone couplé à un tempérament froid l’avaient rendu impopulaire aux yeux du public.

Et puis 2024 est passé par là. En un an, Tadej Pogacar a fait mieux que prendre sa revanche sur le Tour de France : il a aussi piétiné le Giro et la course en ligne des championnats du monde. En parallèle, Jonas Vingegaard voyait sa vie défiler sous ses yeux après une lourde chute sur le Tour du Pays basque. Avoir failli mourir pendant la grossesse de son épouse lui fait envisager la retraite, il pleure en y repensant dans ses interviews mais se remet en scelle, mi amoureux, mi dégoûté de ce sport qu’il entend interdire à ses enfants. « Si ma fille ou mon fils me pose la question "Papa, est-ce qu’on peut participer à des courses ?", la réponse sera "non", c’est tout simplement trop dangereux », regrettait-il dans une interview à Nieuwsblad.

« En France, on aime bien les perdants »

On n’en demandait peut-être pas tant pour découvrir que l’impassible Vingo pouvait souffrir comme les autres coureurs. Sur le Tour de France 2024 et pour la première fois depuis son premier maillot jaune, le visage du Danois portait sur lui les stigmates de l’effort. L’image du coureur essoufflé, gueule grande ouverte, à la poursuite de la machine Pogacar - reflet inversé du Tour de France 2023 - s’est répétée sur le Critérium du Dauphiné 2025, où il a essayé en vain de suivre le rythme brutal des attaques de son rival. « En France, on aime bien les perdants, sourit Steve Chainel, consultant pour Eurosport. Maintenant, ça fait deux années que Pogi écrase Vingegaard. Quand il explose, Jonas donne tout, il est au taquet, il grimace. Donc, forcément, il a cette petite côte de sympathie qui se crée, avec cette idée qu’il est le meilleur des mecs humains. C’est pour ça qu’il est plus apprécié. »

De « plus apprécié » à « plébiscité », il y a un fossé que personne n’ose encore franchir. Le chemin vers la popularité, si tant est qu’il la convoite, est encore long pour le leader de la Visma-Lease a bike. « Il suffit de regarder les gamins qui ont entre 10 et 15 ans, jusqu’à quasiment junior, poursuit Chainel. Ils veulent copier Pogacar, ils veulent copier Evenepoel, et puis Van Aert, Van der Poel… A aucun moment ils ne citent Vingegaard. Il faut dire que c’est un gars foncièrement timide, il est très mature et pas forcément fantasque. » Moins habile que les autres stars du peloton avec les médias, moins présent sur les réseaux, bref, moins rockstar, le grimpeur scandinave préfère retrouver sa famille dans l’aire d’arrivée plutôt que de passer du temps à papoter avec ses pairs et affûter son image au sein de la caste cycliste. Son épouse et manageuse, Trine Marie Hansen, n’a pour autant pas abdiqué d’améliorer sa communication. « Jonas a tendance à cacher ses émotions, on a travaillé ensemble pour qu’il s’ouvre plus », racontait-elle en 2022. Pour le moment, c’est surtout elle qui se charge de faire parler de lui, comme lors de son interview brasero juste avant le début du Tour.

Vingegaard moins cool qu’un Alaphilippe, mais sympa quand même

Ceux qui le croisent sur la route de ses entraînements dépeignent un Jonas Vingegaard encore porté sur le service minimum dans ses relations humaines, avec option mec sympa, tout de même. Contacté par 20 Minutes, le blogueur ukrainien Artem Shcherbyna a l’habitude de suivre des coureurs du peloton professionnel, et est tombé sur le double vainqueur du Tour mi-mai, alors que ce dernier était en stage dans la Sierra Nevada (Espagne).

« J’avais un maillot de la Visma qu’il a accepté de me signer. Je lui ai posé quelques questions sur la durée de son stage, sa forme, ce genre de choses, et il m’a laissé le filmer en restant calé dans sa roue. C’est un gars sympa, mais il est moins ouvert et amical que d’autres coureurs. Julian Alaphilippe par exemple me demandait d’où je venais, depuis combien de temps je roulais, il me posait aussi des questions sur mon activité de blogueur, alors que Jonas ne faisait que répondre aux miennes sans vraiment montrer d’envie de discuter un peu plus. »

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Le témoignage d’un autre cyclo amateur, Paul Capelle auprès de la télévision danoise, se veut moins sévère à l’encontre de Vingo, avec qui il a pu rouler pendant quatre heures dans les Pyrénées. « Il s’est aussi intéressé à moi. Il m’a demandé ce que je faisais dans le sport, m’a demandé si je participais à des courses. C’était incroyable. Il était incroyablement gentil. »

Plutôt team Pogacar à la base, le jeune homme est ressorti chamboulé de sa balade à vélo avec le Danois. Une première victoire pour Vingegaard sur le Slovène, en attendant un miracle sur le Tour ? Avant de voir le Danois flancher lors du contre-la-montre de Caen mercredi, Steve Chainel n’écartait pas totalement cette possibilité. « On sait que Vingegaard est très bon en troisième semaine et qu’il a un corps très endurant, sans doute un peu plus que Pogacar. Et justement, on a une troisième semaine très dure, donc j’aimerais vraiment que Vingegaard limite la casse en début de Tour pour voir ce que ça donnerait en troisième semaine. » C’est mal parti, mais tous les espoirs de vibrer un peu sur ce Tour sont sur les épaules de Jonas et c’est suffisant pour l’aimer.