Tour de France 2025 : Tadej Pogacar peut-il vraiment finir avec les trois maillots distinctifs à Paris ?
cannibalisme•Vainqueur ce vendredi à Mûr-de-Bretagne, le Slovène a récupéré le maillot jaune et, plus surprenant, le maillot vert. Le voir avec les trois maillots distinctifs à Paris dans deux semaines n’est pas illusoireNicolas Camus
L'essentiel
- Tadej Pogacar a remporté la 7e étape du Tour de France au sommet de Mûr-de-Bretagne, ce vendredi, et a récupéré par la même occasion le maillot jaune et le maillot vert.
- Dans le peloton, on commence à se demander si cette tunique verte, traditionnellement propriété des sprinteurs, pourrait être remportée par le Slovène cette année. Le nouveau barème d’attribution des points pour ce classement du maillot vert lui est en effet favorable.
- S’il gagne le Tour, remporte ce classement et ajoute le maillot à pois à sa collection, ce qui n’est pas impossible, Pogacar pourrait réaliser un grand chelem inédit depuis Bernard Hinault en 1979.
Cette fois, Tadej Pogacar a fait sobre. Oh, bien sûr, il est allé chercher la gagne dans cette 7e étape, au sommet de Mûr-de-Bretagne, mais à force de le voir écrabouiller la concurrence dès qu’il en a envie, on l’imaginait presque s’envoler dès le pied du raidard et poursuivre son entreprise de destruction. Il a finalement déclenché à 200 mètres de la ligne, pour régler au sprint Jonas Vingegaard, le seul à avoir pu accrocher sa roue.
Un barème favorable pour le maillot vert
Porteur des trois maillots distinctifs après le contre-la-montre de Caen (5e étape), le Slovène avait tout perdu jeudi, à l’arrivée à Vire. Pas un drame, il savait très bien, au moins pour le seul qui l’intéresse – le jaune, on précise quand même – qu’il aurait l’occasion de le récupérer tout de suite. D’ailleurs, il n’a rien caché de ses ambitions tout au long de cette 7e étape, faisant rouler son tracteur en chef Nils Politt dès que l’échappée s’est formée, à 140 km de l’arrivée.
Résultat, les cinq hommes de tête n’ont jamais compté plus d’1’35 de marge, et tout le monde avait bien compris dans quel dessein. Mathieu van der Poel lâché dès le pied de la dernière montée, Pogacar a donc réglé tout le monde en haut et repris son bien, ce vendredi. Il a également retrouvé malgré lui le maillot vert, et c’est bien là que se trouve l’incongruité. Car cette tenue est historiquement destinée aux sprinteurs, catégorie à laquelle n’appartient pas l’ogre de Komenda, même s’il sait tout faire.
Mais ce qui aurait pu rester du domaine de l’anecdote – un grand leader qui récupère un maillot dont il n’a rien à faire au gré des circonstances de course avant que les choses ne rentrent dans l’ordre, ça peut toujours arriver – ne l’est pas cette année. Car les organisateurs du Tour ont décidé d’un nouveau barème d’attribution des points pour le classement, et il est extrêmement favorable à Pogacar. Ou extrêmement défavorable aux sprinteurs, comme vous voulez.
On s’explique : les étapes sont classées par coefficient, de 1 (faciles) à 5 (très difficiles), plus un 6e pour les contre-la-montre. Les coefficients 1 et 2 rapportent 50 points au vainqueur (30 au deuxième, 20 au troisième, 18 au quatrième, 16 au cinquième, etc.), le coefficient 3 rapporte 30 points (puis 25, 22, 19, 17, etc.), les 4 et 5 rapportent 20 points (puis 17, 15, 13, 11, etc.).
Or, si on regarde en détail, il y a certaines étapes promises aux favoris, ou à tout le moins aux puncheurs, qui bénéficient d’un gros coefficient de points. Celles de Boulogne-sur-Mer ou de Rouen, par exemple, en valaient 50, tout comme celle du jour. Une arrivée au sommet de Mûr-de-Bretagne, inaccessible pour les sprinteurs, vaut donc autant de points qu’un emballage massif à Dunkerque (3e étape).
Dans ce contexte, on voit bien pourquoi les grosses cuisses du peloton sont inquiètes. Si Jonathan Milan ou Biniam Girmay, les deux meilleurs spécialistes du peloton, devraient logiquement se battre récupérer leur précieux lors de deux prochaines étapes, à Laval puis Châteauroux, ça ne les mettra pas à l’abri pour le reste du Tour. La montagne arrive très vite, lundi. Et l’arrivée en haut du Ventoux (étape 16) rapportera 30 points au vainqueur, alors que les étapes de très haute altitude n’en rapportaient habituellement que 20.
Pour Girmay, il est « le favori »
Que reste-t-il pour les sprinteurs, alors ? L’étape 11, à Toulouse, est classée en coefficient 2 avec son arrivée toute plate, mais il y aura deux côtes à monter dans les 15 km avant, où les sprinteurs risqueront de passer par la fenêtre. Là comme ça, on voit seulement Valence (étape 17) et les Champs-Elysées (étape 21). Plus les sprints intermédiaires, qui restent assez aléatoires avec les échappées potentielles. Et c’est tout.
Tout ça a fait dire ce vendredi à Biniam Girmay, qui avait remporté ce classement l’an dernier, que Pogacar était pour lui « le favori pour le maillot vert » dans cette édition. Peut-être encore un peu tôt pour le dire, mais c’est une réelle possibilité, c’est certain. Et même si ce n’est pas du tout un objectif pour lui, le Slovène a montré en s’attaquant à tous les types de course qu’il n’est pas du genre à faire la fine bouche. Il ramasse tout ce qui traîne, sans distinction.
Toute l'actu du Tour de FranceResterait alors le maillot à pois pour réaliser un grand chelem que plus personne n’a réalisé depuis Bernard Hinault, en 1979. La tunique du meilleur grimpeur est pour l’instant la propriété de l’équipier de Pogi chez UAE, Tim Wellens. Mais ça n’en restera pas là évidemment, car le Belge n’est pas là pour la haute montagne et qu’il n’y a eu que très peu de points distribués jusqu’à présent.
Traditionnellement, les grands favoris, en se bagarrant pour le général lors des étapes pyrénéennes et alpestres, se trouvent malgré eux au sommet de ce classement en fin de Tour. D’ailleurs, Pogacar l’avait remporté en 2020 et 2021, lors de ses deux premiers sacres. Le seul scénario qui l’empêcherait de récidiver, selon nous, serait qu’un coureur en fasse vraiment son objectif et parte à la chasse au moindre point, comme Giulio Ciccone en 2023 ou Richard Carapaz l’an dernier.
Loin d’être improbable, on sait que ce maillot à forte symbolique est un lot de consolation très prisé par ceux qui grimpent bien mais qui ne sont plus dans le coup au général. Au final, si on devait mettre aujourd’hui une pièce sur les maillots que ramènera Pogi à Paris, on miserait plus sur le vert que les pois.


















