Giro 2024 : « Pouvoir me battre avec Alberto Contador, mon idole, c’était grandiose », se souvient Fabio Aru
cyclisme•Fabio Aru, ancien vainqueur de la Vuelta, qui a remporté au moins une étape sur chacun des trois Grands Tours, s’est confié à « 20 Minutes »Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Fabio Aru raconte ses débuts dans le cyclisme, son rêve de disputer le Giro et son combat face à son idole, Alberto Contador.
- Le vainqueur de la Vuelta en 2015 a arrêté sa carrière après une blessure qui n'a pu lui permettre de revenir à son meilleur niveau.
- L’Italien, à la retraite depuis 2021, évoque également son ancien coéquipier Tadej Pogacar, grand favori pour remporter cette édition du Giro.
Une petite sortie sous le soleil avec son compatriote Diego Ulissi, à échanger autour de la Sardaigne et de la Toscane. Même à la retraite, Fabio Aru continue de pédaler et de sourire. A 33 ans, trois ans après avoir dit adieu au peloton, enquiquiné par des pépins physiques dont il ne s’est jamais vraiment remis, le vainqueur de la Vuelta 2015 ne s’est pas vraiment éloigné des pelotons, participant à plusieurs événements et travaillant avec des sociétés comme Ekoi ou Specialized.
« Je ne suis pas frustré, je profite, je suis bien », nous a assuré l’Italien au moment de nous accorder un long entretien, dans un espagnol parfait (oui, LV3 italien indisponible au lycée Montaigne, à Bordeaux, on en fait encore des cauchemars). Alors que le Tour d'Italie, qu'il a fini à deux reprises sur le podium, a commencé il y a une semaine, Fabio Aru est revenu sur sa carrière, émaillée de grands succès.
Quels sont vos premiers souvenirs du Giro ?
Le premier Giro que j’ai regardé à la télé, c’était en 2005, j’avais commencé à m’intéresser au vélo, un, deux ans avant, quand j’avais 13-14 ans. Et de ce Giro, je me souviens de l’étape de Sestrières [remportée par le Vénézuélien José Rujano]. Et, comme tous les enfants qui aiment un sport, je voulais faire comme ceux que je voyais à la télé. J’ai aimé de plus en plus le vélo avec les années, j’ai commencé à voyager, à quitter mon île [la Sardaigne] pour aller en Italie faire des courses. J’ai commencé le cyclisme par le cyclo-cross et la moutain bike, et j’ai pris peu à peu confiance avec le vélo de course et des personnes me disaient que j’avais plus d’aptitudes dans ce domaine. Et peu à peu, je me suis dit que je pouvais faire des bonnes choses dans ce sport. J’ai commencé à gagner des épreuves et, au final, avoir cette opportunité de signer à Astana.
Et vous disputez votre premier Tour d’Italie seulement huit ans après l’avoir découvert à la télé…
Je me retrouve à disputer mon premier Giro en 2013 avec Vincenzo Nibali, dans l’équipe Astana, pour ma première année en pro. C’était une expérience unique, parce que Nibali finit par gagner le Tour d’Italie et, moi, je réussis à avoir le maillot blanc de meilleur jeune pendant quelques jours au début de la course et ça m’a donné envie de revenir en 2014. Tout le monde ne peut pas disputer un Giro, et c’était vraiment un rêve pour moi. Quand j’étais gamin, je n’imaginais pas pouvoir un jour revêtir le maillot rose [2015].
Ressentiez-vous beaucoup de pression en tant qu’Italien sur le Giro ?
Ici, tout le monde suit et aime le Giro, les Italiens savent l’importance de cette course. Moi, personnellement, j’aimais aussi beaucoup le Tour de France et la Vuelta. Mais c’est vrai que les Italiens ne jurent que par le Giro. Mais, pour moi, la pression est normale car les gens et la presse rêvent qu’un Italien soit premier au général. Et l’Italien qui joue le général sait qu’il va devoir passer par là. Après, ça n’empêche pas les gens de soutenir de la même façon les autres coureurs, comme Froome ou Contador. Les Italiens ont beaucoup de respect pour les coureurs.
Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?
Il est évident qu’au niveau résultat, ma victoire au général sur la Vuelta (2015) était quelque chose d’énorme. Mais je mets au même niveau mon titre de champion d’Italie (2017) et ma victoire d’étape sur le Tour de France à la Planche des Belles Filles, en 2017, qui me permet de prendre le maillot jaune. Ça a été une émotion unique. Alors, bien sûr que remporter une étape sur le Giro était whaou, mais celle sur le Tour, c’était spécial, car ça me permettait aussi de boucler la boucle avec une victoire d’étape sur chaque grand Tour.
A contrario, avez-vous des regrets sur le fait de ne pas avoir remporté le Giro, alors que vous finissez deux fois sur le podium ?
J’ai plus de regrets de ne pas avoir fini sur le podium du Tour l’année où je termine à la cinquième place (en 2017).
Vous vous êtes battu face aux plus grands, comme Pinot, Contador, Dumoulin, Quintana, Contador ou Nibali. Quel duel avez-vous le plus apprécié ?
J’ai eu, et j’ai encore, un rapport très spécial avec Alberto Contador, qui était mon idole quand j’étais plus jeune. Arriver sur le Giro en 2015 et me battre avec lui pour le classement général était quelque chose de grandiose. C’était vraiment un adversaire particulier, surtout que je lui avais dit que c’était mon idole. L’année dernière, je me suis retrouvé en Chine avec lui pour un événement spécial et on se souvenait du bon temps. Il a toujours eu beaucoup de respect pour moi et disait qu’il se retrouvait en moi quand il était petit.
Quand avez-vous senti que quelque chose changeait, que vous ne pourriez plus vous battre avec les meilleurs ? Et comment gère-t-on le fait de ne plus être parmi les meilleurs ?
J’ai eu un problème à l’artère iliaque en 2019 et j’ai dû me faire opérer. Et à partir de ce moment-là, j’ai senti que ce n’était plus comme avant, je n’avais plus de forces dans la jambe gauche et d’autres problèmes se sont enchaînés. Je suis passé par quelques périodes de moins bien. Je mettais tout ce qu’il fallait, j’avais énormément envie de prouver que je revenais à mon meilleur niveau, je m’entraînais dur, je mangeais et me reposais bien… Mais quand la course arrivait, je n’avais pas les résultats escomptés.
Récemment, l’Italie avait des Basso, Nibali, Aru. Maintenant, aucun Italien ne semble en capacité de lutter pour remporter une grande course…
Je pense que c’est juste un problème de temps. On est actuellement dans une période creuse où on n’a pas de coureurs assez bons pour venir lutter pour les grandes courses. Après, un coureur comme Antonio Tiberi peut faire des choses, mais il doit encore le démontrer sur le vélo. On doit continuer à travailler et forcément qu’un coureur italien sortira. Regardez le tennis, avec Jannik Sinner… On doit attendre.
A la différence des coureurs italiens, Tadej Pogacar, lui, surplombe le reste du peloton…
Tadej, j’étais avec lui sur la première course qu’il gagne, en 2019, sur le Tour de l’Algarve. Il remporte l’étape reine et le général… Et à partir de là, il a explosé et enchaîné. Je le vois comme un gars très tranquille, mais incroyablement fort, avec un talent unique. Pogacar, c’est un phénomène, un champion. Il peut gagner tout ce qui se présente à lui, les courses d’un jour, les chronos, les étapes de montagne, les arrivées en descente, en sprint. Un phénomène.
Peut-il faire le doublé Giro-Tour de France ?
Je ne sais pas. Moi, je pense qu’il doit vraiment rester concentré sur le Giro, qu’il doit batailler pour le gagner, et après il pourra penser au Tour. Chaque chose en son temps. Ce ne sera pas facile, mais il n’y a pas une course qu’il ne peut pas gagner, alors…
Que pensez-vous de l’évolution du cyclisme actuel, avec quatre, cinq coureurs capables de tout gagner ?
Le cyclisme a changé. Aujourd’hui, on est dans un cyclisme plus « spécifique ». Les coureurs ont plus de données pour travailler, que ce soit sur l’alimentation, l’entraînement, même le sommeil… C’est une nouvelle normalité, le monde évolue, le cyclisme aussi.


















