Paris-Roubaix: Cancellara, un immense champion, mais pas que des potes

CYCLISME « Soit adoré, soit detesté » par ses collègues, le triple vainqueur de l’épreuve tâtera du pavé pour la dernière fois, dimanche...

B.V.

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Fabian Cancellara sur les routes du Tirreno, en mars 2016.
Fabian Cancellara sur les routes du Tirreno, en mars 2016. — Claudio Peri/AP/SIPA

Allez, on est entre nous, on peut tout se dire. Au départ, l’idée de cet article était de rendre hommage à Fabian Cancellara, qui, à 34 ans, prendra le départ de son dernier Paris-Roubaix dimanche, avant une retraite bien méritée en fin de saison. Vous comprenez : trois victoires dans la classique pavée, trois autres au Tour des Flandres, quatre titres de champions du monde du contre-la-montre, un olympique, huit étapes du Tour de France… Alors on s’est dit qu’on allait appeler quelqu’un qui l’a côtoyé sur ses courses de prédilection, les classiques. Frais retraité et tout nouveau consultant, Steve Chainel fera très bien l’affaire.

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« Alors là vous tombez mal parce que moi je ne l’aime pas du tout », nous répond-il. Ah. Et pourquoi donc ? « C’est quelqu’un de très hautain. Il m’a manqué de respect durant le peu de courses que j’ai faites avec lui. Pour lui, j’étais un "Français de merde". Il ne nous aime pas. En course, il ne faut surtout pas le toucher, on ne frotte pas avec "Monsieur Cancellara". Attention hein : c’est un grand champion avec un grand palmarès. Mais pour autant il ne mérite pas autant de respect qu’un Boonen ou un Sagan, qui sont beaucoup plus accessibles. On l’idolâtre, on en fait tout un pataquès, mais sa personnalité n’est pas à la hauteur de son palmarès. »

Cancellara, entré en tête, a contraint son compagnon à passer en tête. Puis, il a attendu la dernière ligne droite pour le déborder au final d'une longueur bien que Vanmarcke l'ait obligé à remonter vers le milieu de la piste.
Cancellara, entré en tête, a contraint son compagnon à passer en tête. Puis, il a attendu la dernière ligne droite pour le déborder au final d'une longueur bien que Vanmarcke l'ait obligé à remonter vers le milieu de la piste. - Francois Lo Presti AFP

« On adore ou on déteste »

Quoi, Spartacus ne serait pas le gendre idéal que son image proprette dépeint depuis près de quinze ans ? « Il peut faire un peu hautain. Il ne me dit pas bonjour, mais ce n’est pas comme si il saluait tout le peloton, explique un autre coureur expérimenté toujours sur les routes avant de nuancer. Il est dans sa course, dans sa bulle, ce n’est pas évident à gérer non plus pour lui. C’est quand même un grand nom du cyclisme, mais les avis sont assez partagés sur lui. »

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« C’est comme tous les mecs à caractère, on adore ou on déteste, poursuit Chainel. Je sais que par exemple que Tony Gallopin s'entendait très bien avec lui quand ils couraient ensemble chez RadioShack. » «Spartacus» est un monstre du vélo, avec tout le respect et la déférence que cela implique. Chainel regrette d'ailleurs aujourd'hui de ne pas avoir dit ce qu'il pensait quand Cancellara « faisait le malin » à se faire appeler Luigi dans le peloton, alors que l’ancien coureur repenti Tyler Hamilton avait accusé en 2013 le champion suisse d'être dans la liste des clients du sulfureux Docteur Fuentes sous ce nom de code. « Il s’en branlait et emmerdait le peuple avec ça alors qu’en général, dans ces cas-là, on la joue discret », se souvient Chainel.

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Mi-idole mi-Don Corleone, Cancellara est le genre de coureur à avoir suffisamment d’aura pour faire ce qu’il veut et dire ce qu’il pense sans que personne ne moufte. En 2010, c’est avec le maillot jaune sur les épaules qu’il avait décidé tout seul que le peloton attendrait Armstrong et les frères Schleck retardés dans une chute sur le Tour de France. C’est aussi lui qui, l’an passé,a convaincu le peloton de boycotter une étape du Tour d’Oman à cause de la chaleur. Une décision saluée et soutenue par tous, mais prise après consultations des grands noms (Nibali, Boonen), sans se soucier de ce que pensent les autres.

Il réclame les données GPS de Démare

Et surtout pas les Français. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais Fabian s’est fâché tout rouge il y a quelques semaines après la première victoire d’Arnaud Démare sur Milan-San Remo, la première d’un Français sur un monument depuis des lustres. « J’accepte de perdre une course, mais cette chute m’a empêché de défendre mes chances #talentsurunvélo », a-t-il lâché sur Twitter, se moquant au passage de la gamelle juste devant lui du pauvre Colombien Gaviria, la tête dans le goudron. Avant de demander, comme les Italiens et Capecchi et Tosato qui soupçonnent Démare de s’être fait tracter par une voiture dans la montée de la Cipressa, que le vainqueur du joueur ne publie ses données GPS.

« Dans ces cas-là, publie les tiennes du Tour des Flandres 2010 » lui a répondu en choeur le réseau social. Cette année-là, il humilie sans forcer Tom Boonen sur le Mur de Grammont pour gagner le Ronde, avant de faire encore mieux la semaine suivante en partant seul à 50 bornes du Vélodrome de Roubaix. Fou.

De nombreuses vidéos virales avancent alors qu’il bénéficie d’un dopage mécanique. « Cancellara, c’est l’homme qui a lancé la polémique sur les moteurs électriques lors de ses stupéfiantes victoires, écrit dans son livre le Cycliste Masqué. Il dit "mon moteur, c’est mon cœur". Ce doit être un cœur bionique, alors ». Rien n'a jamais été prouvé, mais Cancellara restera l'homme d'un doute, celui dont la première suggestion google qui accompagne le nom est « moteur ».

Cancellara sur google
Cancellara sur google - DR

Et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles au moins une partie du peloton ne le regrettera finalement pas tant que ça. Aussi immense champion soit-il.