Coupe du monde 2022 : Comment faire pour ne pas nous voir déjà en finale de ce Mondial ?
FOOTBALL•La perspective de la demi-finale, mercredi (20 heures) contre le surprenant Maroc, nous pousse à difficilement imaginer l’équipe de France ne pas défendre son titre mondial, dimanche prochain au Qatar.Aymeric Le Gall
L'essentiel
- L’équipe de France de football s’est qualifiée samedi pour les demi-finales de la Coupe du monde au Qatar en venant à bout de l’Angleterre (2-1).
- Après cette énorme étape, franchie dans la douleur, les Bleus sont habités d’une force collective qui semble sans faille.
- C’est pourquoi un couac contre la sélection marocaine, aussi surprenante qu’éreintée, paraît improbable mercredi (20 heures), en demie.
D’un de nos envoyés spéciaux à Al-Khor (Qatar),
Bon et maintenant, on fait quoi ? Ben oui, on fait quoi après avoir écrit que cette équipe de France, sa baraka retrouvée, sa confiance inébranlable en sa bonne étoile et le sentiment de force qu’elle dégage un peu plus chaque jour, ne peut plus ne pas aller au bout de l’aventure ? C’est bien joli de rouler des mécaniques et de s’imaginer dimanche prochain au stade de Lusail pour la grande finale de la 22e Coupe du monde, mais entre-temps il y a une demie à jouer face à une équipe du Maroc qui rend fous tous ses adversaires (mercredi à 20 heures). D’ailleurs, n’est-ce pas là le principal écueil qui a coûté la qualif' à la sélection portugaise, samedi, elle qui était peut-être (sûrement, même) trop sûre de terrasser les Lions de l’Atlas après sa démonstration de force face à la Nati (6-1) en huitièmes de finale ? A l’arrivée, ils sont tombés de haut, de très haut, nos amis de la Seleçao.
Pourtant, on a beau essayer de retourner le problème dans tous les sens, on ne voit pas comment les Bleus pourraient se prendre à leur tour les pieds dans le tapis. Un confrère portugais croisé samedi dans la salle de presse du stade Al-Bayt à Al-Khor a eu beau nous répéter que cette équipe marocaine, c’est « la Grèce 2004 », qu'« ils vont aller au bout » avec « leur gardien trop fort », ON N’Y ARRIVE PAS !
Soyons sérieux deux minutes : après deux matchs d’une intensité folle en huitième face à l’Espagne et en quart contre le Portugal, les hommes de Walid Regragui vont bien finir par rouler sur la jante, non ? Sans compter que les pauvres ont encore laissé pas mal de plumes sur la pelouse samedi (Saïss et Ziyech sont sortis blessés).
« On ne sous-estimera personne »
D’ailleurs, on n’est visiblement pas les seuls à voir les Bleus passer l’obstacle marocain mercredi si l’on en juge par cette question – non, cette affirmation – d’un confrère étranger faite à Didier Deschamps après la victoire face à l’Angleterre : « Vous allez faire le doublé comme le Brésil en 1958 et 1962 ». Surpris, pour ne pas dire choqué par un tel aplomb, le sélectionneur a mis le holà direct : « Pour le moment, on a une demi-finale, on ne va pas se voir au bout. On s’en rapproche mais on a une étape importante pour y croire, et ça passe par mercredi. Certainement que peu de personnes pouvaient attendre le Maroc en demi-finale mais, de par ce qu’ils ont fait, les équipes qu’ils ont affrontées, ce n’est plus une surprise. Ils ont mérité de jouer une place en finale de Coupe du monde. Il faut les respecter ».
Le service après-vente est évidemment le même du côté des joueurs passés en zone mixte. Adrien Rabiot : « C’est un match historique. Si le Maroc est là, c’est qu’ils l’ont mérité. On a vu les précédents matchs, on sait qu’ils ont de grands joueurs. Ils savent aussi souffrir, on ne sous-estimera personne ». « Ça va être un match acharné du début à la fin parce que c’est une demie de Coupe du monde et que c’est une belle équipe, prévient Aurélien Tchouaméni. On ne peut pas sous-estimer une équipe en demi-finale. Favori ou pas favori, ça n’a pas d’importance. Le plus important, c’est de tout donner pour gagner. » Tout donner, c’est justement ce qu’ont prévu de faire les hommes de Walid Regragui, qui comparait son équipe, après la qualification, à « Rocky Balboa ».
Aucun but encaissé contre quatre cadors
Sur le ring, il y a de ça en effet. Les joueurs se dépensent comme des morts de faim et jouent leur vie sur chaque ballon, ce qui se traduit dans les chiffres. Le Maroc n’a en effet encaissé qu’un seul but depuis le début de la compétition, un but contre son camp qui plus est, face au Canada, lors de la deuxième journée.
« On doit se battre plus que les autres, on n’a pas les mêmes armes, a poursuivi leur sélectionneur après la victoire contre le Portugal (1-0). Si tu n’as pas de cœur, tu ne peux pas les battre. On devient l’équipe sympathique de cette Coupe du monde et on montre au monde que dans la vie, c’est possible avec moins de talent, de qualité et d’argent. Si tu as envie, que tu travailles et que tu y crois, tu peux. Mais attention, ça n’est pas un miracle. La Croatie, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, zéro but encaissé. C’est du travail. » Du Black & Decker, même.
Poussés par tout un peuple et même un peu plus – le stade devrait être quasi entièrement acquis à la cause marocaine –, les Lions de l’Atlas sont progressivement en train de mettre fin à un complexe d’infériorité qui les a longtemps accompagnés. « Nous sommes ici pour changer les mentalités, confiait le gardien Yassine Bounou, héroïque face au Portugal. Nous avions ce sentiment d’infériorité mais, en fait, nous pouvons battre tout le monde. Les générations futures le sauront, maintenant. »
S’il assure ne pas s’inquiéter du fait de jouer devant un public à fond derrière le Maroc, Aurélien Tchouaméni semble tout aussi sincère quand il prévient qu’il ne faut « jamais sous-estimer un adversaire qui arrive en demi-finale de Coupe du monde ».
C’est la bonne mentalité à avoir, et espérons que ce ne soit pas simplement des mots pour les caméras. Car autant une élimination en quart face à l’Angleterre, ça peut passer, autant un adieu en demie face au Maroc, ça ferait quand même mauvais genre. Que nos amis marocains n’y voient là rien de hautain, il n’y a qu’à regarder le classement FIFA pour voir le gouffre qui sépare les deux équipes (4e vs 22e), à trois jours de la grande explication.
En grand pragmatique qu’il est, on peut penser que Deschamps, qui sait qu’il est tout proche de marquer à tout jamais l’histoire du foot mondial, ne fera pas la bêtise de prendre son adversaire de haut. Comme il le répète depuis le début, « il faut garder de l’humilité et ne pas se prendre pour ce que l’on n’est pas ». De notre côté aussi, on va essayer de raison garder, mais clairement on ne promet rien.


















