Mondiaux de Ruhpolding: Les Fourcade, frères d'armes du biathlon

BIATHLON Adversaires sur la piste, Martin et Simon, vivent de mieux en mieux leur rivalité en compétition...

Romain Scotto

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Les frères Fourcade Martin (à g.) et Simon (à dr.) à l'arrivée de la poursuite des Mondiaux de Ruhpolding, le 4 mars 2012.
Les frères Fourcade Martin (à g.) et Simon (à dr.) à l'arrivée de la poursuite des Mondiaux de Ruhpolding, le 4 mars 2012. — R.Orlowski/REUTERS

La pratique du sport en famille présente parfois quelques inconvénients. Martin Fourcade, abonné aux podiums internationaux depuis deux ans et déjà double champion du monde à Ruhpolding cette semaine, ressent toujours cet petite gêne lorsqu’il s’agit de mettre des mots sur ses performances. Le cadet des Fourcade n’oublie pas son frangin, souvent derrière lui malgré sa médaille d’argent de mardi sur l’individuel. Réunis pour le relais vendredi, les deux Fourcade ont appris au fil des compétitions à gérer cette rivalité de circonstance.

«Je dois beaucoup à Simon, c’est grâce à lui que je gagne», répète souvent Martin, presque gêné vis-à-vis de son frère lors des derniers JO après sa médaille d’argent. A l’époque, Simon vivait mal l’ascension soudaine du petit frère. Christian Dumont qui dirigeait l’équipe de France à cette époque, se souvient des tourments du Catalan. «Du jour au lendemain, son frère arrive et gagne des courses alors que lui n’y était jamais arrivé. Ça fait bizarre quoi. Il ne l’a pas accepté. Il se disait qu’il ne progressait plus. C‘était dur à vivre.»

«On a failli mettre Simon à pied»

Rongé par la frustration, Simon a même songé à arrêter. «Je me souviens d’une Coupe du monde à Anterselva où il pétait un câble, glisse Dumont. Ça se ressentait sur l’ambiance de l’équipe. On était intervenu pour le sensibiliser, mais c’était plus fort que lui. On a failli le mettre à pied.» Pour l’entraîneur des deux biathlètes, Stéphane Bouthiaux, il n’y avait pourtant pas de jalousie chez Simon. Juste «la haine de ne pas obtenir la même chose que son frère.» Aujourd’hui, l’aîné s’est fait une raison.

Obnubilé par son sport, il a accepté la domination d’un cadet talentueux, qui vit sa carrière d’athlète avec détachement. Avant le sprint dimanche dernier, c’est un petit mot de Martin soufflé à l’oreille de son aîné qui a remis Simon en piste. «Ce n’est qu’un jeu, que du biathlon.» Aujourd’hui, les deux Pyrénéens suivent «chacun leur voie», note Bouthiaux qui veille à ce que les frangins ne fassent pas toujours chambre ensemble. L’entraîneur des Bleus les imagine plutôt réunis sur un podium, voire tous les deux sur la première marche. Le relais de vendredi favorise d'ailleurs ce genre de regroupement familial.