Ligue 1: Quand les anciens jugent les jeunes pousses du championnat

FOOTBALL Comment les joueurs de 20 ans se comportent avec les vieux en 2011...

Romain Scotto
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Le gardien de Sochaux, Teddy Richert, lors d'un match amical contre Nancy, le 30 juillet 2011.
Le gardien de Sochaux, Teddy Richert, lors d'un match amical contre Nancy, le 30 juillet 2011. — E.Pol/Sipa

Ils n’ont pas connu l’époque de la belote au fond du car, ni des chaussures à décrotter après les entraînements. En 2011, les jeunes qui découvrent la L1 n’ont pas grand-chose à voir avec ceux qui débarquaient au plus haut niveau il y a vingt ans. Avant la neuvième journée, plusieurs «anciens» ont accepté de juger la jeune génération, en passant certains clichés au détecteur de mensonges.

Ils ne jouent qu’à la Playstation et passent leur vie au téléphone. VRAI

Sur le terrain, les joueurs parlent en général le même langue. C’est en dehors qu’intervient le choc des cultures. «La PlayStation, c’est clairement leur passe-temps favori, observe le Brestois Omar Daf, 34 ans. Moi, je n’aime pas du tout, mais si ça leur permet de s’évader…» Laurent Batllès, 36 ans, n’est pas non plus branché jeux vidéo, mais plutôt belote lors des longues mises au vert. «Oui, ils jouent à la Playstation. Et alors? Mes enfants jouent à la Wii. Il faut s’adapter à leurs jeux aussi.» A croire les anciens, les jeunes sont aussi particulièrement «addicts» au téléphone portable: «Ça c’est leur grand ami, s’amuse Thierry Debès, gardien remplaçant à Ajaccio et doyen de L1 (37 ans et demi). Ils l’ont constamment sur eux. Des fois, ils sont à table avec cinq mecs et ils parlent avec cinq autres en même temps au téléphone... Je ne les comprends pas.»

Ils ne respectent pas les anciens. FAUX

Non, les vieux grognards de L1 n’ont pas à se plaindre des jeunots. En général, le rôle du grand frère est parfaitement accepté, comme l’explique Batllès, qui «n’a jamais connu le moindre souci à Saint-Etienne. Les jeunes respectent les anciens. Quand je leur explique certaines choses, ils écoutent. Ils ne sont pas là pour répondre.» Pour étayer ce constat, Thierry Debès évoque certains rituels, notamment lors des repas. «Les jeunes gardent toujours la place en bout de table, ils mettent les couverts. Ils savent que depuis des années, je m’assois là.» A l’entraînement, ce sont aussi les plus jeunes qui portent les packs d’eau. «Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont nos larbins. Ils ne lavent pas nos chaussures non plus.» «Ils respectent ces petites habitudes, mais j’ai la chance d’être tombé sur de bons jeunes, enchaîne Teddy Richert, le gardien sochalien (37 ans) qui cite en exemple Vincent Nogueira. Ils n’ont jamais osé s’opposer à moi.» A croire qu’en Ligue 1, les jeunes rebelles sont de plus en plus rares.

Ils ne pensent qu’à l’argent. VRAI ET FAUX

Il y aurait donc deux catégories de jeunes pros. Les passionnés d’un côté, les pragmatiques de l’autre. Batllès: «Oui, ça dépend des joueurs. Ici, Nery, Ghoulam ou Zouma adorent le foot. J’ai connu Samir Nasri (à l’OM) à l’âge de 17 ans, il connaissait tous les joueurs du championnat. Ceux qui ne sont pas passionnés, ils ne durent pas. A Marseille, il y avait aussi Ahmed Yahiaoui. Il était moins passionné. Il pensait déjà à franchir vite les paliers pour aller à Chelsea. Aujourd’hui, on ne sait même plus où il est.» Omar Daf est toujours étonné quand il entend des jeunes parler salaires ou primes dans le vestiaire. Au fil des saisons, les discussions tournent pourtant de plus en plus autour du nombre de zéros sur un chèque. «Tout de suite, ils pensent à ce qu’ils peuvent gagner et ils se comparent aux anciens. Ils oublient que le joueur qui a 32 ans, il lui a fallu cinq ans pour être reconnu. Aujourd’hui, ils n’attendent pas de confirmer au haut niveau pour faire monter les enchères.»

Ils se prennent pour des stars. VRAI ET FAUX

Quand il évoque ses débuts en L1, Thierry Debès a des trémolos dans la voix. «A mon époque, il fallait faire 25 matchs pour qu’on parle de nous. Aujourd’hui, ils marquent deux buts, tout le monde les connaît parce qu’ils passent 90 fois à la télé le week-end.» Forcément, cela fait tourner les têtes. Certains se croient un peu «trop vite arrivés au sommet», explique Richert, dont le rôle est de calmer «ceux qui se montent la tête». S’ils se prennent pour des stars, ce serait d’abord la faute des médias qui collent une étiquette en quelques matchs. «Quand c’est Eden Hazard, il n’y a pas de problème, parce que c’est une star. Mais c’est tout. Avant, on arrivait sur la pointe des pieds. On était beaucoup plus bizutés. Aujourd’hui, ils arrivent à cinq, six en même temps à l’entraînement des pros. Ils ont plus confiance en eux.» Sans que cela soit réellement justifié.

Ils sont beaucoup trop entourés. VRAI

En 2011, les joueurs sans agent sont des oiseaux rares. «Je ne crois pas qu’il y en ait un», observe Omar Daf, qui a joué un an sans agent en L1. «Maintenant, avant même d’avoir un contrat, les joueurs sont très entourés. Le côté positif, c’est qu’ils sont conseillés. Le mauvais, c’est que ça leur monte la tête.» Thierry Debès est effaré quand il observe l’entourage de certains jeunes. «J’en reviens pas. Aujourd’hui, à 15 ans, n’importe qui a un agent. Ils ont changé beaucoup de choses.» Les parents seraient de plus en plus pressants. «80% des joueurs viennent de milieu difficile. Pour la famille, il y a de l’argent à gagner avec ces jeunes. Il y a vraiment cette pression permanente, beaucoup plus importante qu’avant.» Parole d’ancien combattant.