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Serge Girard: «Je suis un type ordinaire»

Serge Girard: «Je suis un type ordinaire»

COURSECe Français boucle dimanche son tour d'Europe en courant...
Propos recueillis par Alexandre Pedro

Propos recueillis par Alexandre Pedro

Serge Girard touche au but. Dimanche à 11h06, ce super-marathonien de 56 ans va boucler à Vincennes (devant l'Insep) un périple de 365 jours à travers 25 pays européens. Avec une moyenne de 73 km par jour, ce Français venu sur le tard à la course a déjà parcouru plus de 26.800 km. Mais à l'entendre, il ne se voit pas comme un surhomme, juste comme un passionné qui va au bout de son rêve.

Comment vous sentez-vous physiquement après 363 jours de course?

A deux jours de la fin [entretien réalisé le 13 octobre], les douleurs, on les oublie. Je suis dans l'euphorie de l'arrivée.

La nouveauté c'est que désormais, vous ne courrez plus seul...

Depuis que j'ai posé le pied à Calais, ça n'a pas arrêté, je suis constamment accompagné. Cet engouement me porte, on le voit dans mes moyennes. Je suis beaucoup plus rapide depuis que je suis rentré en France. Il y a une émulation, le temps passe plus vite.

Est-ce que ces personnes vous voient comme le porteur d'un message?

Parfois, c'est un peu gênant quand on vient me dire que ce que je fais est extraordinaire. J'essaye d'expliquer que je ne suis pas différent d'eux, je ne suis pas un athlète de haut niveau avec un don. Simplement, j'ai une passion et, comme le dit Voltaire: «Il n'y a que la passion pour faire avancer l'être humain.» Après, c'est juste du mental et l'aide de mon équipe autour de moi. Il faut démythifier tout ça et ne pas me mettre sur un piédestal. Je suis un type ordinaire, je ne veux pas être un gourou.

Il y a pourtant une dimension philosophique dans votre démarche...

Courir ou marcher, c'est la première chose que l'être humain a réalisé. L'évolution a fait qu'on court beaucoup moins, mais il ne faut pas oublier de pratiquer cette activité. L'être humain est une machine bien complexe où le corps et le cerveau doivent fonctionner ensemble. Je ne me prends pas pour un philosophe, mais bien souvent, les philosophes pensaient en marchant. Des médecins vous diront que les courses d'endurance ou les longues marches sont très équilibrantes. On se sent tellement bien après avoir couru. On est beaucoup plus posé et cartésien. Mon cerveau fonctionne mieux après ce genre d'effort.

Vous dites qu'on vous appelle parfois Forest Gump. Est-ce qu'on vient vous demander pourquoi vous courrez comme le personnage de Tom Hanks dans le film?

Cela arrive. La vraie réponse, comme toute chose, est existentielle. Mais il n'y a pas un événement dans ma vie ou dans mon enfance qui peut expliquer pourquoi je cours. Il y a simplement le plaisir, le plaisir de cette vie de nomade.

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Est-ce que vous craignez le retour à une vie sédentaire?

Sur toutes mes traversées [il a déjà parcouru les cinq continents en courant], j'ai eu cette appréhension, mais le retour s'est toujours bien passé. Je ne vais pas rester inactif puisque je vais embrayer sur la production d'un documentaire de 52 minutes sur mon tour d'Europe. Après, j'irai présenter ce film pendant un an à travers des conférences. Je ne vais pas en sortir (rires).

Qu'est-ce qui vous manque le plus depuis votre départ?

Un vrai repas! Je rêve d'escargots de Bourgogne. Il va juste falloir attendre que mon tube digestif se réhabitue pour aller dans un bon restaurant. Depuis 363 jours, je m'alimente qu'en petites portions 15 à 18 fois par jours. Je me permets une petite bière le soir, je me déculpabilise en me disant que c'est riche en fers minéraux (rires). Mais là, j'aurai envie de me déboucher une bonne bouteille de vin.

Un pays vous a-t-il touché plus qu'un autre?

La Pologne. Je suis passé au moment du deuil lié à la mort du président Lech Kaczynski. J'ai adoré ce peuple. J'ai découvert des gens accueillants, ouverts et d'un dynamisme incroyable. J'ai eu un accueil incroyable dans les écoles polonaises. Les Polonais m'ont beaucoup touché.

Quelle vision de l'Europe a-t-on après un tel périple?

La première réflexion que je me suis faîte est qu'on vit dans un espace de liberté incroyable. Il ne faut pas l'oublier. Je me suis baladé partout en Europe sans que personne ne vienne me demander mes papiers. Il faut voir que dans certains pays, on ne pouvait pas sortir il n'y a pas si longtemps. Des coureurs roumains m'expliquaient qu'aller courir le marathon de Madrid était un rêve pour eux. Il y a aussi la beauté de ce continent. Il existe des choses très belles sur les autres continents, mais aucun ne regroupe autant de richesses culturelles que l'Europe.