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Teddy Riner: «Je suis prêt à laisser ma vie sur le tatami»

Teddy Riner: «Je suis prêt à laisser ma vie sur le tatami»

INTERVIEWLe triple champion du monde des lourds vise deux nouveaux titres à Tokyo, ce qui lui permettrait de faire mieux que David Douillet...
Propos recueillis par Romain Scotto

Propos recueillis par Romain Scotto

Cela fait plus de deux ans qu’il na pas perdu un combat en compétition officielle. Depuis sa défaite par pénalité, en demi-finale des Jeux, Teddy Riner amasse les victoires et les titres mondiaux (il en compte trois). A Tokyo, où il entame ses championnats du monde jeudi, le colosse de l’équipe de France peut égaler, voire dépasser, le nombre de titres mondiaux de David Douillet, s’il réalise le doublé (il devrait être aligné chez les lourds et en toutes catégories). A 21 ans seulement…

Quand on a déjà gagné trois trophées mondiaux, n’est-il pas difficile de se remotiver pour défendre ses titres chaque année?
Non, parce que j'aime ça. Je me dis qu’il va falloir s’entraîner, mettre en place une préparation de deux, trois mois. En fait, pour ne pas tomber dans la lassitude, je ne fais pas beaucoup de compètes, je mise plutôt sur leur qualité. J’en discute avec mon entraîneur, avec un calendrier sous les yeux en début d'année. A certaines périodes, j’ai des choses à respecter. Il me dit: «Là, tu ne fais que t’entraîner. Si tu as des sollicitations médiatiques, c’est non.»

Si vous combattez peu, c’est aussi pour ne pas trop vous dévoiler?
Aussi, mais parfois, je n’ai pas forcément l’envie d’aller me battre dans un tournoi qui n’est pas prioritaire. Ce que je veux, c’est des titres, des gros événements. Maintenant, je n’ai plus rien à cacher… Quand je pars en compète, je me dit: «Ils vont goûter du Riner.» On ne sait pas de quoi demain est fait, alors autant tout donner et vivre le moment présent.

Pensez-vous avoir amélioré votre judo depuis l’année dernière?
Ah oui. Je le sais et je me sens mieux. Si ça ne passe pas sur une technique, ça peut passer avec une autre. J’ai de nouveaux atouts. J’ai progressé sur ma façon de poser les mains aussi. Je suis encore plus fort que l’année dernière.

Vous parlez de nouveaux atouts, quels sont-ils?
Savoir gérer un combat. Je suis fort mentalement même si je suis à bout, je sais que je peux aller chercher du souffle. Je n’ai pas peur de la douleur, je suis prêt à laisser des plumes… même ma vie sur le tatami.

Quelqu’un est-il plus fort que vous aujourd’hui?
Je pense toujours que tout le monde peut me battre, je ne sous-estime personne, même le plus petit combattant, venant d’un pays inconnu, je m’en méfie.

Pensez-vous souvent aux Jeux de Londres?
Ah oui tout le temps. J’imagine ces Jeux… J’y pense très souvent même si je sais qu’il y a beaucoup d’étapes à franchir avant.

Le fait de pouvoir égaler, voire dépasser le nombre de titres mondiaux de David Douillet vous trotte-il dans la tête?
Les défis sont faits pour être relevés, je ne le fais pas pour battre David mais plus pour écrire une nouvelle page dans l’histoire du judo. Il n’y a que trois judokas qui sont quadruple champion du monde. C’est donc un super challenge à relever.

Que représente le Japon, pays d’origine du judo, à vos yeux?
C’est un endroit où j’adore aller m’entraîner pour la diversité technique qu’on trouve sur le tatami. C’est surtout un endroit où je progresse à chaque fois que je m’y rends. C’est une autre façon de s’entrainer, les Japonais sont orgueilleux et ils vont tout faire pour me déstabiliser et me faire croire qu’untel ou untel est meilleur que moi mais cela ne me fait pas peur. J’aimerais les battre chez eux. Je me vois bien faire un grand sourire au public japonais après avoir gagné. Ça ferait plaisir.

Là-bas, vous reconnaît-on plus aussi souvent qu’en France dans la rue?
Oui ça m’arrive, surtout dans les universités. La différence avec la France, c’est qu’ils sont plus hystériques. Au niveau de l’ambiance, c’est autre chose. Ils crient tous d’une seule et même voix derrière leurs athlètes.