MMA : « L’objectif, c’est l’argent, comme les pirates »… Morgan Charrière, le combattant qui ne marche pas à la haine
octogone•Pour son sixième combat à l’UFC, le Français Morgan Charrière affronte le Brésilien Melquizael CostaPropos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Morgan Charrière, surnommé « The Last Pirate », se prépare sereinement à son sixième combat à l’UFC contre le Brésilien Melquizael Costa à Las Vegas ce samedi.
- Le combattant français de 30 ans s’est fait un nom aux États-Unis grâce à son style spectaculaire et à sa communication, ayant remporté quatre bonus en cinq combats UFC.
- « Mon rêve, je suis en train de le vivre là : je suis un combattant à l’UFC, je suis à Las Vegas, je suis payé pour ça », considère le gamin de Poissy
Dans la chambre de son hôtel à Las Vegas, à trois jours d’affronter le Brésilien Melquizael Costa, Morgan Charrière était tranquille, très tranquille quand on l’a eu au téléphone. Pour son sixième combat à l’UFC, ce samedi, « The Last Pirate » avance sereinement. « Je suis en forme, je me sens vraiment bien, j’ai vraiment aucun bobo, le poids descend tout seul, tous les voyants sont au vert », nous assure le gamin de Poissy dans un large sourire.
A 30 ans, l’homme qui a déjà terminé huit fois ses adversaires dès le premier round sait en plus que ses meilleures années sont devant lui. Mais Charrière ne se fixe pas d’objectif précis, si ce n’est continuer à combattre dans la prestigieuse organisation américaine dirigée par Dana White, rendre ses combats les plus spectaculaires possibles et encaisser les gains. La piraterie n’est pas finie, elle ne fait que commencer.
A l’UFC, vous avez déjà combattu à Las Vegas et à Nashville. Avez-vous l’impression de vous être fait un nom aux Etats-Unis ?
Quand on est arrivé à l’aéroport, des gens m’ont reconnu et m’ont souhaité bonne chance. Ça va faire bientôt trois ans que je suis à l’UFC, je commence à être bien implanté. J’ai cinq combats, quatre bonus (prix du combat de la soirée), que des combats spectaculaires en main card. Forcément, de combattre de façon assez spectaculaire ou engageante, qui donne envie de regarder, qui est très compréhensible et pour le grand public, ça aide à ma popularité. Il faut être capable aussi de prendre des risques pour aller finir un combat et donner des choses excitantes aux gens qui payent. C’est un sport américain, c’est un sport qui demande du spectacle. Les gens veulent voir des choses de super-héros. Aux Etats-Unis, j’ai plutôt la cote, c’est sympa. C’est vraiment tout un package que je propose : le style de combat, la communication…
Avec votre surnom « The Last Pirate », la com fonctionne bien…
Je ne voulais pas prendre un surnom pour prendre un surnom, comme les autres combattants peuvent le faire parfois : le dominateur, le tueur… des trucs très clichés. Je me disais que si je devais avoir un surnom, il me trouverait, sinon qu’on m’appelle par mon prénom, ça m’allait très bien. Au fil de ma carrière, il y a plein de critères d’identité visuelle ou de vie qui se rapprochaient des pirates qui collaient bien à moi. Il y a le surnom The Last Pirate qui a pointé le bout de son nez. Je l’arbore fièrement, il me va très très bien, et ça va avec mon prénom Morgan, qui vient d’un pirate [Henry Morgan] qui a annexé la Jamaïque. Mon prénom vient de ce pirate. Donc ce surnom, c’est un petit mélange d’histoire personnelle et de vie.
Vous vous identifiez aux pirates depuis petit ?
J’ai toujours aimé un peu ce qu’ils représentaient, cette liberté, naviguer sur des bateaux, aller dans d’autres pays. Quand j’étais plus jeune, il y a eu aussi Pirates des Caraïbes. Je ne dirais pas que j’étais un super fan, mais j’aimais beaucoup l’univers. Le surnom « The Last Pirate », ça colle très bien avec moi, à comment je vois la vie, que je suis à la quête d’une certaine liberté, d’aventures. Et c’est ce que je fais au quotidien. Je voyage dans tous les pays du monde et j’affronte des gens.
Est-ce que les pirates vous ont inspiré dans votre façon de combattre ?
Je ne suis pas sûr qu’un style de pirate ça existe. Les pirates, ils se tiraient dessus avec des pistolets ou au pire, ils se mettaient des coups de couteau ou d’épée. Mais, dans l’esprit des gens, je pense que j’ai un style de pirate quand même assez agressif, avec du style, des choses très explosives et une recherche de la mise hors combat de l’adversaire.
Le trésor à aller chercher, c’est une ceinture ?
C’est l’argent, ce n’est pas forcément la ceinture. C’est l’argent comme les pirates. La ceinture, est-ce que c’est mon objectif premier ? Si je ne la tape pas, ma vie ne sera pas réussie ? Non, pas du tout. Mon objectif premier, c’était d’être combattant UFC et de vivre de mon sport, ce qui était déjà quelque chose de très très compliqué il y a plusieurs années. D’avoir des combattants français à l’UFC, c’était quelque chose d’impensable.
« La ceinture, peut-être un jour, j’espère, mais pour l’instant, je suis même pas encore dans le top 15. Donc je ne peux pas dire, je vais être champion ou j’ai envie d’être champion. Non, mon rêve, je suis en train de le vivre là : je suis un combattant à l’UFC, je suis à Las Vegas, je suis payé pour ça, il y a des gens qui me regardent dans les plus grosses salles, les plus grosses cartes. »
Dans la préparation, est-ce qu’il y a un changement mental qui vous permet d’atteindre un certain niveau de « haine » vis-à-vis de votre adversaire pour mieux le combattre ensuite ?
Des combattants fonctionnent comme ça, ils ont besoin de cette animosité, pas moi. Je ne fonctionne pas à la haine pour défoncer mon adversaire. Je dirais plus que je suis tellement concentré sur les points clés du combat, ce que je dois faire pour arriver là où j’aimerais que ça aille, que c’est de la super concentration, et du coup le mec en face c’est plus vraiment un mec, c’est plus une cible bougeante, je ne sais pas comment le dire, mais je n’ai pas l’impression d’affronter un autre être humain en fait. Je me combats plus moi-même durant le combat pour essayer de faire ce que j’ai envie. C’est plus un combat interne que contre quelqu’un. Après, une fois que l’ouverture est là, forcément aux yeux du public je le défonce. Mais, en vrai, c’est plus une fenêtre d’ouverture. La haine, ça peut marcher au début, mais ce n’est pas une super motivation pendant un combat. Il y a des mecs que je n’aime pas, mais c’est naturel. Il n’y a aucun mec que je déteste en vrai, ce n’est que du sport, c’est mon travail, c’est mes collègues.



















