« Sport le plus cardio du monde », la bataille d’oreillers rêve d’un avenir olympique
Bonne nuit les petits•Le Pillow Fight Championship (PFC) veut sortir des chambres à coucher pour conquérir le mondeNicolas Stival
L'essentiel
- Ce vendredi à Sao Paulo, au Brésil, est organisé un tournoi de bataille d’oreillers, sous l’égide du Pillow Fight Championship (PFC).
- Cet organisme, fondé et dirigé par l’Américain Steve Williams, propose depuis 2021 des combats professionnels qui ont essaimé en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie.
- En France, la discipline est pour l’heure au stade embryonnaire.
«Des chambres d’enfants aux Jeux olympiques, le fabuleux destin du combat d’oreillers… » Voici le titre d’article que Steve Williams rêverait de voir publié d’ici quelques années. Le sexagénaire américain a fondé le Pillow Fight Championship (PFC, championnat de bataille d’oreillers en VF) qu’il préside et qu’il compte bien conduire au firmament des sports de combat, au côté de la boxe ou du MMA, tout en développant un volet « éducatif ».
Dit comme cela, l’idée ressemble à une blague, mais l’entrepreneur de Boca Raton (Floride) n’est pas du genre à plaisanter quand il s’agit de business, après avoir œuvré dans des domaines aussi variés que les télécoms, la promotion musicale, les probiotiques ou les alicaments.
Près de trois ans après les premières joutes floridiennes, un tournoi a lieu de vendredi à dimanche à Sao Paulo, au Brésil. « Il y aura 50 combattants professionnels et 20 enfants, explique Steve Williams. Les finales seront retransmises sur Globo TV. »
Au commencement était le « Fight Truck »
Attirer diffuseurs et sponsors, afin de rétribuer les participants : le modèle économique du PFC est moins déroutant que son concept, dont la genèse dans les années 2010 est détaillée par Williams. « Au départ, je développais un concept de show TV de MMA appelé "Fight Truck". Il s’agissait d’un énorme semi-remorque qui pouvait se transformer en ring avec 110 sièges, pour se déplacer de ville en ville. »
Et puis, son frère Paul s’en est mêlé. « Il m’a dit que l’idée était géniale mais qu’il y avait des soucis. D’abord, à cette époque, plusieurs Etats interdisaient encore le MMA. Ensuite, il pensait que les gros sponsors ne soutiendraient pas le projet parce qu’ils ne voulaient pas de sang sur leurs logos. »
Paul émit alors l’étonnante idée du combat d’oreillers, auquel Steve se rallia assez vite. « Il n’y a pas de sang et c’est un sport familial plus à même de rallier des sponsors. » Pas d’hémoglobine, mais les combattants qui se mettent de bonnes peignées avec cet engin d’environ 900 grammes, désormais bien éloigné du traversin modèle « teckel sans pattes » de papy et mamie.
« Conor McGregor pourrait être un piètre combattant d’oreillers »
Steve Williams a passé des mois, notamment pendant le confinement lié au Covid, à imaginer un coussin spécial, avec de la toile à voile issue du nautisme et trois poignées pour une meilleure prise en main. Les combats sont courts (trois rounds de 90 secondes chacun) mais intenses. « Le combat d’oreillers est peut-être le sport le plus cardio au monde », assène son patron.
Pratiquantes et pratiquants viennent souvent du MMA, comme les actuels cadors, l’Américain Parker Appel et l’Allemande Julia Dorny. D’autres ont commencé par le « Power slap », cette discipline discutable consistant à asséner de grandes claques dans la tête de l’adversaire.
« Mais le PFC est un sport tout à fait différent, prévient Williams. Il n’y a aucune garantie qu’un champion d’UFC soit performant dans notre ligue. Conor McGregor pourrait être un piètre combattant d’oreillers. Cela a l’air dingue mais c’est vrai. » Mieux vaudrait être un adepte de muay-thaï, sec et rapide, pour briller avec un coussin entre les mains.
Venons-en aux règles :
- 1 point accordé pour un oreiller dans la tête de l’adversaire
- 3 points pour le même résultat après un mouvement à 360 degrés
- 5 points si l’adversaire se retrouve à terre
- un bonus d’1 point par round est accordé au combattant considéré comme le plus spectaculaire
- les coups au-dessous des épaules ne comptent pas
- on ne peut frapper l’adversaire avec rien d’autre que l’oreiller
- il est interdit d’agripper son adversaire ou bien l’oreiller de celui-ci.
Après les Etats-Unis, le PFC a débarqué au Brésil et au Ghana, puis plus récemment en Inde et au Nigeria, à travers des partenariats avec des promoteurs locaux. Dans les deux premiers pays, le PFCKIDZ (pour les enfants donc, avec des oreillers adaptés) est également proposé dans des écoles.
« Le bénéfice est énorme, promet Steve Williams. Tout d’abord, c’est très "fun" à pratiquer et à regarder. Et il n’existe aucun autre sport qui permette à deux enfants de s’affronter dans un combat sans jamais s’être entraîné auparavant et sans que personne ne soit blessé. Le PFC peut aider à combattre le fléau d’une enfance sédentaire. » »
C’est beau comme un slogan publicitaire, qui pourrait convaincre pratiquants et fans de craquer sur les nombreux produits proposés par la boutique en ligne, depuis le coussin officiel (75,95 euros le modèle adulte, 56,95 euros le modèle enfant) jusqu’au caleçon en passant par le t-shirt, la brassière, la gourde ou le mug.
France, terre de mission
A présent, le PFC cible d’autres terres de mission, comme le Japon, l’Espagne ou la France, via Alexandre Davidovitch. De son voyage en Floride l’été dernier, le jeune homme a ramené deux oreillers siglés et la volonté de développer la discipline à Paris.
Plus exactement dans les vastes locaux du 1er arrondissement appartenant à l’Union fédérative des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire (USEPPM), vénérable institution née en 1885, dont de hauts responsables ont été impliqués voici près d’un an dans l’affaire du Fonds Marianne.
Loin du scandale, Alexandre Davidovitch a commencé par intégrer le PFC aux cours de self-défense, de muay-thaï, de MMA ou de lutte. « A partir de septembre, nous voulons proposer des sessions pour enfants et adultes », développe-t-il. Les Jeux de Paris représentent aussi à ses yeux une vitrine idéale pour se faire connaître : « Il y aura des stands pendant les JO afin de promouvoir la discipline. Cela passera aussi par les réseaux sociaux. »
Le PFC après le flag football et le lacrosse ?
L’idée de combats pros en France n’est pas (encore) envisagée. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, Steve Williams se projette déjà dans un avenir où le PFC serait une évidence. « Nous pensons que dans quelques années, cela deviendra un sport olympique pratiqué dans presque tous les pays, aidé par une diffusion massive sur les réseaux sociaux et par le fait que les combats d’oreillers constituent une forme ancienne de combats ludiques, auxquels presque tout le monde, jeunes comme vieux, a un jour participé. »
Quand on sait que le flag football et le lacrosse débarqueront comme sports additionnels dans quatre ans à Los Angeles, l’idée ne semble pas si folle.


















