Ultra-trail : Quel rebond pour François D’Haene sur la Diagonale des Fous, après une saison galère ?
TRAIL RUNNING•Après une année blanche en raison d’une grave blessure, le plus gros palmarès de l’histoire de l’ultra-trail français sera au départ, ce jeudi (19 heures), de la course mythique de 165 km et 10.000 m de D + à La Réunion. Avec quelles ambitions ?Jérémy Laugier
L'essentiel
- Quadruple vainqueur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc et de la Diagonale des Fous, François D’Haene est le n°1 français incontestable de la discipline.
- Le Savoyard de 37 ans sort cependant de son année sportive la plus difficile, en raison d’une grave blessure à la cheville droite.
- L’athlète phare du Team Salomon va donc effectuer son grand retour à la compétition, ce jeudi (19 heures) à La Réunion, sur la Diagonale des Fous (165 km et 10.000 m de dénivelé positif). Il s’agit de sa première course depuis la Hardrock 100, en juillet 2022 dans le Colorado.
«J’ai quand même eu une année un peu compliquée. » François D’Haene excelle autant en euphémismes que sur les sentiers de montagne. Car s’il va participer à sa sixième Diagonale des Fous (165 km et 10.000 m de dénivelé positif), ce jeudi (19 heures) à La Réunion, il s’agit de sa première course depuis quinze mois. La faute à un enchaînement de gros pépins physiques, à partir de l’édition 2022 de… la Diagonale des Fous, à laquelle il avait dû renoncer au dernier moment, en raison d’une fracture de fatigue au talon gauche post-Hardrock 100.
Voilà donc le plus grand ultra-traileur français de l’histoire de retour avec un dossard de course, là où il avait symboliquement bouclé son premier ultra en 2009 (cinquième en 23h34), et là où il s’était ensuite imposé à quatre reprises (2013, 2014, 2016 et 2018). « Ça m’avait clairement manqué de repartir sur une aventure aussi longue, sans savoir à quelle sauce je vais me faire manger. C’est ce qui me fait vibrer », a glissé le Savoyard lundi dans un live sur Instagram depuis La Réunion. Récapitulons ces quinze mois de galère, à partir de son duel haletant avec Kilian Jornet sur la Hardrock 100, en juillet 2022, remportée par « l’ultra-terrestre » espagnol, avec seulement 15 minutes d’avance.
Une fracture de la malléole lors d’un atterrissage en parapente
Gêné par des douleurs au talon gauche durant cette course mythique dans le Colorado, François D’Haene opte pour un break jusqu’en septembre 2022. Avant de constater, deux semaines avant la Diagonale des Fous, qu’il n’est pas remis à 100 % de cette fracture de fatigue. Pire, lorsqu’il reprend gentiment ses activités sportives en novembre 2022, il se fracture la cheville (au niveau de la malléole) dans un atterrissage en parapente comme il en a pourtant effectué des dizaines dans le Beaufortain. Opération, pose d’une plaque et de huit vis, le Savoyard attaque pour de bon une longue traversée du désert.
« L’hiver a été compliqué à vivre pour lui, qui avait toujours connu des saisons complètes jusque-là, raconte Christophe Malardé, son entraîneur depuis 2010. Une convalescence est forcément frustrante, surtout quand on vit dans le Beaufortain et qu’on ne peut pas aller skier. Mais il a assez vite passé ce spleen quand même, en se soignant comme s’il préparait un ultra-trail. » A coup de huit heures par jour passées au Centre européen de rééducation du sportif (CERS) à Capbreton, François D’Haene (37 ans) entrevoit enfin le bout du tunnel cet été. Et ce même si ses premières sorties autour d’Arêches-Beaufort restent douloureuses.
« Le feu vert médical l’a libéré dans la tête »
« Sa rééducation était tellement intensive qu’il s’est à nouveau blessé au talon gauche, soupire Jean-Michel Faure-Vincent, son manager au sein du Team Salomon. On se dirigeait vers une saison 2023 totalement blanche. Puis en août et en septembre, il a pu recourir en montagne. Le feu vert médical du 27 septembre était une étape essentielle. Ça l’a libéré dans la tête. » Fini d’être un spectateur comme sur le dernier Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), lorsqu’on l’a vu effectuer un ravitaillement de son ami américain Jim Walmsley, vainqueur pour la première fois à Chamonix. « D’un côté, c’était génial pour lui d’aider son pote à l’emporter. Mais de l’autre, c’était frustrant de ne pas pouvoir mettre un dossard après avoir gagné quatre fois cette course », note Jean-Michel Faure-Vincent. Justement, comment le recordman du nombre de sacres sur l’UTMB et sur la Diagonale des Fous perçoit-il un retour sur un ultra majeur après une préparation à ce point tronquée ?
« C’est la première fois depuis son arrivée à Salomon il y a treize ans qu’il ne se présente pas sur une course à 100 % de ses moyens et avec une préparation idéale, résume Jean-Michel Faure-Vincent. Mais il accepte ça, il fait le dos rond après avoir eu un an de préoccupations physiques dans la tête. Ce retour à La Réunion est vraiment important pour François car sans cette Diagonale des Fous, sa course de reprise n’aurait pu avoir lieu qu’en avril 2024. Là, ça va lui permettre de se relancer en vue de la saison 2024. » Christophe Malardé complète, au sujet de l’état d’esprit de celui qui a organisé pour la deuxième fois la course Ultra Spirit, le mois dernier dans le Beaufortain.
« Il n’est pas en mode revanchard, il se rend simplement compte à quel point c’est précieux pour lui de pouvoir s’aligner sur une telle course. Il arrivait toujours avec le statut d’immense favori ici. Là, les attentes seront différentes, il vient se remettre dans le game et voir si son corps tient. Il est assez malin pour savoir s’il doit suivre la tête de la course. Il a toujours été plus focus sur lui que sur la concurrence. » »
« Il va lui manquer du coffre »
Inimaginable donc de le voir lutter jusqu’à vendredi soir pour la victoire finale avec ses compatriotes Aurélien Dunand-Pallaz (vainqueur de la Hardrock 2023) et Germain Grangier (troisième de l’UTMB 2023), ou encore avec le Suisse Jean-Philippe Tschumi (deuxième de la Diag 2022) ? « J’ai moins de pression, moins d’objectifs de victoire, indiquait à ce propos François D’Haene, lundi à La Réunion. Je vais peut-être partir plus prudemment que d’habitude, et on verra comment je peux remonter après. L’important pour moi sera d’aller au bout de cette aventure. » Car lorsqu’on n’a pas enchaîné plus de sept heures de course consécutives depuis plus d’un an, il est forcément délicat de se projeter sur un défi aussi colossal d’une vingtaine d’heures d’efforts.
« Il connaît son corps par cœur et son augmentation des volumes de course a été impressionnante ces dernières semaines, note tout de même Christophe Malardé. Sauf que d’habitude, il arrive en ayant participé à deux autres ultras dans l’année. Là, il va lui manquer du coffre, il y a une inconnue sur sa capacité à tenir plus de 20 heures. » Une inconnue que François D’Haene a tout fait pour limiter, en carburant à 180 km et 15.000 m de D + par semaine entre fin août et début septembre. Des signes d’une passion intacte, alors que son interminable indisponibilité sur le circuit commençait à faire redouter une retraite sportive.
« Cette longue épreuve lui a redonné de l’appétit »
« C’est plutôt s’il n’y avait pas eu cette année blanche qu’on aurait pu être proche de sa fin de carrière, estime Jean-Michel Faure-Vincent. François aurait pu envisager s’arrêter au sommet de sa maîtrise sportive, à bientôt 38 ans. Mais là, cette question ne se pose pas. Il n’a évidemment pas envie de sortir par la petite porte. Cette longue épreuve lui a redonné de l’appétit. » Une perspective qui fait saliver, tant l’ancien kiné puis viticulteur a manqué à l’ultra-trail. Il ne lui restera plus qu’une opération pour enlever plaque/vis de sa cheville, dans la foulée de la Diagonale des Fous (moins d’un mois de convalescence derrière), avant de clôturer ce rude chapitre de son histoire.
NOTRE DOSSIER SUR L'ULTRA-TRAIL« La montagne restera toujours son univers, même quand il ne sera plus athlète de haut niveau, prédit Christophe Malardé. Ça ne me surprendrait pas plus que ça de le voir encore s’amuser à mettre un dossard dans dix ans. Il est athlète pro mais le trail est résolument sa passion. » Finalement, comment son entourage va-t-il vivre ces 165 km de grand retour entre Saint-Pierre et Saint-Denis ? « Je suis un peu stressé, d’autant qu’il peut se passer tellement de choses à La Réunion, entre le climat et l’état des chemins, reconnaît Jean-Michel Faure-Vincent. Je lui ai dit de finir dignement cette fois sur le chemin des Anglais. Pas comme en 2016, quand il avait fini en marche arrière tellement il souffrait de crampes. » Tiens tiens, digne ou pas, François D’Haene avait remporté l’épreuve malgré tout cette année-là.


















