UTMB 2023 : Jim Walmsley va-t-il venir à bout de la malédiction américaine autour du Mont-Blanc ?
PORTRAIT•Après deux Top 5 en 2017 et 2022, le coureur américain de 33 ans compte s’appuyer sur son année et demie passée exclusivement dans le Beaufortain pour rafler la consécration suprême sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, qui débute ce vendredi (18 heures)Jérémy Laugier
L'essentiel
- Plus grand rendez-vous mondial de la discipline, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (171 km et 10.000 m de dénivelé positif) va s’élancer ce vendredi (18 heures) de Chamonix (Haute-Savoie), à l’occasion de sa 20e édition.
- Malgré une grande densité de coureurs de haut niveau, le trail américain n’a jamais hissé l’un de ses athlètes au sommet de l’UTMB depuis le lancement de l'épreuve en 2003.
- Cette anomalie pourrait bien être corrigée cette année par la star du team Hoka Jim Walmsley (33 ans), triple vainqueur de la Western States, qui a fait l’étonnant choix de quitter l’Arizona pour venir vivre depuis plus d’un an à Arêches-Beaufort (Savoie). Le tout afin de préparer au mieux cet UTMB qui le fait tant rêver.
Et si cette 20e édition de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) tournait enfin en faveur d’un coureur américain ? Tim Tollefson, Zach Miller, Dylan Bowman et tant d’autres se sont toujours cassé les dents sur le plus grand événement de trail-running au monde. Mais ce vendredi (départ à 18 heures) à Chamonix, Jim Walmsley se présente comme le favori numéro un de cette mythique course de 171 km et 10.000 m de dénivelé positif. Et ce en raison de l’absence commune des deux gloutons de l’épreuve, Kilian Jornet et François D’Haene (blessés), qui se sont partagé trois des quatre éditions auxquelles a jusque-là participé l’atypique traileur (et ex-fondeur) de l’Arizona. Mais aussi car celui-ci a fait l’étonnant choix, au printemps 2022, de venir s’installer à Arêches-Beaufort (Savoie).
« Vivre en France était un projet familial avec ma femme Jess [Jessica Brazeau, elle aussi traileuse], mais c’est bien entendu l’UTMB qui a inspiré cela, explique Jim Walmsley. On adore tous les deux la culture française et les incroyables possibilités en outdoor que cette enrichissante expérience permet. » Le coureur de 33 ans, qui a fini 5e de l’UTMB en 2017, avant d’abandonner en 2018 et 2021, a perçu les premiers effets bénéfiques de ce déménagement lors de l’édition 2022, conclue à la 4e place (en 21h12). « Pour la première fois, je me suis senti assez près de pouvoir me détacher pour l’emporter », indique l’intéressé. Si Kilian Jornet et Mathieu Blanchard s’étaient livré une sacrée bataille finale pour rejoindre Chamonix, Jim Walmsley avait mené la course pendant plus de 120 km avant de s’effondrer le samedi matin.
Il suit la recette du ski alpinisme chère à Jornet et D’Haene
Vivre à 100 % dans les Alpes une année complète peut-il cette fois lui permettre d’aller au bout de son rêve ? « Le parcours de l’UTMB est juste à côté de chez moi maintenant, apprécie-t-il. Même si je n’ai effectué qu'un seul véritable test sur place au dernier moment, avoir dans le Beaufortain un joli terrain de jeu pas loin de là me va très bien. » Débarqué de Flagstaf (Arizona) sans entraîneur l’an passé, Jim Walmsley espérait initialement beaucoup s’entraîner avec François D’Haene (quadruple vainqueur à Chamonix), mais la longue blessure de ce dernier a changé la donne.
Coureur élite et coach au sein du team Sidas-Matryx, Simon Gosselin (27 ans), qui vit également à Arêches-Beaufort, est devenu le partenaire d’entraînement attitré de la star d'Hoka. « Jim a fait un choix fort et vraiment intéressant de venir mener une vie simple dans nos montagnes », note l'entraîneur de Rémi Bonnet. En janvier dernier, celui-ci a même été le coéquipier du triple vainqueur de la Western States, pour la première épreuve de ski alpinisme de sa vie. Car oui, inspiré par François D’Haene et surtout Kilian Jornet, qui ont toujours passé leurs hivers sur des skis, notre athlète de l’Arizona a tenté l’aventure de La Belle Etoile, redoutable course en binôme avec au menu deux étapes de 2.500 m de D + aux 7 Laux (Isère).
« Il a bien pu apprivoiser le côté hostile de la montagne »
Une grande première conclue à la 15e place (en 7h19). « Il a fini bien vidé et je me marrais en me disant parfois que j’aurais pu, si j’avais voulu, lâcher Jim Walmsley en montée dans un sport, ce qui n’est pas commun », sourit Simon Gosselin. Plus que ce classement anecdotique en ski alpinisme, l’Américain s’est peut-être forgé, en vue de l’UTMB, une résistance à toute épreuve à cette occasion. « Il a longtemps vécu à Phoenix donc autant la chaleur est une force pour lui, autant il redoute les nuits froides, dans lesquelles il laisse vachement de jus, décrypte Simon Gosselin. Là, il a bien pu apprivoiser le côté hostile de la montagne. » Cette hostilité qui lui a tant joué de tours depuis 2017 sur l’UTMB, au point de le pousser à préparer de manière quasi obsessionnelle cette 20e édition de l’épreuve, comme il l'a donc confié à 20 Minutes.
« L’UTMB est le pinacle mondial des courses de 100 miles en montagne. J’essaie d’atteindre le sommet de ce sport, et ça passe naturellement par l’UTMB. C’est une course que j’ai toujours voulu faire. J’essaie donc de construire ma saison autour du plus grand rendez-vous mondial d’ultra. Je n’ai pas encore donné le meilleur de moi-même ici comme j’ai pu le faire sur d’autres courses. C’est ce qui me frustre le plus : je veux réussir la meilleure performance sportive de ma carrière à Chamonix. » »
Même si les faits prouvent implacablement le contraire, que ce soit dans une échappée en solitaire en 2017 ou lors d'un duel de haut vol avec François D’Haene en 2021 (il était arrivé cuit à Courmayeur), Jim Walmsley réfute la thèse du rythme de début de course effréné et intenable sur 171 km. « Mon rythme est toujours le même depuis 2017, assure-t-il. J’essaie en tout cas de ne pas répéter les mêmes erreurs d’une édition sur l’autre. Je me sens confiant avec ce rythme et j'ai surtout eu des problèmes de nutrition dans les nuits froides ici. C’est ce qui m’a jusque-là toujours empêché de pousser comme je l’aurais voulu jusqu’à Chamonix. »
« Plus prêt et plus relâché cette année »
Au fait, l’avenir français de Jim Walmsley dépend-il de sa place à l'arrivée à Chamonix samedi ? « Non, le plan initial était de vivre un an et demi à fond en France avec Jess, dévoile-t-il. Là, on va davantage partager notre temps avec les Etats-Unis car nos amis et notre famille nous manquent. Mais à terme, nous installer en France de manière permanente reste une option car je suis tombé amoureux de ce pays. Et peu importe le résultat sur l’UTMB, on est satisfait d’avoir fait ce choix. » N’empêche, ne se met-on pas une pression encore plus grande lorsqu’on dédie toute sa saison à une course, au point de changer de pays/de vie pour la préparer ? « Je ressens bien sûr de la pression, reconnaît-il. Mais ça me va, c’est le cas sur toutes les courses, pas plus ici que sur la Western States par exemple. Je vise la victoire à chaque fois que je me présente sur une course d’ultra-trail. Vivre en France tout ce temps me permet de me sentir plus prêt et plus relâché cette année. »
NOTRE DOSSIER SUR L'UTMBSa célèbre compatriote Courtney Dauwalter, victorieuse en 2019 et 2021 à Chamonix, croit en sa consécration : « Jim a un gros potentiel et je ne l’écarterai jamais des possibles vainqueurs de l’UTMB ». Et ce malgré cette malédiction qui semble frapper le trail américain masculin dans les Alpes ? « Non, une malédiction, c’est comme un phénomène vaudou pour quelque chose qu’on ne pourrait pas expliquer, glisse Jim Walmsley. Jusque-là, c’est comme ça, c’est tout. Et puis ce n’est pas encore aussi long que la disette des coureurs français sur le Tour de France donc ce n’est pas si grave. » La balade de Jim en interview se confirmera-t-elle sur les sentiers du Mont-Blanc, ce vendredi et samedi ?



















