Ultra-trail : Courtney Dauwalter vise un Grand Chelem historique pour sa première Diagonale des Fous

TRAIL-RUNNING L’athlète américaine de 37 ans est « archi favorite » sur le tableau féminin de la course phare à La Réunion, qui s’élance ce jeudi (19 heures). Elle pourrait même viser une place sur le podium au scratch sur cet ultra majeur

Jérémy Laugier
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Courtney Dauwalter a notamment remporté à deux reprises l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (171 km et 10.000 m de dénivelé positif) à Chamonix, en 2019 et 2021.
Courtney Dauwalter a notamment remporté à deux reprises l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (171 km et 10.000 m de dénivelé positif) à Chamonix, en 2019 et 2021. — JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
  • 2.816 traileurs vont s’élancer ce jeudi (19 heures) sur le front de mer de Saint-Pierre (La Réunion) pour la 33e Diagonale des Fous.
  • Cette redoutable épreuve de 165 km et 10.210 m de dénivelé positif accueille pour la première fois l’Américaine Courtney Dauwalter, l’une des icônes mondiales de l’ultra-trail.
  • Victorieuse des trois autres plus gros ultras au monde, l’athlète de 37 ans du Team Salomon est perçue comme « archi favorite » pour s’offrir un Grand Chelem uniquement réalisé jusque-là par Kilian Jornet.

Le Grand Chelem historique de Kilian Jornet va-t-il être égalé, vendredi soir à La Réunion ? Victorieuse de la Western States (2018), de l’UTMB (2019 et 2021) et de la Hardrock 100 (en juillet dernier), la reine de l’ultra-trail Courtney Dauwalter part ce jeudi (19 heures) à la conquête du quatrième plus gros monument mondial en 100 miles, à savoir la Diagonale des Fous (165 km et 10.210 m de dénivelé positif). Voici donc l’athlète de 37 ans pour la première fois de sa vie sur l’Ile de La Réunion, où une seule Américaine l’a emporté depuis 1989, Sabrina Stanley (en 2019). Même la star de l’ultra US Jim Walmsley avait dû abandonner ici après 130 km sur l’édition 2017.

« Ça reste une course très franco-française, qui n’est malheureusement pas encore assez médiatisée à l’étranger, note Grégory Vollet, son manager au sein du Team Salomon international. Mais des ultras d’envergure, il n’y en a pas 50 dans le monde, et Courtney avait envie de se confronter à un nouveau challenge. Après avoir dominé la Western, la Hardrock et l’UTMB, c’était une suite logique pour elle. »

« La Diag’ était sur ma liste de Noël »

Manager des athlètes français du Team Salomon, Jean-Michel Faure-Vincent poursuit : « Les Américains ont un calendrier un peu différent : ils ne courent déjà plus trop à cette période de l’année et ils connaissent très peu La Réunion. Comme François D’Haene [son partenaire chez Salomon, quadruple vainqueur de la Diag'] est forfait, il va l’accompagner sur les ravitaillements, et l’aider pendant toute la course. C’est un chantier infernal : entre le cirque de Mafate et Cilaos, ça ne fait que monter et descendre de partout. Ça va la changer des grandes étendues du Colorado ».

L’ultra-traileuse au sourire éclatant sait qu’elle met les pieds sur un tracé « incomparable avec toutes les courses américaines », et que les conseils de François D’Haene seront à coup sûr précieux. « J’attends la course avec impatience, annonçait l’Américaine, la semaine passée sur le site Widermag. J’adore les très, très longs ultras et la Diagonale des Fous garantit une immense aventure à travers l’île. Cela a l’air si piégeux et technique. Mentalement, je suis très excitée à l’idée de tout donner. La Diag’ était sur ma liste de Noël depuis de nombreuses années. »

« Gérer au mieux les changements de température »

Quoi de mieux pour boucler une année 2022 marquée par des succès majeurs, temps record féminin de l’épreuve à la clé sur le MIUT (115 km en 14h40) à Madère en avril et sur la Hardrock 100 (160 km en 26h44) dans le Colorado en juillet ? « Elle sait qu’elle doit gérer au mieux les changements de température exotiques, indique Grégory Vollet. Mais elle s’adapte très bien habituellement, et c’est quand même un profil de course qui lui correspond bien. Plus il faut marcher sur une épreuve et plus ça lui va. »

Courtney Dauwalter est consciente du challenge climatique qui l’attend : « C’est sûr que l’humidité va me secouer. Je viens du Colorado où nous venons de retrouver de la neige sur nos sommets, et où les conditions sont constamment sèches. Un défi comme celui-ci s’annonce amusant pour moi. J’ai hâte de boire une bière une fois que j’aurai traversé cette île ». « Amusant » comme 24 heures à passer au cœur de montagnes avec une trentaine de degrés d’écart possibles au programme donc.

Capable de performer sur 42 comme sur 262 km

Si Anne-Lise Rousset, détentrice du record de la traversée du GR20 en Corse (170 km) en juin, et Sylvaine Cussot, 4e de la Diag' l’an passé malgré une fracture du péroné, auront leur mot à dire, Courtney Dauwalter est « archi favorite dans le tableau féminin », comme l’estime Jean-Michel Faure-Vincent. Car à la manière d’un Kilian Jornet, on parle d’une athlète assez complète pour accrocher en mai un Top 10 féminin sur une course référence en courte distance (42 km et 2.700 m de D +) à Zegama (Espagne) en 4h45, puis de battre en septembre le record du tracé du Collegiate Loop (260 km et 10.058 m de D +) dans le Colorado, hommes et femmes confondus, en 40h14. N’aurait-on pas affaire à une « ultra-terrestre » capable un jour de devenir la première femme à remporter au scratch un des plus prestigieux ultras au monde ?

Entre sa 7e place sur l’UTMB 2021 et sa 6e place lors de la dernière Hardrock 100, l’Américaine constitue une véritable menace pour les coureurs élites masculins. Y compris pour sa première sur la « Diag' » (2.816 participants), vu que les principaux favoris annoncés (D’Haene, Girondel et Dunand-Pallaz) ont déclaré forfait ? « Remporter un grand ultra au scratch, c’est quelque chose qui la motive, confie Grégory Vollet. Il lui reste à trouver la course qui lui correspond au mieux pour réussir cela. Là, il ne faut pas oublier qu’elle va découvrir l’épreuve… » Jean-Michel Faure-Vincent n’exclut pas néanmoins un retentissant exploit vendredi soir : « Je ne vois que Grégoire Curmer [vainqueur à La Réunion en 2019] comme intrinsèquement au-dessus de Courtney chez les hommes. Donc si elle est challengée par une Anne-Lise Rousset par exemple, elle pourrait batailler sur le podium au scratch, voire plus, tant elle est costaude quand une course se durcit ». Sa bière de post-Grand Chelem aurait alors une saveur encore plus historique que prévu.