Ultra-Trail du Mont-Blanc : « L’impressionnante » Courtney Dauwalter peut-elle battre les meilleurs coureurs du monde ?

PORTRAIT Plus que son deuxième sacre consécutif sur le tableau féminin de l’UTMB, la traileuse américaine de 36 ans a surpris tout le monde ce samedi en concluant la redoutable course de 171 km à la 7e place au classement général

Jérémy Laugier
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Courtney Dauwalter a offert samedi aux spectateurs de Chamonix un énorme show après son nouveau succès sur l'UTMB.
Courtney Dauwalter a offert samedi aux spectateurs de Chamonix un énorme show après son nouveau succès sur l'UTMB. — Laurent Salino/UTMB
  • La légende du trail Kilian Jornet voit en Courtney Dauwalter « l’une des plus grandes athlètes de tous les temps ».
  • Il faut dire que la performance de l’Américaine de 36 ans a été bluffante, ce samedi sur l’UTMB (171 km et 10.000 m de D+), avec un rang de meilleure féminine… et une 7e place au scratch, à savoir hommes et femmes confondus.
  • Son manager Grégory Vollet imagine que Courtney Dauwalter pourrait un jour devenir la première femme de l’histoire à remporter un ultra-trail majeur.

De notre envoyé spécial à Chamonix,

Rien qu’avec son short décontracté de basket et ses écouteurs parfois vissés aux oreilles, « avec une playlist pour lutter contre les coups durs », Courtney Dauwalter détonne dans le monde de l’ultra-trail. L’Américaine de 36 ans est apparue plus rayonnante que jamais, ce samedi, au moment de valider un sacré doublé sur l’UTMB (2019 et 2021). Et pour cause, six semaines après une désillusion sur la Hardrock 100 (abandon à mi-course alors qu’elle était en tête, mais subitement « sans énergie »), elle a atomisé son précédent record à Chamonix, avec deux heures de moins pour parcourir les 171 km et 10.000 m de dénivelé positif (22h30).

Une masterclass qu’elle met spontanément sur le compte de son changement d’alimentation, puisqu’elle n’a misé que sur du liquide à partir de la mi-course à Courmayeur, lorsqu’elle se trouvait au coude à coude avec la Suédoise Mimmi Kotka (3e au final). « J’étais jalouse quand je voyais les concurrents manger aux ravitaillements », sourit-elle.

Ici aux côtés de son mari, au ravitaillement de Courmayeur (78 km), dans la nuit de vendredi à samedi, Courtney Dauwalter a changé ses habitudes alimentaires.
Ici aux côtés de son mari, au ravitaillement de Courmayeur (78 km), dans la nuit de vendredi à samedi, Courtney Dauwalter a changé ses habitudes alimentaires. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Ça semble anodin, mais l’Américaine, qui a aussi accepté d’être équipée d’une couverture de survie sur son ventre pour passer toute la nuit, a dû se faire violence pour se plier à pareil effort. « Il y a encore quelques années, elle était capable de manger un hamburger et absolument n’importe quoi aux ravitos, raconte Grégory Vollet, son manager auprès du Team Salomon international. C’est peut-être la première fois que je la vois préparer sérieusement une course. » A l’écouter, le dilettantisme de Courtney Dauwalter, qui était assistée par son mari durant l’UTMB, va bien au-delà de la question diététique.

Elle participe à toutes les formes de trails qui existent, du 100 au 200 miles, des courses sur piste, la Barkley ou des projets personnels de 500 miles. Je suis obligé de la freiner tout le temps à l’entraînement. Elle va par exemple se lancer sur un 24 heures de dénivelé positif pour accompagner une copine ou passer une journée sur un tapis roulant pour une cause humanitaire. Sauf qu’elle ne me prévient pas, et j’ai toujours peur qu’avec ses conneries, elle se crame avant d’atteindre ses objectifs. »

« Tout le temps dans l’amusement et dans l’aisance »

Un défaut rédhibitoire pour s’inscrire sur la durée au plus haut niveau ? « Non, si je devais la brider, elle serait malheureuse et elle ne serait peut-être plus aussi performante, analyse Grégory Vollet. C’est dans l’excès qu’elle trouve du plaisir. Elle apporte de la fraîcheur au trail car elle n’est pas dans une approche de compétitrice. Elle est tout le temps dans l’amusement et dans l’aisance. » Une aisance qui a vite tordu toute forme de suspense sur le tableau féminin, Camille Bruyas (2e) rejoignant la ligne d’arrivée plus d’1h30 après elle. Mais n’allez pas croire que la deuxième partie de course de Courtney Dauwalter, « l’une des plus grandes athlètes de tous les temps » (dixit Kilian Jornet himself), était dans ce contexte sans grand intérêt.

Courtney Dauwalter en action, samedi, sur le mythique tracé de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (171 km, 10.000 m de dénivelé positif).
Courtney Dauwalter en action, samedi, sur le mythique tracé de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (171 km, 10.000 m de dénivelé positif). - Franck Oddoux / UTMB

Elle a ainsi bouclé l’épreuve à la 7e place au scratch, hommes et femmes confondus (elle n’était « que » 21e en 2019). « Elle est impressionnante, glisse avec admiration Aurélien Dunand-Pallaz (2e). C’est vraiment la preuve que les filles peuvent lutter avec les hommes dans le monde de l’ultra-trail. Là, elle devance des références masculines de la discipline. » A commencer par Grégoire Curmer, 8e à une demi-heure de l’Américaine, deux ans après avoir remporté la mythique Diagonale des Fous à La Réunion (165 km, 9.576 m de D +).

« La même personnalité que Rory Bosio »

Sa propension à batailler avec le Top 10 mondial présent sur l’Ultra-Trail du Mont-Blanc rappelle à Catherine Poletti, co-fondatrice de l’événement, les performances d’une autre Américaine, Rory Bosio, elle aussi deux fois victorieuse sur l’UTMB (2013 et 2014)… et 7e au classement général en 2013. « Courtney est fabuleuse, je retrouve en elle cette même personnalité ne se prenant pas au sérieux qu’avait Rory Bosio, confie la présidente de l’UTMB Group. Je pense qu’un jour, les hommes auront du souci à se faire [Camille Bruyas et Mimmi Kotka ont également fini dans le Top 25 samedi]. »

Courtney Dauwalter a affiché un sourire rayonnant, après avoir franchi la ligne d'arrivée en 22h30 sur cet UTMB.
Courtney Dauwalter a affiché un sourire rayonnant, après avoir franchi la ligne d'arrivée en 22h30 sur cet UTMB. - Jérémy Laugier/20 Minutes

Courtney Dauwalter n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’elle avait eu droit en 2017 aux faveurs du New York Times, après son succès au scratch sur la Moab 240 (383 km) en plein désert de l’Utah en moins de 58 heures, et avec… plus de 10 heures d’avance sur son premier poursuivant ! « Même s’il n’y avait pas les meilleurs coureurs élite du monde ce jour-là, elle a vraiment un don pour l’endurance, sourit Grégory Vollet. Elle montre qu’elle est seule sur sa planète par rapport à la concurrence féminine. »

« Elle est toujours plus guidée par le plaisir que par l’objectif »

Un constat qui pourrait désormais l’inciter à se comparer aux performances des meilleurs ultra-traileurs masculins de la planète, même si elle a fini à 1h45 de François D’Haene sur cet UTMB ? « Non, quand je me lance sur une course, je ne réfléchis pas au fait que je sois face à des hommes ou à des femmes, a assuré la souriante blonde ce samedi. Je veux juste faire de mon mieux. » Et enchaîner par un show phénoménal en bondissant de partout pour taper les mains de tous les spectateurs des 200 derniers mètres à Chamonix, comme si ces 22h30 de lutte contre elle-même en pleine montagne n’avaient été qu’une formalité.

Grégory Vollet est bien plus sensible au retentissement que pourrait avoir un triomphe, historique pour une traileuse, sur un ultra majeur. « J’imagine qu’elle pourrait gagner de très grandes courses au scratch, lance-t-il. Il faudrait bien choisir l’épreuve qui pourrait parfaitement lui convenir. Ça peut devenir un objectif pour elle dans les années à venir. Mais on sait qu’elle est toujours plus guidée par le plaisir que par l’objectif… »