Ultra-Trail du Mont-Blanc : Comment les Français ont-ils pu signer un Top 5 inédit dans le sillage de François D’Haene ?

MONTAGNE Le sommet mondial de l’ultra-trail a, pour la première fois depuis 18 ans, été dominé ce samedi à Chamonix par cinq coureurs français, à commencer par le quadruplé de François D’Haene

Jérémy Laugier
— 
Le podium de l'UTMB a été 100% français ce samedi avec, de gauche à droite, Aurélien Dunand-Pallaz, François D'Haene, et Mathieu Blanchard.
Le podium de l'UTMB a été 100% français ce samedi avec, de gauche à droite, Aurélien Dunand-Pallaz, François D'Haene, et Mathieu Blanchard. — Pascal Tournaire/UTMB
  • Si François D’Haene a sans grande surprise su remporter pour la quatrième fois l’UTMB (171 km et 10.000 m de D+) ce samedi, quatre autres tricolores complètent le Top 5.
  • Une hégémonie étonnante qui s’explique par différents facteurs, comme la malédiction des coureurs américains, qui ont tour à tour abandonné cette année.
  • « Pour nous, coureurs français, il y a une motivation supplémentaire et on abandonne peut-être plus difficilement un UTMB », confie Aurélien Dunand-Pallaz, deuxième ce samedi pour l'ultra le plus long de sa carrière jusque-là.

De notre envoyé spécial à Chamonix,

OK, les deux derniers vainqueurs étrangers de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (171 km et 10.000 m de dénivelé positif), les Espagnols Kilian Jornet (2011) et Pau Capell (2019) n’étaient malheureusement pas de la partie. Il n’empêche que personne n’imaginait voir ce samedi cinq tricolores s’adjuger les premières places du sommet mondial du trail. 20 Minutes se penche sur ce jour de gloire historique pour le trail français, porté par son leader François D'Haene, titré pour la quatrième fois… en quatre participations !

François D’Haene toujours patron

Comme on pouvait s’en douter, il y a eu un effet Hardrock 100 pour François D’Haene. Vainqueur pour la première fois en juillet de ce mythique ultra de 160 km et 10.000 m de D+ aux Etats-Unis, le coureur Salomon a affiché plus de difficultés qu’en 2012, 2014 et 2017. « En six semaines, la récupération ne pouvait pas être optimale, confirme son manager Jean-Michel Faure-Vincent. C’est la première fois que la douleur lui tombe à ce point dessus sur l’UTMB. Ses jambes hurlaient et jusqu’au bout, personne n’était serein dans l’équipe. On a tutoyé de nouvelles limites, à nous de trouver le moyen de les repousser encore. »

En attendant, personne n’a su profiter de son coup de mou dans la nuit de vendredi à ce samedi après Courmayeur (78 km), et certainement pas ses deux plus féroces rivaux annoncés, Xavier Thévenard et Jim Walmsley, tous deux contraints d’abandonner avant même la deuxième partie de la course. Le viticulteur du Beaujolais a finalement rallié Chamonix en 20h46, avec douze minutes d’avance sur Aurélien Dunand-Pallaz, un écart qu’il a le plus souvent su stabiliser.

Même dans le dur physiquement, François D'Haene a une nouvelle fois prouvé qu'il était le patron de l'UTMB.
Même dans le dur physiquement, François D'Haene a une nouvelle fois prouvé qu'il était le patron de l'UTMB. - Laurent Salino/UTMB

« J’allais beaucoup plus vite en 2017, rappelle l’intéressé. Là, il a fallu que je compose avec des sensations bizarres dans les descentes. J’étais un peu inquiet en raison de mes jambes dures. Cette victoire a vraiment été très dure à aller chercher. » Un échange avec son ancien partenaire chez Salomon Michel Lanne, ce samedi matin au niveau de Champex, était dans ce sens savoureux.

Allez, allez, allez, tu serres les dents.

- Ça fait un moment que je les serre.

- Mais oui mais tu sais bien les serrer. »

La veille, l’ancien vainqueur de la CCC et de la TDS annonçait : « Nul doute que ce grand steak nous fera encore vivre de formidables émotions ». Un heureux présage, comme d’habitude, serait-on tenté de dire lorsqu’il s’agit de François D’Haene (35 ans) sur un ultra majeur.

Une relève très ambitieuse

Vice-champion d’Europe de skyrunning en 2017, Aurélien Dunand-Pallaz n’avait encore jamais participé à un format ultra de 160-170 km. L'examen de passage est plus que réussi pour le Savoyard de 28 ans, qui a su finir avec autorité en dauphin de François D’Haene. Il ne cachait pas, aussitôt la ligne d’arrivée franchie, son ambition « de vouloir revenir pour gagner l’UTMB ».

L’autre Français complétant le podium partagera à n’en pas douter ce rêve. 13e de l’épreuve en 2018, Mathieu Blanchard (34 ans) présente un profil atypique, après avoir attaqué le trail un an plus tôt au Canada… et participé à l’émission Koh Lanta en 2020. « C’est incroyable pour moi de faire un podium sur l’UTMB, je ne réalise pas, indique-t-il. Mais en même temps je me suis dit pendant 50 km que je pourrai aller chercher la première place en découvrant que François commençait à avoir des crampes aux jambes. » Si Ludovic Pommeret (4e), vainqueur de l’épreuve en 2016, est un baroudeur de 46 ans, le dernier membre du prestigieux Top 5 tricolore du week-end, Germain Grangier (31 ans), a encore une belle marge de progression.

La malédiction américaine se poursuit

Jim Walmsley regrettera peut-être d’avoir imprégné un gros rythme vendredi soir, aux côtés de François D’Haene, entre le col du Bonhomme (43 km) et Courmayeur (78 km). A la sortie de ce ravitaillement clé de la course, le triple vainqueur de la Western States 100 a souffert du froid dans les Alpes italiennes (jusqu’à - 5°C ressentis) et a abandonné. En 18 éditions, tous les plus grands spécialistes américains de l’ultra-trail ont tenté leur chance en vain à Chamonix, alors que dans le même temps, quatre Américaines ont su glaner ce titre majeur, à l’instar de Courtney Dauwalter en 2019 et 2021.

La présidente de l'UTMB Group et co-fondatrice de l’épreuve Catherine Poletti tente une explication : « Jim Walmsley m’expliquait qu’aux Etats-Unis, les ultras sont longs mais beaucoup plus roulants que chez nous. Les femmes doivent souvent marcher, contrairement aux hommes. Elles ont donc appris à marcher vite, et sur l’UTMB, c’est essentiel de le faire. Jim est probablement imbattable sur la Western States, mais il est habitué à la chaleur de l’Arizona, et pas au froid de nos nuits ».

Jean-Michel Faure-Vincent complète : « Les coureurs français ont sans doute plus d’expérience par rapport à la montagne et ils préfèrent perdre 30 secondes pour se couvrir davantage avant la nuit. Ça peut faire partie des détails qui jouent sur un UTMB ».

Une préparation et une motivation supérieures côté français

Les défaillances de favoris ont été multiples, avec aussi les Américains Tim Tollefson et Timothy Freriks, les Espagnols Pablo Villa Gonzalez et Jordi Gamito, le Russe Dmitry Mityaev… « Ce n’est pas totalement une surprise car je pense que les conditions sanitaires ont empêché les coureurs internationaux de venir s’entraîner comme d’habitude, en passant du temps dans nos montagnes dès juillet, confie Catherine Poletti. Les Français ont eu cet avantage pendant les différents confinements. »

Ils ont aussi un supplément d’âme sur « leur » épreuve, qui est la plus attendue de l’année. « Pour nous, l’UTMB est vraiment une course spéciale, rappelle Aurélien Dunand-Pallaz. Il y a une motivation supplémentaire et on abandonne peut-être plus difficilement ici. » Ce constat vaut pour plusieurs centaines de coureurs amateurs, qui attaquent leur deuxième nuit sur les sentiers autour du Mont-Blanc ce samedi, et qui espèrent boucler dimanche « l’ultra d’une vie » avant la barrière horaire fixée à 16h30.