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Panarabisme et grosse ambiance, le Maroc est le tube de l’hiver à Doha

Coupe du monde 2022 : Etendard du panarabisme et du supportérisme, le Maroc est le tube de l’hiver à Doha

FOOTBALLTout le Qatar et le monde arabe est derrière le Maroc avant la demi-finale contre l’équipe de France. Si on ajoute à ça la force de frappe des supporters marocains, on ne se mouille pas trop en affirmant que les Bleus joueront à l’extérieur mercredi
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Le monde arabe a pris fait et cause pour le Maroc, première équipe africaine à se qualifier pour les demi-finales de la Coupe du monde.
  • Au Qatar, ils sont des milliers à débarquer du Maroc grâce à un pont aérien pour assister à la rencontre face à la France.
  • Les supporters marocains sont ceux qui mettent le plus d'ambiance avec les Argentins depuis le début de la compétition.

De notre envoyé spécial à Doha,

On ne peut témoigner de la démesure de Doha sans mettre le pied à The Pearl. L’archipel artificiel du nord de la ville suinte le luxe avec ses fontaines qui semblent pousser de manière prétentieuse sur chaque rond-point et son éclairage futuriste intimidant. On y trouve même une mini-Venise, dans le quartier de Qanat, il faut bien tuer l’ennui quand on a trop d’argent. Plus loin, un alignement de tours luxueuses entoure la baie, formant la zone de la Viva Bahriya. C’est au numéro 26 que logent les proches des joueurs de la sélection du Maroc, sur une initiative de la fédération saluée par le sélectionneur, Walid Regragui. « Les joueurs souhaitent avoir les parents et les enfants à proximité, explique le sélectionneur, cité par L’Equipe. A titre personnel, je suis content de retrouver les miens après le match. »

Traîner dans le hall de la résidence pendant une heure ou deux revient à vivre dans un cliché permanent. La compagne de Romain Saïss sort d’un gros gamos avec rap autotuné à fond et marmots sur la banquette arrière. L’un d’entre eux essaye de se faire remarquer, tablette en mains : « regardez, j’ai encore marqué avec Ziyech ! » « Désolée, je suis un peu prise par les enfants, nous dit la mère, en visio avec le capitaine des Lions de l’Atlas. Mais oui, oui, c’est encore l’euphorie par ici. » « On n’est toujours pas redescendus, c’est un rêve éveillé, on ne s’attendait pas à aller jusque-là, s’enthousiasme quant à lui Abdeltif Boufal, frère de Sofiane. Là c’est calme, parce que c’est bientôt l’heure du dîner, tout le monde est sorti en centre-ville. Mais sinon c’était la fête ici ces derniers jours. »

Le Maroc en moteur du panarabisme

A la veille de la demi-finale de Coupe du monde contre les Bleus, la pression remonte quand même un peu, et on pense déjà au déchirement que représente ce France-Maroc. « Je serai pour l’équipe de mon père », nous dit sans surprise l’un des fils Saïss. Abdeltif est plus embarrassé. « Honnêtement, ça fait chier. La France c’est mon pays, et j’aime mon pays. Mais je suis dans l’hôtel de la fédération marocaine, mon frère joue pour le Maroc. Donc il n’y a pas trop à réfléchir, non plus. »




Avant de remettre ses airpods sous sa capuche et sauter dans le taxi qui l’attend devant le 26, le frère du joueur angevin évoque furtivement l’émotion de sa mère, folle de joie après la victoire en quarts, puis divague sur l’ennui pas toujours facile à tuer pendant un mois au Qatar, qu’il défend cependant. « Les médias, ce n’est pas bien d’avoir menti, dit-il, sans animosité. On nous avait dit que le Qatar était ceci et cela, mais en vérité, on est tellement bien accueillis. » Le temps de l’exhorter à visiter la périphérie de Doha pour se faire un avis complet sur la question, la voiture était partie.

L’opinion d’Abeltif Boufal est partagée chez les supporters du Maroc. On se souvient de ce fan marocain originaire de Paris et croisé quelques jours plus tôt à la sortie du stade d’Education City, déçu du traitement médiatique réservé au pays-hôte. Il disait, en substance, « ne pas être venu à la base assister au Mondial dans une démarche panarabique », mais que les critiques envers le Qatar et le monde arabe ont « unifié les supporters de culture musulmane au long du tournoi », lui-même s’en revendiquant désormais.

Cet élan de solidarité panarabe a commencé par la victoire de l’Arabie saoudite contre l’Argentine, après quoi il n’était pas rare de croiser des supporters du Qatar, du Maroc et de la Tunisie s’arrêter dans la rue ou le métro pour féliciter des Saoudiens euphoriques. Sans oublier les images de l’émir déployant un drapeau du pays rival, un contresens géopolitique total en dépit du récent réchauffement entre les deux nations.

La cause palestinienne mise en avant par les Marocains

Il en va de même pour les Lions de l’Atlas, désormais soutenus unanimement par un monde arabe gonflé à l’orgueil. Dans les couloirs du métro de Lusail, Salim, un Qatari, ne cache pas son bonheur sous sa dishdasha immaculée. « On espère qu’ils iront au bout, j’ai regardé leur dernier match contre le Portugal, c’était magnifique. Le Qatar est avec le Maroc. » La Palestine, aussi. Dégainé comme un contre-Uno aux revendications occidentales à l’instar des droits LGBT, le drapeau palestinien a trouvé sa place dans cette Coupe du monde, tant en ville que dans les stades, l’équipe marocaine allant jusqu’à l’arborer sur une photo post-victoire face à la Selecção. Le soutien au Maroc des aficionados palestiniens apparaît donc comme évident.

En résumé, comme l’avait subtilement fait remarquer une consœur à Adrien Rabiot en zone mixte, dimanche soir, « tout le monde sera contre la France au prochain match ». Ce à quoi le milieu des Bleus a répondu avec son inénarrable nonchalance que « si le Maroc a plus de soutien dans le stade, comme l’Angleterre, tant mieux pour eux. » Pour avoir assisté à Espagne-Maroc, non, Adrien, ça ne sera pas « comme France-Angleterre ».

Les Marocains sont, avec les Argentins, les meilleurs supporters de cette Coupe du monde. Et ce sont Leo et Daniel, deux gars de Buenos Aires chopés à la volée au souk, qui le disent. « En toute franchise, ils ont tout notre respect. Depuis que ceux des autres équipes sont partis, il n’y a qu’eux pour faire vraiment monter l’ambiance comme nous. Il y a 2-3 jours, j’ai discuté avec un Marocain d’Espagne, on s’est échangé nos maillots et on a pris nos numéros. On a la même culture dans les tribunes. Des chants, des tambours, des kops. » Des sifflets, aussi, de manière systématique quand les joueurs de Regragui n’ont pas le ballon, ce qui arrive souvent quand on a pour plan de jeu le bétonnage et les contres.

Un pont aérien entre Doha et Casablanca pour la demi-finale

En plus d’être les plus bruyants, ils sont aussi les plus nombreux. A moins que le nombre n’explique les décibels. Qu’importe. Depuis les 8es de finale, une pénurie de billets sévit dans les rangs marocains, qui s’entassent aux abords des stades les jours de match dans l’espoir d’obtenir miraculeusement l’objet de leur convoitise. Mise en difficulté à Al Rayyan, la police anti-émeute a causé une bousculade dans laquelle ont bien failli se retrouver piégés Marocains et Ibères.

La fédération marocaine a pourtant mis en place la distribution de quelques milliers à chaque nouvelle étape franchie par la sélection. Ça risque de ne plus suffire. Mauvaise nouvelle pour les autorités, mais bonne nouvelle pour l’ambiance : la compagnie nationale Royal Air Maroc (RAM) a mis en place un pont aérien, avec 30 vols spéciaux entre Casablanca et Doha mardi et mercredi afin de permettre l’acheminement massif de supporters. Contre les Bleus, les Lions de l’Atlas seront plus que jamais à 12 contre 11.