Retraite de Federer (5/5) : La Laver Cup est-elle vraiment une belle sortie pour l’idole suisse ?

TENNIS Roger Federer jouera le dernier match de sa fabuleuse carrière ce vendredi soir à Londres. Il s’alignera en double avec Rafael Nadal en Laver Cup, le tournoi exhibition qu’il a créé

Nicolas Stival
Roger Federer avant l'entraînement ce jeudi à l'O2 Arena de Londres, à la veille du dernier match de sa carrière en Laver Cup.
Roger Federer avant l'entraînement ce jeudi à l'O2 Arena de Londres, à la veille du dernier match de sa carrière en Laver Cup. — Mark Greenwood / IPS / Sipa
  • Roger Federer a annoncé la semaine passée qu’il prendrait sa retraite après la Laver Cup, qui se déroule ce week-end.
  • Joueur immensément talentueux, élégant, au palmarès hors-norme, le Suisse a marqué toute une génération depuis ses débuts, il y a près de 25 ans.
  • 20 Minutes lui consacre une série d’articles cette semaine avant l’ultime révérence, ce vendredi soir en double aux côtés de Rafael Nadal.

Il est de ces événements inéluctables auxquels on refuse de se préparer. Trop douloureux. L’annonce de la retraite de Roger Federer en fait incontestablement partie. Personne ne voulait imaginer à quoi ressemblerait le tennis sans le Suisse. Mais il faut désormais se rendre à l’évidence. Le Suisse a fini par dire stop, après 20 titres du Grand Chelem en presque vingt-cinq ans de carrière. Avant les derniers coups de raquette du maître, à partir de vendredi lors de la Laver Cup, 20 Minutes consacre une série d’articles à celui qui restera une légende du jeu. Cinquième et dernier épisode ce vendredi, sur cette fin de parcours qui laisse des questions en suspens.

Pour Roger Federer, la belle aventure va donc se terminer ce vendredi soir à Londres, la ville qu’il a le plus régalée à grands coups de raquette magique pendant deux décennies. L’imminent retraité a remporté huit Wimbledon et deux de ses six Masters dans la capitale anglaise. A 41 ans, il va boucler la boucle à l’O2 Arena en Laver Cup, par un double au côté de Rafael Nadal face à la paire américaine Jack Sock – Frances Tiafoe.

Le cadre est prestigieux, le public conquis d'avance, et l’association avec son ami-rival forcément synonyme de pot de départ réussi. Dès ce jeudi, les images de l’entraînement avec « Rafa », mais aussi Novak Djokovic et Andy Murray ont fait couler les premières larmichettes sur les joues des fans de plus de trente ans.


Toutefois, osons poser la question sacrilège : un dernier tour de piste dans un tournoi exhibition qu’il a créé constitue-t-il une sortie réussie pour une telle légende, dont le genou martyrisé l’empêche de s’aligner en simple autrement que pour y faire de la figuration à haut niveau ? On entend déjà les réactions outrées de certains lecteurs, face à l’outrecuidance du journaleux pisse-vinaigre.

La « tristesse » de Wawrinka

Mais après tout, le scribouillard rabat-joie se met dans les pas de Stan Wawrinka. En début de semaine, l’ancien binôme de Federer lors de la victoire en Coupe Davis 2014 avait lâché, en marge de l'Open de Moselle : « Sa retraite m’a inspiré de la tristesse. Il aurait mérité une meilleure sortie, je pense. » Dans un monde idéal, « Rodgeur » aurait poussé jusqu’au prochain Wimbledon. Il ne sentirait pas le poids de ses 41 ans, et n’aurait pas passé l’essentiel de son temps depuis 2019 à jouer les modèles vivants de Dr Maboul sous le bistouri des meilleurs chirurgiens.

La parole est à Lionel Roux, consultant pour beIN Sport, diffuseur de la Laver Cup jusqu’à dimanche, jour où la chaîne consacrera une émission spéciale à l’idole : « Même si on s’appelle Federer, même s’il y a une grosse machine derrière, même si beaucoup de gens disaient "c’est une horloge suisse, bien réglée, qui décidera vraiment le moment où il devra arrêter", il faut croire que non et qu’à un moment donné c’est le corps qui a décidé. »

L’ancien entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis a commenté la dernière rencontre officielle du Suisse, la fameuse défaite en quart de finale de Wimbledon 2021 contre Hubert Hurkacz, conclue par un cinglant 6-0. « Il ne faut pas insister sur ce match et sur ce dernier set, avertit Lionel Roux. On avait un petit peu senti que ce pouvait être son dernier, même si, en tant que grand fan de Federer, je n’avais pas envie d’y croire vraiment. »

Depuis, malgré toute son abnégation, le Bâlois a bien dû se résigner à écouter sa carcasse cabossée de quadragénaire. Le joueur de tennis le plus élégant de l’Histoire n’aura pas pu choisir le jour de sa « petite mort », privilège il est vrai rarissime. Pour un Peter Sampras, qui a tiré sa révérence en 2002 sur un ultime titre à l’US Open, son tournoi favori (même s’il n’a officialisé sa retraite qu’un an plus tard), combien de joueurs ou de joueuses contraint(e)s à l’arrêt pour cause d’usure physique, mentale et/ou de résultats en berne ?

« Il faut juste regarder ce qu’il a amené au tennis »

Dans une longue interview à L’Equipe publiée ce jeudi, Federer avoue (forcément) qu’il aurait aimé finir sur un triomphe dans un Majeur. « Dans l’idéal, quand on voit sa carrière, on se dit que la meilleure chose, ça aurait été de terminer par un gros match épique, gagné ou perdu à Wimbledon, avec tout le cérémonial de ce tournoi », juge Lionel Roux. Avant de relativiser tout de suite ses propos : « Je ne sais même pas s’il faut insister là-dessus. Il faut juste regarder ce qu’il a amené au tennis. C’est un ambassadeur de notre sport et du sport au sens large, aimé dans le monde entier. »

« Est-ce que ce n’est pas une belle sortie, d’arrêter sur une exhibition qu’il a créée, qui est un peu son bébé, avec tous les meilleurs joueurs du monde, dans une fête qui est quand même un peu dingue même si ça reste une exhibition ? Je trouve que oui. » Même ceux qui pensent l’inverse auront les yeux rougis ce vendredi soir quand Roger et Rafa s’enlaceront. Et ce ne sera pas à cause du pollen.