Wimbledon : Salement battu en quart de finale, Roger Federer a-t-il joué le dernier grand chelem de sa vie ?

TENNIS A bientôt 40 ans, le Suisse s'est fait taper en trois sets secs par le jeune polonais Hbert Hurkacz, le tout aux portes des demi-finales 

Aymeric Le Gall
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Le roi est las.
Le roi est las. — Alberto Pezzali/AP/SIPA
  • Battu par Hubert Hurkacz en quart de finale de Wimbledon, jeudi soir, Roger Federer a admis que la pilule était dure à avaler.
  • A bientôt 40 ans, le Suisse ne semble plus en mesure d’aller arracher un nouveau grand chelem dans les mois à venir.
  • S’il n’a encore rien décidé au sujet de son avenir, l’octuple vainqueur de Wimbledon a peut-être disputé le dernier match en GC de sa carrière.

C’est probablement l’un des papiers que nous redoutions le plus d’avoir à écrire un jour. Celui qui annonce le déclin de l’empire suisse Roger Federer, qui ne verra pas les demi-finales de Wimbledon qui se jouent vendredi, après son élimination brutale, jeudi, contre le Polonais Hubert Hurkacz. Dans un Center Court effaré par la tournure tragique que prenait le match, le public de Wimbledon n’a pas attendu la fin du calvaire du Suisse, mené deux sets à rien et 5-0 dans le troisième, pour se lever et lui accorder une indescriptible standing ovation à vous filer les poils (et les larmes).

Au micro de beIN Sport pour commenter ce match pas comme les autres, Lionel Roux a apprécié ce « moment de vraie émotion ». « A Wimbledon, dans le public, ce sont de vrais puristes, ils connaissent ce sport sur le bout des doigts et ils ont bien compris à ce moment-là que ça allait être très dur pour Federer. C’était à la fois des encouragements pour lui donner de le force, ils avaient peut-être un infime espoir qu’il puisse revenir, mais c’était surtout des hommages pour le remercier de toutes les émotions qu’il leur a offert pendant tant d’années. »

« En face les mecs ont quinze ou vingt ans de moins que lui ! »

Les encouragements n’y ont rien fait, la montagne à gravir était bien trop haute. Au vrai, on a vite compris dans le langage corporel du Suisse que le combat était perdu depuis un bout de temps déjà. « Une fois qu’il a perdu le deuxième break, c’était terminé, valide Roux. Mentalement, le chemin qui menait au renversement du match était trop long, trop compliqué. Il n’avait pas l’énergie, les ressources pour renverser ça comme il aurait pu le faire il y a quelques années. » « Dans les derniers jeux, je sentais que je ne pourrai pas revenir » , confirmera-t-il lui-même en conférence de presse après le match.

A bientôt quarante ans, tout Roger Federer qu’il est, quand le corps dit niet, le corps dit niet. « On s’est dit encore dit qu’il allait encore repousser les limites, mais non, à un moment donné il y a la réalité de l’âge, du physique. En face les mecs ont quinze ou vingt ans de moins, c’est chaud !, note le consultant tennis. Et puis, en face, l’autre jouait très bien et, surtout, il n’était pas impressionné par Federer sur le Center Court, contrairement à ce qu’on a pu voir par le passé avec d’autres joueurs ».

Terminer un grand chelem aux portes de demies à son âge – quand on voit la vitesse à laquelle, heureux trentenaires que nous sommes, on voit nos genoux et nos articulations se faire la malle – est déjà un sacré exploit en soi. N’aurait-on pas été un brin naïf en rêvant d’une finale contre Djoko dimanche prochain ? « Il y a un peu de ça », reconnaît l’ancien entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis, avant de chercher à comprendre ce qui nous pousse toujours à croire au père Noël.

« On y a cru mais c’est un peu de sa faute aussi. On l’a tellement… Pas enterré, mais on se disait "ah là ça va être compliqué de revenir au top, il a 35, il a 36, 37", etc. Quand il revient en 2017, on pensait qu’il ne tiendrait pas parce qu’il n’avait plus joué depuis six mois, qu’il avait eu de grosses douleurs au dos, et là il arrive et il claque l’Open d’Australie et Wimbledon dans la même saison ! C’est peut-être pour ça qu’on y croit toujours avec lui. Et puis il y a peut-être aussi un peu de nostalgie, parce qu’on n’a pas envie que ça s’arrête. »

Un avenir en suspens, forcément

Lui non plus. Il n’a d’ailleurs pas encore pris de décision définitive, se laissant quelques jours pour faire le point et choisir la meilleure option pour la suite à donner à sa carrière et à sa vie. Mais à bien écouter son discours, il semblerait que la fin soit pour bientôt. Quand les journalistes ont évoqué avec lui l’usure mentale, après deux opérations du genou et un parcours du combattant pendant la pandémie de Covid pour revenir au niveau physiquement pour rejouer à Wimb, le Suisse a hoché la tête.

« L’usure ? Oui, il y a de ça. Ça a joué un rôle. Je l’ai vécu face à Félix [Auger-Aliassime, à Halle]. Quand tu es mené et que tu ne sais plus quoi faire car tu es plus limité qu’avant. Avec tous les efforts déjà faits… Tu essaies, mais ça devient de plus en plus difficile. C’était un peu pareil face à Hurkacz. Honnêtement, ce n’est pas très drôle de quitter le court comme ça. Mais j’ai vécu tellement de choses ici que c’est O.K. Ça fait partie du jeu. Bien sûr, j’ai toujours envie de jouer, mais à mon âge on n’est sûr de rien. »

Pas sûr également que la perspective de disputer des Jeux Olympiques à huis clos l’emballe plus que ça. Si personne n’a envie de le voir dire stop, a-t-on pour autant envie de prendre le risque de le voir faire le tournoi de trop ? Une piteuse élimination dans un gymnase japonais silencieux à mourir, ça, jamais. A choisir, la standing ovation d’un Center Court en admiration devant le taulier, ça a un peu plus d’allure, vous ne trouvez pas ?