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Peut-on espérer le réveil de la bête Evan Fournier ?

France - Pologne : Peut-on espérer le réveil de la bête Evan Fournier ?

BASKETNommé capitaine des Bleus pour cet Euro en l’absence de Nicolas Batum, Evan Fournier n’a pas eu l’impact escompté jusqu’ici, son réveil est espéré en demie face à la Pologne
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • L’équipe de France de basket affronte la Pologne en demi-finale de l’Euro, vendredi, à 17h15.
  • En difficulté depuis le début de la compétition, Evan Fournier est très attendu dans ce sprint final.
  • Nommé capitaine à la place de Batum, absent, le meneur des Knicks semble avoir du mal à affirmer son rôle de leader de cette équipe de France.

Portée par un Rudy Gobert en mode diesel – et un peu aussi par une chatte qui ne serait pas pour déplaire à Didier Deschamps – depuis les 8es de finale, l’équipe de France peine à trouver trace d’un vrai match plein de son leader Evan Fournier, alors que se profile la demi-finale de l’Eurobasket contre la Pologne, vendredi.

Bombardé capitaine en l’absence de Nicolas Batum, le meneur des Knicks semble en effet un peu effacé depuis le début de l’Euro, à l’image de son « floater » sans grande conviction au bout du temps réglementaire face aux Turcs, heureusement claqué victorieusement par son bras droit Gobzilla. Du reste, si les Bleus se sont miraculeusement qualifiés pour le dernier carré, ils le doivent en grande partie à Thomas Heurtel, devenu malgré lui le clutch player de cette équipe de France face aux Italiens.

Quand nous l’avons rencontré à Bercy avant le départ des tricolores en Allemagne, Vincent Collet louait la transformation de son homme de main, tout en le mettant en garde contre le risque de perdre en créativité sur le terrain ce qu’il donne en plus en dehors.

« Les différentes expériences que tu peux vivre font qu’à un moment donné tu attaches un peu moins d’importance à ta performance personnelle pour te dédier totalement au collectif, détaillait-il. Chez Evan, ça se ressent particulièrement cette année, notamment dans la préparation qui est une phase de réflexion, il cherche à mieux comprendre le jeu, à être plus dans les petits détails collectifs. Mais après il faut aussi qu’il retrouve sa spontanéité, ce qui fait son point fort, son agressivité ». »

Stats en berne et autocritique

C’est justement ce qu’il semble manquer au meneur de jeu français jusqu’ici.Il semble parfois empêtré dans les défenses adverses, au point de forcer son jeu et de multiplier les tirs longue distance sans l'adresse qui va avec. Avec un peu de recul, ce qu’il nous avait dit à la veille de la compétition résonne douloureusement dans nos fragiles oreilles. Lisez plutôt : « En tant que capitaine, je ne peux pas me comporter de la même façon. A l’époque, sur le plan individuel, je pensais surtout à me développer, à m’affirmer, à montrer ce que je savais faire. Alors que là, limite, ma performance individuelle je m’en tape un peu, j’essaye d’avoir ce côté big picture sur chaque entraînement, de voir la façon globale dont tout le monde joue et de voir comment on peut débloquer des situations en tant qu’équipe. »


Evan Fournier affiche des stats inquiétantes lors de cet Euro, à l'inverse de Thomas Heurtel, auteur d'un gros match en quart face aux Italiens.
Evan Fournier affiche des stats inquiétantes lors de cet Euro, à l'inverse de Thomas Heurtel, auteur d'un gros match en quart face aux Italiens.  - Sofascore

Bon, ça, c’était avant de tailler pour l’Allemagne et de sortir des lignes de stats loin de ses standards en compète internationale. Avec une moyenne de 15 points par match (contre 18,7 points aux JO 2021, 19,8 points au Mondial 2019) et, surtout, un manque d’adresse criant aux tirs longue distance (31 % vs 46 % pour Heurtel), Fournier le sait, il est loin d’être au rendez-vous cette année. Avant de se reprendre vite fait contre l’Italie (17 points, 3 passes, 3 rebonds), le New-Yorkais n’a pas hésité à faire son autocritique. « Je ne peux pas jouer comme ça si on veut faire un gros parcours. Je dois trouver des solutions pour être efficace, être plus agressif. On manque parfois d’alternance. Thomas (Heurtel) et moi représentons le danger principal sur les lignes arrières. Il faut des situations plus claires pour nous. Quoi qu’il en soit, il faut surtout que je sois meilleur. »

C’est d’ailleurs cette capacité à ne pas se planquer que louait Collet lors de leur interview croisée dans L’Equipe il y a quelques jours. « Je pense qu’Evan est la définition de ce qu’est un champion. C’est sincère. C’est un gène que tu as ou pas. Le premier que j’ai vu, c’est Tony (Parker). Le champion n’a pas juste une capacité à faire des choses, il assume, aussi. Quand il était nul, Tony ne se cachait pas et revenait plus fort. Evan a ça. » Mais à la différence d’un TP, dont les coups de gueule faisaient taire jusqu’aux mouches, les prises de parole de Fournier paraissent moins claquantes. A l’image de cette séquence tournée à la fin du match contre la Hongrie, qui souffre un peu de la comparaison. « C’est comme ça qu’on va y arriver, wesh ? », lance-t-il devant un vestiaire atone, sans grande conviction.


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Réveil contre la Pologne en demie ?

Pourtant, ceux qui l’ont côtoyé au début de sa carrière l’affirment, Fournier a toujours eu en lui, sinon une âme de leader, du moins un sens aigu des responsabilités. En témoigne son choix de rejoindre Poitiers en 2010. « Il est arrivé chez nous à 17 ans mais on sentait déjà qu’il savait où il voulait aller, et comment franchir les étapes, se rappelle Antoine Brault, entraîneur adjoint des Poitevins à l’époque. On était une jeune équipe de Pro A, une équipe toute fraîche sur la scène du basket français. L’ensemble des clubs le voulaient mais il a fait le choix de privilégier une équipe moins huppée pour pouvoir venir dans un rôle de responsabilités ». A cette époque, un trait du caractère de celui qui avait encore une chevelure soyeuse lui revient à l’esprit. Il raconte :

« En 2011 il était sélectionné pour le Nike Hoops Summit à Portland, on avait accepté qu’il y aille, ça faisait partie du deal. Mais à ce moment-là, on n’était pas dans une phase top top au classement. Et la veille de son départ, il a finalement décidé de jouer avec nous contre Roanne et il a fait un match énorme. Il avait ses enjeux persos, il aurait très pu se blesser avant d’aller disputer cet événement hyper important en vue de la draft NBA, mais il a pris le risque. Beaucoup auraient mis ce match contre Roanne de côté. Pas lui. Il a fait le choix de porter son club, il a toujours pris ses responsabilités quitte à subir un échec. » »

Alors, à quelques heures de cette demi-finale face aux Polonais, l’ancien adjoint de Ruddy Nelhomme à Poitiers, lui-même adjoint de Collet en Bleu, ne doute pas du réveil de la bête. Quitte à oser la comparaison avec « Chichou », notre raïs à tous. « En 98, Zidane on ne l’a pas vu de la Coupe du Monde. Je ne sais pas par quel chemin passe ce genre de personne, c’est très particulier, mais ils sont toujours là, au bon moment, au bon endroit, explique-t-il. Pour Evan, c’est pareil. Si la France devient championne d’Europe, c’est parce qu’il aura été là. Ces joueurs sont racés comme ça, c’est dans leur ADN ». On espère apercevoir un premier chromosome vendredi.