Teddy Tamgho en a-t-il encore sous le pied?

ATHLETISME Après son record du monde en salle, le triple sauteur français serait capable de bondir beaucoup plus loin...

R.S.

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L'athlète français Teddy Tamgho, champion du monde en salle du triple saut en réalisant le record du monde de la discipline le 14 mars 2010.
L'athlète français Teddy Tamgho, champion du monde en salle du triple saut en réalisant le record du monde de la discipline le 14 mars 2010. — AFP

A l’entendre, il ne s’agissait que d’une «bombe à retardement». Un triple bond qu’il avait dans les jambes depuis quelque temps et qui devait le propulser sur le toit du monde. Ou au moins sur celui de la salle de Doha, où il est devenu champion du monde, dimanche en sautant à 17,90 m. Record du monde en indoor effacé de sept centimètres. Pour l’athlète de 20 ans, qui restera jusqu’à mardi au Qatar pour y passer des tests physiques, sa performance n’a rien d’étonnant. La question n’est pas de savoir s’il a réalisé le saut de sa vie. Mais bien jusqu’où il peut bondir dans les mois ou les années à venir.

«Je sais que je peux aller loin, confie le nouveau leader de l’athlé française. Maintenant on va continuer. Je n'ai pas encore fait les 18m. Ils ne sont que deux à l’avoir fait (Jonathan Edwards, détenteur du record du monde en plein air 18,29 m et Kenny Harrison 18,09 m). Il faut se battre pour entrer dans le club.» Selon Karl Taillepierre, le compagnon d’entraînement, il ne maque pas grand-chose à Tamgho pour franchir la barre des 18m. «Il peut y arriver sans problème, c’est clair. Cet été, il devrait aller beaucoup plus loin s’il garde cette fraîcheur et cette envie.»

Le rappeur plus fort que le Goéland?

De là à planer aussi loin que le Goéland, Jonathan Edwards, dont le record du monde en plein air tient depuis quinze ans? Dans un bon jour, sur une piste rapide et avec un vent légèrement porteur, ses proches n’en doutent pas. «S’il reproduit le même saut avec un peu de vent dans le dos, il peut le faire», tranche Taillepierre. Pour Laurence Bily, qui entraîne l’athlète du CA Montreuil avec Jean-Hervé Stievenart, il y a pourtant encore quelques légères corrections techniques à apporter. Celle qui travaille avec lui les courses d’élan assure que son élève n’a pas réalisé le saut parfait.

«Il y a un petit déséquilibre et il peut l’améliorer. Moi, je l’aide à mettre en place un engagement différent pour qu’il se libère sur la planche. S’il y parvient, il est capable d’aller encore plus loin.» Ces derniers mois pourtant, le garçon tardait à répondre aux attentes placées en lui depuis son titre mondial chez les juniors (2008). Showman et grand fan de rap, il parlait haut, mais ne bondissait pas aussi loin qu’il l’espérait en compétition. En revanche lorsqu’il répétait ses gammes à l’Insep, il s’est toujours rassuré. «Il n’est pas du genre à douter, enchaîne Bily. A l’entraînement, il était très, très fort. On ne mesure jamais les marques lors des séances parce qu’on réalise rarement des triples sauts complets. Mais il allait très loin». De façon fictive au moins, Jonathan Edwards a peut-être déjà quelques raisons de trembler.