Thierry Omeyer ou l'homme qui a mis le hand en cage

HANDBALL Elu meilleur joueur du monde 2009, le gardien des Bleus nous livre les secrets de son poste à trois jours du début de l'Euro en Autriche...

Alexandre Pedro
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 France's Thierry Omeyer reacts during their Men's World Handball Championship semi-final match against Denmark in Split January 30, 2009.   REUTERS/Matko Biljak (CROATIA)
 France's Thierry Omeyer reacts during their Men's World Handball Championship semi-final match against Denmark in Split January 30, 2009.   REUTERS/Matko Biljak (CROATIA) — REUTERS/Matko Biljak

On s’en doutait un peu, le meilleur joueur du monde 2009 selon la fédération internationale de handball adore son boulot. Le job de Thierry Omeyer consiste surtout à flinguer le moral des tireurs adversaires. «C’est mon rôle et j’essaye de le faire le plus souvent possible», relativise celui qui a tout gagné avec les Bleus.  Le cauchemar des arrières, ailier ou pivots de la planète handball dure depuis 1999, date de ses débuts dans les cages de l’équipe de France. Mauvaise nouvelle pour eux, Omeyer n’est pas prêt de raccrocher le survêtement. «Je ressens aucune lassitude. J’ai 33 ans et je crois pouvoir encore jouer cinq ou six ans au plus haut niveau», prévient l’Alsacien qui part du principe «de pouvoir arrêter tous les tirs». Un principe qu’il a pu voir pousser à son paroxysme avec Bruno Martini, son mentor et rival lors de ses débuts internationaux.

Troisième gardien à rafler le titre de joueur de l’année (après l’Allemand Henning Fritz et le Serbe Arpad Sterbik), «Titi» Omeyer est intarissable quand il s’agit de décrypter les secrets de son poste. «Notre rôle a beaucoup évolué depuis mes débuts. Le jeu va plus vite, on est plus sollicité. Il y a 15 ans après un but, on attendait que tout le monde se replace avant de procéder à l’engagement. Maintenant, on est devenu le premier contre-attaquant de notre équipe.»
 
«Gardien au foot, je n’aurais pas pu»
 
 Ce qui ne change pas en revanche, c’est la faculté qu’ont Omeyer et ses confrères à bouleverser le destin d’un match. Même si, bien sûr, le dernier rempart de Kiel (l’équipe référence en Allemagne) hésite entre modestie et logique implacable: «Tu peux tout sortir, si tes coéquipiers ne marquent pas tu ne vas pas bien loin.»

Perfectionniste né,  Thierry le «geek» a noué une relation exclusive avec son ordinateur portable où il stocke des mégas octets de données sur les tireurs croisés sur sa route.  «Aujourd’hui,  si un gardien ne le fait pas c’est un manque, juge celui qui ne compte pas ses heures supplémentaires. Mais la vidéo ne fournit pas la réponse à tous les problèmes. Elle peut te donner une info supplémentaire pour réaliser la parade décisive, surtout en fin de match quand les joueurs sont plus fatigués et reviennent à des tirs plus stéréotypés».

Le fichage d’accord, mais ce qui botte Thierry Omeyer c’est l’action. Gentiment masochiste sur les bords comme tout grand gardien,  le Français aime sentir le cuir du ballon sur son corps et ne dit jamais non à une séance de «canardage» à l’entraînement. «Ce qui est bien avec le handball, c’est que les actions se terminent presque toujours par un tir. Gardien au foot, je n’aurais pas pu par exemple. Je me serais plus vu milieu de terrain pour être au cœur de l’action». Quelques Croates, Espagnols ou Danois (en autres victimes) n’auraient pas été contre cette orientation.