Bordeaux-Montpellier : On vous raconte l’après-midi cauchemardesque des Girondins

FOOTBALL Encore battus à domicile par Montpellier (0-2), les Girondins ont été fortement chahutés par leurs propres supporteurs à l’image d’un Benoît Costil au bord d’un départ du club

Clément Carpentier
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Ligue 1: Le débrief express de Bordeaux-Montpellier (0-2) — 20 Minutes
  • Malgré une double supériorité numérique, les Girondins se sont une nouvelle fois inclinés à domicile face à Montpellier (0-2) et restent bons derniers de la Ligue 1.
  • Benoît Costil, le gardien international bordelais, a été pris en grippe par les supporteurs. Il pourrait rapidement quitter le club.
  • Gérard Lopez a de nouveau attaqué les joueurs en affirmant comprendre les supporteurs. Ses équipes travaillent de plus en plus à l’hypothèse d’une descente en Ligue 2.

Lunaire. Voilà comment on pourrait résumer en un mot l’après-midi vécue ce dimanche par les Girondins de Bordeaux et leurs supporteurs face à Montpellier (0-2). Une de plus diront les mauvaises langues. Sauf que là, on a atteint des sommets que ce soit sur ou en dehors du terrain. Tout est parti à vau-l’eau, déjà qu’il ne restait plus grand-chose.

Ce lundi, les Marine et Blanc sont toujours bons derniers. L’écart avec les autres équipes s’est même encore un peu creusé. Les joueurs de David Guion comptent désormais cinq points de retard sur le barragiste et six sur le premier non relégable à 9 journées de la fin de la saison. La Ligue 2 n’a jamais été aussi proche et le contexte autour de l’équipe est de plus en plus tendu à l’image des événements de ce dimanche. Retour sur cette folle et cauchemardesque après-midi pour les Girondins de Bordeaux.

15h : Le coup d’envoi retardé

Finalement, les Bordelais ne seront jamais sortis de cet épais nuage de fumée multicolore créé par le Virage Sud en début de rencontre à l’occasion du déploiement du tifo du jour. Bon, ce spectacle pyrotechnique risque tout de même de coûter cher au club. L’arbitre a été obligé de repousser le coup d’envoi d’un quart d’heure faute de visibilité et les sanctions pourraient vite arriver d’autant plus que des projectiles ont fini sur le terrain pendant la rencontre.

15h25 : L’accrochage qui déclenche tout

On joue la 12e minute de jeu, Montpellier vient d’ouvrir le score par Wahi, sur un long ballon en profondeur Benoît Costil et Anel Ahmedhodzic ne se parlent pas. Le gardien bordelais fait alors une remontrance à son jeune coéquipier, un échange comme il peut y en avoir beaucoup dans un match. Mais, celui-ci n’est pas du goût du Virage Sud qui prend en grippe Benoît Costil et le sifflera sur chaque ballon jusqu’au coup de sifflet final (à noter que le portier sera applaudi par la tribune nord tout au long de la seconde mi-temps). La tension commence à monter.

16h : Costil tête contre tête avec un ultra

Elle va sérieusement monter à la mi-temps. Avant de regagner le vestiaire, Benoît Costil va chercher sa bouteille d’eau sous les sifflets de ses propres supporteurs, il se fait interpeller par Florian Brunet, l’un des leaders des Ultramarines, le plus grand groupe de supporteurs bordelais. Les deux hommes s’expliquent chaudement au point de se retrouver tête contre tête devant le Virage Sud. Benoît Costil finit par s’éloigner en faisant un signe vers la tribune comme quoi Florian Brunet serait un « vendu ».


Pourquoi ? Ces dernières semaines, de plus en plus de voix s’étonnent de l’absence de critiques des UB87 vis-à-vis de Gérard Lopez, le président et propriétaire du club malgré la situation sportive catastrophique. Ils seraient dans la poche de GL. Eux s’en défendent fermement chaque semaine. Le portier des Girondins, lui, est en plus dans le viseur de la direction (et donc des supporteurs) car celle-ci juge qu’il n’a pas assumé son rôle de leader cette saison comme son ami Laurent Koscielny, écarté de l’équipe professionnelle depuis janvier. Ambiance.

17h10 : Les Girondins filent vers la Ligue 2

Incapable de marquer un but à des Montpelliérains pourtant réduits à neuf, Bordeaux concède une nouvelle défaite à domicile. Mais c’est loin d’être terminé…

17h25 : Les supporteurs bloquent la sortie du stade

Malgré la fin du match, la tension reste forte. Dans les couloirs du Matmut, c’est un peu la panique. Les supporteurs filent vers la tribune nord pour attendre les joueurs. Ils veulent des explications. L’équipe finit par aller à leur rencontre. Les premiers instants sont bouillants notamment avec Josuha Guilavogui et Yacine Adli. Des agents de sécurité doivent intervenir. Plusieurs joueurs discutent avec les supporteurs. Jimmy Briand prend notamment la parole pour s’excuser au nom du groupe alors qu’Enock Kwateng et Mbaye Niang échangent avec d’autres plus calmement. Gérard Lopez n’est pas là contrairement à Admar Lopes, la direction technique et David Guion, l’entraîneur des Girondins :

« Je pense qu’il était important d’aller les voir, d’entendre leur mécontentement. On a mérité la colère des supporteurs. L’environnement [plus positif], c’est à nous d’aller le chercher sur le terrain »
Jimmy Briand au mégaphone s'exprime au milieu des supporters.
Jimmy Briand au mégaphone s'exprime au milieu des supporters. - THIBAUD MORITZ / AFP

17h55 : Guion au bord des larmes

Cela ne fait que cinq matchs qu’il est là mais David Guion en avait gros sur la patate. Il a même eu du mal à retenir ses émotions, les yeux bien humides au moment de se présenter devant la presse. L’ancien coach du Stade de Reims n’est pas « blessé » mais surtout « très en colère » contre ses joueurs. « Une colère contenue et froide car on ne peut pas faire un match comme ça, le groupe s’est complètement sabordé », avoue-t-il. C’est simple pour lui « rien ne marche » aujourd’hui dans cette équipe : « Il faut que je réfléchisse. Je n’ai pas envie de les laisser au repos. Il faut qu’on travaille, qu’on se parle. Il faut trouver des nouveaux leviers. »

19h15 : Les Ultramarines accusent Costil de racisme

Depuis le coup de sifflet final, cela fait beaucoup parler. Le Virage Sud a crié plusieurs fois en deuxième mi-temps : « Costil, raciste ». Une accusation extrêmement grave. Mais les Ultramarines maintiennent leurs dires via leur compte Twitter en début de soirée.


Face à cette accusation, il n’y aura aucune réaction du club.

19h45 : Lopez choisit son camp

Gérard Lopez lui aussi décide de réagir sur les réseaux sociaux à défaut de s’exprimer devant la presse. Une nouvelle fois, le président bordelais s’attaque à ses joueurs parlant de match « inadmissible » et affirme comprendre l’écœurement des supporteurs.


21h : Costil annonce son départ

On ne voit pas aujourd’hui comment Benoît Costil pourrait reporter un jour le maillot des Girondins de Bordeaux après avoir vécu une telle après-midi. Cela ne devrait d’ailleurs pas arriver. Selon les informations de 20 Minutes, le gardien international a annoncé dans la soirée de dimanche à plusieurs joueurs et certains salariés qu’il allait quitter le club. « Je m’en vais, je ne finirai pas la saison » a-t-il dit en substance.

Un proche et ami tempérait ses propos un peu plus tard : « Parfois, on parle sous le coup de l’émotion. Maintenant, c’est le temps de la réflexion mais c’est grave ce qu’il se passe. » Dans le staff de David Guion, on ne misait en tout cas pas grand-chose sur le fait de voir le gardien à l’entraînement en ce début de semaine. L’homme semble très touché. Va-t-il résilier son contrat ? Trouver un accord avec sa direction ? Rester et réussir à passer à autre chose ? On devrait vite le savoir.

21h50 : « On est en Ligue 2 ! »

Ce lundi matin, il reste encore 27 points en jeu d’ici la fin de la saison. Mais dans l’entourage de Gérard Lopez, certains n’y croient déjà plus. L’un d’eux tonne : « On est déjà en Ligue 2 sportivement, c’est acté pour moi. » Le sportivement est important car aujourd’hui l’inconnu demeure sur le financièrement. L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois, lui, l’assure, il sera toujours là la saison prochaine même en Ligue 2. Mais ce n’est pas aussi facile que ça…

Alberth Elis a manqué un penalty face à Montpellier.
Alberth Elis a manqué un penalty face à Montpellier. - THIBAUD MORITZ / AFP

Une chose est sûre, les équipes de Thomas Jacquemier, le directeur général des Girondins, envisagent de plus en plus cette option. De nombreuses réunions se sont tenues dans la semaine sur ce point avec plusieurs scénarios sur la table. Contrairement à il y a quelques semaines, il y aurait une petite chance de repartir en L2 et d’éviter le dépôt de bilan. C’est bien la seule bonne petite nouvelle du moment aux Girondins, si on peut appeler ça une bonne nouvelle.