Bordeaux-Montpellier : Pourquoi les supporteurs des Girondins continuent-ils (eux) à faire le job ?
FOOTBALL•Malgré la saison catastrophique de leur équipe, 20e de Ligue 1, les supporteurs des Girondins de Bordeaux restent mobilisés et seront encore là contre Montpellier dimanche (13 heures) pour pousser leurs joueursClément Carpentier
L'essentiel
- Les Girondins de Bordeaux accueillent ce dimanche (13 heures) Montpellier lors de la 29e journée de Ligue 1.
- Les supporteurs bordelais continuent chaque week-end de se mobiliser. Ils veulent y croire malgré une équipe qui ne leur donne presque rien en retour depuis le début de la saison.
- 20 Minutes a décidé de recueillir plusieurs témoignages pour comprendre leur position et leur donner aussi la parole face, parfois, aux critiques.
C’est « malheureusement » la seule grande fierté des Girondins de Bordeaux depuis plusieurs saisons : ses supporteurs. Malheureusement, car ces milliers de personnes encore prêtes chaque week-end à se rendre au Matmut Atlantique pour encourager les Marine et Blancs aimeraient surtout être fières de leurs joueurs, de leur équipe, de leur club. Depuis le rachat du club par les Américains en 2018, c’est l’abîme même si les relations avec la nouvelle direction sont apaisées aujourd’hui.
Alors que les Girondins de Bordeaux sont au bord de la relégation au moment de recevoir Montpellier ce dimanche (13 heures), les supporteurs sont donc les seuls à avoir gardé le cap derrière les Ultramarines, le plus grand groupe de supporteurs bordelais. Ils étaient encore plus de 1.000 le week-end dernier au Parc des Princes à serrer les rangs derrière une équipe une nouvelle fois éparpillée façon puzzle sur la pelouse (0-3). Ils ne lâchent rien malgré les performances de leur équipe depuis plusieurs mois : Bordeaux a cette saison la 7e plus grosse affluence de Ligue 1 (24.903 spectateurs de moyenne par match). Alors sont-ils sadomasos, et particulièrement les 12.572 abonnés pour la plupart tous présents à chaque match à domicile ?
Si eux n’y croient pas…
Pour ça, il faut bien sûr se tourner vers les intéressés. Et surtout, les écouter pour comprendre.
- Thibaud : « Personnellement, je continue d’apporter mon soutien au club, à l’institution. Les joueurs ne sont que les serviteurs de cette institution. Quand je chante, c’est "à la gloire des Girondins" comme le dit très bien la chanson. Je fais le job parce que j’ai ce club ancré en moi. Je ne veux pas qu’il meure et parce que je pourrais me regarder dans la glace et me dire que personnellement j’ai tout fait à mon petit niveau pour que ce club reste en L1. »
- Arnaud : « Je suis de nature optimiste. Je fais donc partie des gens qui pensent que tant que mathématiquement nous ne sommes pas en L2, il faut mettre toutes les chances de notre côté pour essayer de provoquer ce choc psychologique qui nous fera enfin gagner des matchs. Il y a quand même eu des décisions importantes des dirigeants qui nous ont fait croire à un lendemain meilleur et qui nous ont tenues en haleine : le changement d’entraîneur, un mercato de qualité… »
- Emeline : « Je vais toujours au stade parce que j’aime ce club depuis plus de trente ans, attachée à l’entité FCGB, qui m’a fait vivre des émotions que seule la passion pour un club peut engendrer. Parce que si nous ne faisons pas le job qui le fera ? Nous sommes le FCGB, nous étions là avant, sommes là pendant et serons toujours là après. »
- Romain : « Être supporteur c’est l’être aussi dans les mauvais moments, et l’on sait tous qu’il n’y a pas pire moment que celui-ci. Si eux n’y croient pas, ou plus, nous si, et ces deux supports, le stade comme Internet (il gère le site de supporteurs Girondins4Ever) , sont des moyens de confronter les joueurs à la réalité. »
- Ange : « Je ne manque aucune rencontre depuis huit ans et aller au stade est devenu presque un reflex. En tant que passionné du club, je me dois d’aller au stade que ça soit pour les bons moments (que j’ai déjà vécu) comme pour les mauvais que nous sommes en train de vivre. J’irais très certainement au stade même en cas de descente en L2 ou plus bas… »
Des opérations commerciales qui fonctionnent
Pour l’instant, il y est donc hors de question de lâcher. La direction du club donne en retour. Elle multiplie les opérations spéciales (stade à 9 euros, baisse des prix sur cette fin de saison, mise en place d’un réseau de bus) pour maintenir cette flamme. Et ça marche puisqu’on n’avait jamais vu le Matmut Atlantique autant rempli pour certaines affiches (41.000 spectateurs contre Paris, 39.000 contre Nantes et Lille ou encore 29.000 contre Monaco). Tout ça alors que les Girondins vivent sportivement l’une des pires saisons de leur histoire.
Dans ce contexte, il y a bien sûr des voix plus critiques. Certains s’écharpent même sur les réseaux sociaux autour de l’attitude à adopter vis-à-vis des joueurs. Il a fallu attendre la 27e journée et une pitoyable défaite contre Troyes pour attendre la première vraie bronca. Alors les supporteurs bordelais sont-ils trop patients ?
- Romain : « On pourrait discuter de la manière de faire des uns et des autres, mais franchement, on a presque tout essayé avec eux. Les discours après Paris étaient lunaires et surréalistes. Mais que faire ? On dit que de siffler des joueurs ou de les conspuer ne les fait pas courir plus vite, et je suis assez d’accord avec ça. Il faut essayer de trouver le juste milieu. En revanche, des responsabilités devront être données à la fin, peu importe comment l’histoire se termine. »
- Ange : « Je pense clairement qu’on les a sûrement trop idolâtrés… Pour ma part, je fais toujours quelques déplacements ou je vais au stade à Bordeaux mais je n’applaudis plus à l’entrée des joueurs depuis quelques matchs. Je fais acte de présence mais les précédentes performances ne me donnent pas envie d’applaudir depuis quelques mois… »
- Emeline : « Qu’est-ce que ça veut dire être trop gentil ? Est-ce que c’est descendre sur le terrain, caillasser le camp d’entraînement, taguer les murs du Haillan… A quoi ça servirait à part endetter encore plus le club ? »
- Arnaud : « Hormis les deux derniers matchs où j’ai trouvé que les joueurs n’avaient pas eu une attitude de professionnels, je trouvais jusqu’à présent certains motifs de satisfaction voir certaines améliorations qui me permettaient d’y croire. En revanche, depuis le match contre Monaco, je suis beaucoup plus pessimiste. »
- Thibaud : « J’entends bien la rengaine de certains sur l’attitude des Ultras vis-à-vis du club ou des joueurs. Mais qu’est-ce que voudraient ces gens ? Qu’on aille détruire des voitures ? S’en prendre physiquement aux joueurs ? Dégrader Le Haillan ? Je suis contre ce genre d’actions. D’abord parce qu’elle décrédibilise totalement les supporteurs et ensuite parce qu’elle apporte de l’eau au moulin de ceux qui argumentent à longueur de temps que "supporteur = violent". Si on tombe, il sera temps de demander des comptes aux joueurs et à ceux qui nous dirigent, et même si on reste en L1 d’ailleurs. Pour l’instant, il reste dix matchs pour se sauver et plus que jamais nous devons rester unis derrière notre club. »


















