Real Madrid-PSG : Le stade Santiago Bernabeu se transforme-t-il vraiment en chaudron pour la Ligue des champions ?

FOOTBALL Les supporters et journalistes espagnols en appellent à la magie de Santiago Bernabeu pour éliminer les Parisiens en 8e de finale de retour de Ligue des champions, un mythe récurrent et parfois discutable

Julien Laloye
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Les supporters merengue en fusion après un but de Karim Benzema contre le Bayern Munich en 2018.
Les supporters merengue en fusion après un but de Karim Benzema contre le Bayern Munich en 2018. — Eduardo Dieguez/DYDPPA//SIPA
  • Le PSG se rend à Madrid pour le 8e de finale de Ligue des champions. A l’aller, les Parisiens se sont imposés 1-0 contre le Real grâce à Kylian Mbappé.
  • D’ordinaire assagi en Liga, le public de Santiago Bernabeu a la réputation de se mettre à la hauteur de l’enjeu en Ligue des champions.
  • Les socios du Real croient dur comme fer en la remontada, chauffé à blanc par les médias locaux et le souvenir des grandes soirées européennes des années 1980.

De notre envoyé spécial à Madrid,

Ils adorent ça, les bougres, même si ça ressemble à de la propagande russe de comptoir. Des jours à se monter le bourrichon avec un seul mot à la bouche : « Remontadaaaaaa ». Un seul but de retard ? On s’en cogne. Le plaisir, c’est de jouer de la mandoline pendant quinze jours et de revisiter tous les exploits légendaires du Real dans un Santiago Bernabeu en transe derrière son équipe. Une petite reprise archi connue de la punchline de l’ancien ailier Juanito pour se chauffer – « noventa minuti en el Bernabeu son molto longo » –, un petit détour par Valdano pour théoriser sur « la peur panique » des adversaires du Real à la maison, et un discours tout en borborygmes gutturaux de Thomas Roncero, éditorialiste mythique de la non moins mythique émission El Chiringuito, pour finir.

L’art de faire monter la sauce

Le bonhomme était particulièrement en verve lundi soir : « Ce qui va se passer mercredi, c’est écrit dans les livres d’histoire, celui des 13 coupes d’Europe. Les supporters savent qu’il faut tout faire pour avoir une place dans le stade mercredi soir. Tout le monde veut une entrée, parce que ce match, ceux qui ont la chance d’y être le raconteront à leurs enfants et à leurs petits enfants. C’est Bernabeu qui marquera le premier but ». Brrrrr, los frissonnos, comme on (ne) dit (pas) en Cervantès première langue.

Marrant, cette mystique bien intégrée par les supporters eux-mêmes, qui se sentent portés par le souffle de la conquête quand ils évoquent « ces soirées magiques qui s’appuient sur une atmosphère exceptionnelle », résume Manuel Matamoros, socio fondateur de la Pena « la primavera blanca », l’une des plus actives de l’enceinte. « Les plus anciens d’entre nous se rappelleront toutes leurs vies les remontadas extraordinaires des années 1980, quand la majorité du public était debout ».

C’était l’époque du « poulailler » qui se rue contre les barrières du bas pour fêter les buts importants, des chiottes dégueulasses, des supporters qui se refilent le « carnet » d’abonné en le balançant des tribunes, et de certaines ambiances d’anthologie, on veut bien le croire. Mais le foot a changé, et Santiago Bernabeu plus que les autres. Ce n’est plus un stade où on s’encanaille, depuis que Florentino Perez a fait le ménage parmi les « Ultra sur » dans une sorte de Plan Leproux avant l’heure, même si certains agitateurs ont survécu à la purge et figurent parmi les meneurs de la « Grada fan ».

Une tribune qui ne fait pas l’unanimité

La Grada fan ? Ce sont les types en blanc qui s’agitent sur la gauche quand on est devant la télé, un peu près 5.000 supporters dont les mauvaises langues racontent qu’ils sont les pantins des dirigeants madrilènes, obligés d’encourager pendant 90 minutes debout s’ils ne veulent pas se faire sucrer la place, les stewards se chargeant de réprimander les éventuels resquilleurs en plein match. A prendre avec des pincettes quand même : alors que les places pour le PSG se sont arrachées en trois minutes, on en a vu certains socios bien propres sur eux se plaindre que ces fans « spéciaux » bénéficient de billets beaucoup moins chers pour encourager le Real. Il faut donc croire que le principe de kop reste un peu abscons dans les stades espagnols.

Cela fait plusieurs années que l’on essaie de favoriser la naissance d’un pacte entre le public et les joueurs, répond diplomatiquement Manuel Matamoros. Je pense que c’est le bon chemin, mais la direction du club doit faire encore beaucoup de son côté pour en finir avec les mauvaises habitudes des uns et des autres ».

Référence assez claire à l’attitude parfois hautaine des joueurs, qui prennent le temps de saluer une fois l’an, et quand ça les intéresse, comme samedi dernier après le succès devant la Real Sociedad pour faire monter la sauce. Parmi eux, Asensio, qui avait pris la mouche face à Elche après quelques sifflets descendus des tribunes à 0-0, manière de réprimander ce fameux penchant critique-de-Télérama-jamais content-du-spectacle, qu’on retrouve aussi au Camp Nou. « C’est vrai qu’en championnat, le public madrilène est assez silencieux et considère que l’équipe doit gagner, point à la ligne, juge Aaron, un supporter de 22 ans qui cherche désespérément une place pour le match. Nous, on attend ces soirées exceptionnelles et magiques de coupe d’Europe pour véritablement aider l’équipe ».

La réception du bus, vrai moment chaud

Le jeune homme a vécu la dernière remontada en date, contre Wolfsburg en 2016. il en parlerait des heures. « On ne les a pas laissés respirer. Quand les Allemands avaient le ballon, les sifflets pouvaient s’entendre jusqu’à à l’autre bout de la ville. Et quand Cristiano marqué le premier but pffff, le stade a explosé et est devenu fou… Ces matchs-là, le Real Madrid les gagne avant de commencer, la Ligue des champions c’est notre compétition, et pour elle on donne le maximum ». A peine le temps d’en placer une qu’il nous enchaîne sur l’accueil du bus madrilène sur les coups de 18 heures. « Il faut le faire une fois, les feux de bengale et les chants qui l’accompagnent pour faire monter la pression, c’est quelque chose que l’on n’oublie jamais. »

L'arrivée du bus madrilène à Santiago Bernabeu avant le match retour contre Wolfsburg, en 2016.
L'arrivée du bus madrilène à Santiago Bernabeu avant le match retour contre Wolfsburg, en 2016. - Marca/SIPA

En vidéo, c’est vrai que ça a de la gueule, un peu plus en tout cas que ce Bernabeu en cours de modernisation, recouvert d’une bâche sur une bonne partie du premier étage des tribunes. Des travaux qui obligent les fans les plus chauds à migrer plus haut en attendant la fin des travaux, « presque cachés, au pire endroit pour tenter d’emporter le reste du public avec nous », peste Manuel Matamoros, même si le club a promis de pousser les murs pour mercredi, ajoutant 5.000 places un peu partout pour arriver à 60.000 spectateurs prêts à beugler l’hymne maison au coup d’envoi.

« On jouera le match qu’attend Bernabeu »

« On a souvent joué ce type de match à la maison, confirme Luka Modric, et on sait que l’aide du public sera importante pour nous, on aura besoin qu’il nous pousse dans les moments compliqués afin de nous aider à donner encore plus ». Mais le Croate sait comment ça marche : à Madrid, c’est l’équipe qui emmène les socios, rarement l'inverse. « C’est important de démarrer en mettant beaucoup d’énergie, beaucoup d’intensité, et surtout de la personnalité ». « On jouera le match qu’attend le public du Bernabeu », rebondit Ancelotti. Sinon, on entendra surtout les 1.800 suppporters parisiens animer la nuit madrilène.