FK Qarabag – OM : « J’aimerai qu’on les écrase sportivement »... l’ombre du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

FOOTBALL ET GEOPOLITIQUE L’Olympique de Marseille se déplace en Azerbaïdjan ce jeudi pour affronter le FK Qarabag en Ligue Europa Conférence, un club au cœur du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour la région du Haut-Karabagh

Adrien Max
On aperçoit des drapeaux arménien en tribune Ganay sur le dernier but de l'OM inscrit par Dimitri Payet.
On aperçoit des drapeaux arménien en tribune Ganay sur le dernier but de l'OM inscrit par Dimitri Payet. — NICOLAS TUCAT / AFP
  • L’Olympique de Marseille joue sa qualification pour les 8e de finales de la Ligue Europa Conférence à Bakou, en Azerbaïdjan, après avoir gagné 3 buts à 1 à l’aller.
  • Le club du FK Qarabag, fondé en 1951, est originaire d’Agdam, ville qu’il a dû quitter en 1993 pour rejoindre la capitale de l’Azerbaïdjan, Bakou.
  • Un déménagement forcé par le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour le contrôle de la région du Haut-Karabagh.

90e minute du match entre l'Olympique de Marseille et le FK Qarabag, Nikola Dabanovic, l’arbitre de la rencontre, s’apprête à siffler le coup de sifflet final alors que Dimitri Payet vient d’inscrire le 3e but de son équipe. Le moment choisi par plusieurs spectateurs situés dans la tribune Ganay du stade Vélodrome pour déployer des drapeaux de l’Arménie, ainsi qu’une banderole « Qarabag is Armenia ».

De quoi faire réagir l’UEFA au quart de tour, avec l’ouverture d’une procédure disciplinaire à l’encontre de l’Olympique de Marseille. L’instance organisatrice des compétitions européennes de football, interdit toute prise de position politique dans ses stades et sanctionne les « messages provocateurs qui sont de nature politique, idéologique, religieuse ou insultante ».

Club issu d’une zone contestée

Car le FK Qarabag est plus qu’un club de foot. Il est aussi un enjeu géopolitique pour l’Azerbaïdjan. « Le club du FK Qarabag est issu d’Agdam, ville située dans la zone du Haut-Karabagh. C’est une zone contestée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan depuis le début du XXe siècle, période à laquelle l’URSS de Staline a fait les frontières comme elle l’entendait. En faisant de cette région une zone azérie, alors qu’elle concentre une forte population arménienne. Et ce conflit ne s’est jamais résolu lors de l’effondrement de l’URSS », explique Kevin Veyssiere, créateur du média FC Geopolitics, qui s’intéresse à la géopolitique à travers le sport.

C’est en 1993, en pleine guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut-Karabagh, que le club est obligé de déménager à Bakou, la capitale azérie, alors qu’Agdam est passée sous contrôle Arménien. « Depuis, le FK Qarabag a acquis une visée politique à travers l’image des véritables Azéris contraints à l’exil. Pour les personnes qui connaissent moins le conflit, Qarabag est vu comme un club azéri. La région est donc reliée à ce pays, il y a un enjeu de souveraineté derrière tout ça », poursuit le fondateur de FC Geopolitic.

Depuis plusieurs années, l’Azerbaïdjan favorise la diplomatie par le sport à travers l’organisation de grand événement comme le Grand Prix de Formule 1 à Bakou, la finale de la Ligue Europa en 2019, (pour laquelle le joueur d’Arsenal, et Arménien, Henrikh Mkhitaryan, avait refusé de jouer pour des raisons de sécurité). Et le FK Qarabag en fait partie intégrante, comme le souligne à l’AFP le journaliste sportif azerbaïdjanais Elmir Aliyev : « Le FK Qarabag est le club le plus populaire du pays, davantage encore que l’équipe nationale. Beaucoup en Azerbaïdjan soutiennent le club en raison de ses victoires à l’international, mais aussi à cause de son nom ».

Souvenirs douloureux pour les Arméniens de Marseille

Un nom qui fait d’ailleurs bondir Pascal Chamassian, ancien président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) Marseille-Provence. « C’est un grand moment de douleur qui nous renvoie à la volonté des Turcs et de leurs frères azéris d’exterminer les Arméniens. Le nom " Haut Karabagh " est hérité de la langue turque. Le nom arménien de cette région est Artsakh, l’utilisation de l’ancien nom Azéri est un enjeu d’influence », avance-t-il.

Ce match entre l’OM et Qarabag lui fait remonter des mauvais souvenirs, ainsi qu’aux 80.000 habitants de Marseille d’origine Arménienne. « Il y a forcément une forte résonance à Marseille, qui est devenue la capitale des Arméniens d’Europe après le génocide de 1915 », rappelle Pascal Chamassian.

D’autant plus avec la résurgence du conflit en 2020. « À partir du moment où l’un des dirigeants de ce club a clamé haut et fort qu’il fallait tuer les Arméniens, l’UEFA aurait dû prendre des sanctions [seul le responsable de la communication du club a été suspendu à vie par l’UEFA de toute activité liée au football] . L’UEFA a encore montré ses limites. Alors que les drapeaux déployés au Vélodrome étaient une marque appuyée pour affirmer que Marseille est une terre chère aux Arméniens. C’était un message sans doute relatif à l’agression turco azéri d’il y a un an et demi, c’était une forme de réponse assez pacifique », estime-t-il. Une marque pacifique, mais les rancœurs restent tenaces, de quoi souhaiter rien d’autre qu’une qualification de l’OM contre Qarabag, jeudi soir à Bakou : « Je ne peux pas imaginer autre chose. J’aimerais qu’on les élimine, et qu’on les écrase sportivement ».