Etats-Unis : Un entraîneur noir accuse la NFL de gérer la ligue « comme une plantation »

DISCRIMINATION Limogé par Miami, Brian Flores poursuit la ligue de football américain et trois clubs pour pratiques racistes à l'embauche

P.B. avec AFP
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L'ex-entraîneur des Miami Dolphins Brian Flores poursuit la NFL et trois clubs pour pratiques racistes.
L'ex-entraîneur des Miami Dolphins Brian Flores poursuit la NFL et trois clubs pour pratiques racistes. — Wilfredo Lee/AP/SIPA

Sur 32 équipes NFL, il n’y a plus qu’un seul entraîneur noir. Licencié par les Miami Dolphins début janvier, Brian Flores a décidé de mettre les pieds dans le plat : il a déposé un recours collectif contre la Ligue professionnelle de football américain (NFL), et trois clubs, Miami, Denver et les New York Giants, qu’il accuse de discrimination raciale lors d’entretiens d’embauche. Selon lui, la NFL gère ses opérations « comme une plantation » d’esclaves.

Dans son dossier de plainte de 58 pages, Flores accuse les Giants de lui avoir accordé un entretien d’embauche le mois dernier simplement pour qu’il fasse de la figuration, car la franchise avait déjà choisi un autre entraîneur, Brian Daboll, qui est blanc. Flores a appris la nouvelle par des textos de Bill Belichick, l’emblématique entraîneur des Patriots, qui le félicitait d’avoir décroché le poste. Sauf que ces SMS étaient en fait destinés à Brian Daboll. Selon son avocat, les Giants cherchent simplement à se conformer à la règle Rooney de la NFL, qui oblige les équipes à au moins interviewer deux candidats issus de minorités.

Incitation à perdre

L’entraîneur affirme avoir été « traité avec dédain et présenté comme quelqu’un de non-conforme, avec lequel il était difficile de travailler », par le club de Miami qui l’a licencié le 10 janvier, après une saison qui a vu les Dolphins rater les playoffs pour la troisième année consécutive sous les ordres de Brian Flores.

Flores accuse le propriétaire des Dolphins, Stephen Ross, de l’avoir incité à perdre délibérément des matches peu après son embauche en 2019, allant jusqu’à lui offrir 100.000 dollars pour chaque défaite enregistrée. Et ce afin que l’équipe soit dans la meilleure position possible pour la Draft suivante. Car le principe de cette loterie veut que les clubs les plus mal classées à l’issue d’une saison soient les parmi les premiers à pouvoir choisir un des universitaires les plus cotés s’y présentant.

« Racisme systémique »

Depuis ses débuts, la NFL a un problème de représentation. Un entraîneur afro-américain sur 32, c’est 3 %, dans une ligue où deux tiers des joueurs sont noirs. Et depuis 100 ans, tous les propriétaires sauf deux ont été blancs. Un déséquilibre au cœur de l’action du rebelle Colin Kaepernick, qui a défié la NFL et Donald Trump en s’agenouillant pendant l’hymne, un geste de défiance qui lui a coûté sa place mais s’est propagé à de nombreux autres sports.

Dans son action en justice, Flores indique que la NFL a fait preuve de discrimination à son égard mais aussi à l’endroit d’autres techniciens noirs, en leur refusant des postes d’entraîneur principal, d’adjoint et de directeur général. « A certains égards, la Ligue pratique la ségrégation raciale et est gérée comme une plantation. Ses 32 propriétaires – dont aucun n’est noir – tirent un profit substantiel du travail des joueurs, dont 70 % sont des Noirs », a cinglé Flores.

Attaquée, l’instance a dit vouloir se défendre « contre ces allégations, qui sont sans fondement », assurant : « la diversité est au coeur de tout ce que nous faisons, et il y a peu de questions sur lesquelles nos clubs et notre direction passent plus de temps ».

« Dieu m’a doté d’un talent particulier pour entraîner, mais le besoin de changement est plus important que mes objectifs personnels », a néanmoins déclaré Flores. Et de conclure : « En prenant la décision de déposer une plainte en recours collectif aujourd’hui, mon espoir sincère est qu’en s’élevant contre le racisme systémique dans la NFL, d’autres se joindront à moi pour assurer un changement positif pour les générations à venir ».