Perte de licenciés, championnat à l’arrêt, diffuseur… Quelle est la situation du football américain en France ?

TOUCHDOWN Après deux championnats annulés en raison de la situation sanitaire, le football américain dans l’Hexagone reprend un peu de vie, notamment avec l'équipe de France

Antoine Huot de Saint Albin
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Les Français lors d'un match face à la Grande-Bretagne
Les Français lors d'un match face à la Grande-Bretagne — FFFA
  • L'équipe de France joue samedi pour la médaille de bronze de la Ligue des nations.
  • Le retour à la compétition pour certains qui n'ont pas joué un match depuis un an et demi.
  • S'il y a eu une perte de licenciés, les clubs ont plutôt bien géré économiquement cette période.

Tom Brady ? Mouais, surcoté. Tyreek Hill ? Franchement, ça ne fait pas rêver. Nous, on est beaucoup plus hypés par Léo Cremades et Benjamin Plu, quarterback et wide receiver de l’équipe de France de football américain. Et oui, messieurs, dames, laissez de côté la NFL, ses matchs de trois heures trente, ses dollars qui débordent des casques, son décalage horaire, venez vibrer avec nos Français. D’autant plus que ça fait un paquet de temps qu’on ne les a pas vus.

Après deux ans d’arrêt, les Bleus reviennent samedi pour la petite finale de la Ligue des nations (en gros le championnat d’Europe, rien à voir avec la fausse coupe du foot) face à la Finlande. Une troisième place au bout après avoir été… forfait pour la demi-finale face à l’Italie, en juillet, à cause de cas de Covid-19 dans l’effectif. « Oui, il y avait de la déception sur le coup mais, là, on a sorti ça de nos têtes, explique le head coach des Bleus, Jean-Philippe Singlor. Le but est de rester dans les trois meilleures équipes européennes. Cette période a été compliquée, certains n’ont pas eu du temps de jeu, il peut y avoir un problème de rythme. »

Des défections chez les jeunes

Du coup, cette semaine de préparation à Wattignies (Nord), avant de s’envoler vers le pays du Père Noël, va servir à tout le monde pour se remettre à flot, même si « physiquement, ils sont tous au même niveau », dixit Singlor. Car, avec l’arrêt du championnat de France pendant un an et demi, du fait de la crise sanitaire, certains n’ont aucun match dans les jambes depuis un bail. Pour pallier ce manque de compétition, des joueurs sont partis dans les ligues étrangères, comme Benjamin Plu en Finlande, où les championnats ont repris au printemps. D’autres ont préféré arrêter. Ni plus, ni moins.

« J’étais en Angleterre, quand la situation sanitaire s’est dégradée et j’ai dû rentrer en France, raconte Léo Cremades, qui évolue à La Courneuve. Pendant l’été, c’était un peu le chaos, surtout que j’avais une offre des Etats-Unis qui a été déclinée à cause du Covid. Moi, je n’ai pas eu de démotivation, mais je comprends ceux qui ont pu lâcher.”

-40 % de licenciés

« Globalement les effectifs sont stables, mais on a eu une grosse perte dans la catégorie U17-U19, une génération sacrifiée, qui aurait dû arriver cette année en équipe première », regrette Benoît Sirouet, le président des Black Panthers de Thonon. Au total, le bilan est lourd : - 40 % de licenciés par rapport à la situation avant Covid-19 et un chiffre en dessous des 30.000 pratiquants. « Mais vu que le championnat ne reprend qu’au début de l’année 2022, on compte encore sur des renouvellements pour venir améliorer le chiffre », tempère Pierre Trochet, directeur du développement de la Fédération française de football américain.

Alors, les clubs bricolent et certains sont un peu moins à plaindre que d’autres, comme les Flash de la Courneuve, 11 fois champions de France : « Même si le championnat a été suspendu, on ne s’est jamais vraiment arrêtés, on a gardé le lien avec nos adhérents, monté un programme de musculation en ligne, détaille Bruno Lacam-Caron, manageur général du Flash. Au niveau économique, aucun partenaire ne nous a lâchés et on a même pu avoir des excédents avec les subventions publiques ou privées reçues. On a assaini nos finances et nous sommes passés de fonds propres négatifs à des fonds propres positifs. »

Pas de PGE pour la FFFA

A Thonon, le club a aussi tenu bon grâce au soutien des partenaires locaux, qui ne se sont pas désistés : « On a perdu en billetterie, en produits dérivés, mais nous avons fait des économies en parallèle, indique Benoît Sirouet. On s’en sort à l’équilibre, mais sans avance dans le budget. » Au niveau national, même si on ne se plaint pas trop, ça tire un peu sur la corde :

« On n’a pas bénéficié d’un PGE pendant la crise, et tout l’argent non dépensé pendant cette année et demie a été réinvesti [soit 320.000 €] pour aider au renouvellement des licences, ajoute Pierre Trochet. On est quand même limités financièrement, avec très peu de moyens d’action. »

Championnat diffusé sur Sport en France

Et puis, au niveau des instances sportives, on a déjà vu meilleur soutien. « Comme on est en préparation de Paris 2024, la priorité ne va pas du tout être mise sur un sport qui n’est pas olympique », regrette Arnaud Montgénie, international français et président des Ours de Toulouse. La FFFA ne peut même pas compter sur un diffuseur officiel pour apporter un peu de caillasse dans les caisses. Malgré tout, le championnat de France sera quand même diffusé, et ce pour la première fois. Champagne.

Bon, ne cherchez pas sur Tele 7 jours la prochaine diffusion de La Courneuve-Thonon, affiche cinq étoiles de notre championnat en février, on vous épargne ça : au total, quatre matchs de la saison régulière seront diffusés sur la chaîne du CNOSF, Sport en France, plus les demi-finales et la finale. Arnaud Montgénie ne s’en plaint pas : « C’est mieux que rien. De toute façon, peu de sports collectifs de grand terrain sont aujourd’hui diffusés à la télévision. » Vous savez ce qu’il vous reste à faire : péter les chiffres d’audience pour France-Finlande, samedi à 13 heures sur Sport en France, et crier comme jamais après une passe de 70 yards de Léo Cremades. Touchdown.