Jeux olympiques d'hiver : Lyon ou Marseille, on fait le match des candidatures françaises

CANDIDATURES JO La région Auvergne-Rhône-Alpes pourrait déposer une candidature pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2030, tandis que la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur vise ceux de 2034 ou 2038

Jennifer Lesieur et Adrien Max
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Une piste de ski de la Bonne Mère au Vieux Port ou de Fourvière à Bellecour ?
Une piste de ski de la Bonne Mère au Vieux Port ou de Fourvière à Bellecour ? — 20 Minutes
  • Le président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Renaud Muselier, a annoncé que son territoire souhaitait faire part de son " intention de candidature " pour les Jeux olympiques d’hiver 2034 ou 2038.
  • Mais son homologue d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, pourrait aussi déclarer son intention de candidater pour ceux de 2030.
  • 20 Minutes vous présente les points forts et les points faibles de ces deux régions pour l’accueil des Jeux d’hiver.

Un duel franco-français pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver. Renaud Muselier (LR), le président de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, a annoncé l’intention d’une candidature de son territoire pour l’organisation des  JO d’hiver de 2034 ou 2038. Sauf que la région voisine,  Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez (LR), réfléchit actuellement à se présenter à ceux de 2030. 20 Minutes liste les points forts et les points faibles de ces deux « intentions de candidature ».

L’avancée des dossiers

Renaud Muselier, le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, a profité de ses vœux à la presse pour annoncer l’intention d’une candidature de son territoire pour les Jeux olympiques d’hiver. Tout en affirmant ignorer la volonté de son camarade Laurent Wauquiez, pour la région Auvergne Rhône Alpes. « J’ai découvert que Laurent voulait candidater. En tout cas, il n’a pas fait acte de son intention de candidater. Il n’est pas en contact avec le monde sportif, il fait d’une façon différente. Je travaille depuis longtemps, j’avance, je présenterai mon dossier et voilà. Ça fait trois ans que j’y travaille », a assuré Renaud Muselier.

Sauf que lorsque l’on demande à avoir des précisions sur cette « intention de candidater », auprès de la région, le dossier semble moins avancé. « Renaud Muselier a fait acte de son intention de candidater afin de fédérer et de connaître la volonté des élus locaux, des fédérations de patronat, des stations. Depuis cette déclaration d’intention, nous avons eu beaucoup de retours positifs et il est désormais temps de mettre tout le monde autour de la table. C’est maintenant le moment de travailler et une présentation du projet devrait intervenir assez vite », nous précise-t-on.

Fabrice Pannekoucke, président d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme, président de la commission Montagne de la région et maire de Moûtiers (Savoie), précise de son côté qu’il s’agit d’une candidature « potentielle ». Lorsque Laurent Wauquiez a annoncé son souhait d’une « candidature des Alpes, du Mont-Blanc au Vercors » fin octobre 2021, « nous étions en concertation avec les communes qui avaient eu des sites olympiques en 1992, pour voir leur ressenti », explique-t-il. Aujourd’hui, la région « mesure toutes ses forces de manière consciencieuse et prudente, avant d’être dans une démarche plus active ».

Bilan : Match nul. Au-delà des déclarations d’intention, personne n’a encore vraiment avancé.

Ça farte

Renaud Muselier s’appuie sur l’expérience de l’intention de candidature de Nice, en 2009. « Le concept qu’on avait déjà traité autour de Nice et des Alpes-Maritimes a évolué vers une idée de territoire. Et ce concept de territoire est intéressant pour la région Sud, ensuite on verra la ventilation. Mais on ne part pas d’une page blanche, les infrastructures ont évolué et les domaines skiables s’entendent déjà entre eux », a avancé Renaud Muselier.

L’aéroport de Nice, le troisième de France derrière les deux parisiens, est un atout indéniable, mais reste à savoir ou sera la base arrière de ces JO d’hiver. Marseille, Nice, Gap, Briançon ? Le climat est aussi un atout selon Pierre Vaultier, double médaillé d’or aux JO en snowboard. « Nous avons pas mal de sites d’altitude qui sont bien sécurisés en termes d’enneigement. On a le même nombre de jours d’enneigement que dans les Alpes du Nord. Si le climat vient à changer, ce qui est probable, l’impact devrait être limité en 2034. Et les Alpes du Nord ne seront pas mieux loties que celles du Sud », anticipe-t-il.

Autre atout pour Paca : son intention de candidater pour les JO 2034 ou 2038, puisque l’alternance reste souvent de mise pour le comité olympique. Et avec des JO d’hiver 2026 à Milan, il y a plus de chance de les voir revenir en Europe à l’horizon 2034 qu’en 2030.

Avec 80 % de son territoire situé en montagne, Auvergne-Rhône-Alpes est la plus grande région de montagne d’Europe. Sa candidature serait un dossier « Alpes du Nord, donc de fédération de ce qui fait les forces de la région », précise Fabrice Pannecoucke. La région afficherait sa volonté de « concrétiser les engagements pris dans le plan montagne », pour organiser des jeux « de la manière la plus vertueuse et prudente possible ».
Les équipements sont presque tous déjà prêts à l’emploi, des nombreuses pistes, patinoires et tremplins, jusqu’à l’unique piste de bobsleigh, luge et skeleton de France, à La Plagne, construite pour Albertville 1992.

Autre atout : « L’histoire des grands événements sportifs d’hiver est attachée à ce territoire, rappelle Fabrice Pannecoucke. On a une histoire olympique, en Isère et en Savoie, et on a démontré qu’on savait organiser des événements de grande ampleur comme des coupes et des championnats du monde. »

Bilan : Le point pour Paca, avec l’image de Nice, les infrastructures liées au tourisme dans la région et de grosses stations dans l’arrière-pays.

Ça chute

Au-delà du changement climatique, c’est surtout le manque d’expérience du territoire au plus haut niveau et son manque d’infrastructures qui pourraient pénaliser la candidature de la région Paca. « Il n’y a pas une seule étape internationale de ski dans les Alpes du Sud, contrairement aux Alpes du Nord. La dernière manche de Coupe du monde de slalom organisée sur la piste noire Luc Alphand à Serre-Chevalier est si lointaine que j’arrive à peine à m’en souvenir, tellement j’étais gamin. Et pour monter en gamme, il faut passer par tous les échelons. Ça commence par l’organisation de compétitions internationales », prévient le snowboardeur.

Un manque d’expérience dans l’organisation de grands évènements aggravé par des lacunes criantes en termes d’infrastructures. « Il n’y a pas de piste de saut à ski, de piste de bobsleigh et ce sont des infrastructures ultra-coûteuses. Il va vraiment falloir être inventif là-dessus. J’ai lu que Patrick Arnaud, le directeur de Serre-Chevalier, avait lancé l’idée de faire des jeux transfrontaliers avec la piste de bobsleigh de Cesana Pariol ou la piste de saut à ski de Pragelato. Géographiquement parlant c’est logique, nous avons énormément d’échanges avec eux, c’est comme s’il n’y avait pas de frontière. Mais peut-être qu’il y aura des freins administratifs », s’interroge Pierre Vaultier. Mais comme il s’agit d’une candidature de territoire, et non d’une ville, cela reste envisageable. Au vu du prix de ces équipements, la région Paca ne devrait pas avoir le choix.

Pour Auvergne-Rhône-Alpes, les délais sont courts : 2030, c’est presque demain. Une ville ou région candidate doit d’abord avertir le Comité olympique français, avant la décision finale du CIO. « Le calendrier est à la fois court, donc ambitieux, et réaliste », tempère Fabrice Pannekoucke, pour qui 2030 « a l’avantage d’être à une échelle qu’on comprend bien ».

Avec les changements climatiques, il y aura-t-il assez de neige en 2030 ? La région relativise en rappelant l’excellente couverture neigeuse des deux dernières saisons et « le bon développement des équipements qui permettent d’assurer les rustines là où ce serait nécessaire ». De plus, les sites envisagés « sont ceux sur lesquels on n’a pas d’inquiétude pour l’avenir des stations ».

Dernier inconvénient : l’alternance des continents qui régit l’attribution des grands événements sportifs internationaux. Il serait improbable que le CIO confie de nouveaux JO à la France six ans seulement après Paris 2024. Sur ce point du moins, Paca et Aura restent ensemble au pied du podium.

Bilan : Auvergne-Rhône-Alpes vise peut-être la mauvaise date, mais c’est son seul handicap. Pour le reste, tout est déjà prêt.