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Le self-control de Novak Djokovic est-il en train de lui sauver la mise ?

Open d’Australie : Le self-control de Novak Djokovic est-il en train de lui sauver la mise ?

TENNISSi l’Etat australien a toujours la main, la stratégie pleine d’humilité du numéro 1 mondial semble porter ses fruits
Julien Laloye

Julien Laloye

L'essentiel

  • Même s’il risque encore l’expulsion, Novak Djokovic a été libéré sur décision de justice ce lundi.
  • Le numéro 1 mondial de tennis a seulement réagi sur Twitter, évitant de jeter de l’huile sur le feu.
  • Dès son arrivée à l’aéroport, le Serbe a su faire preuve d’un certain sang-froid qui pourrait le récompenser in fine.

Il est arrivé que l’on prête à Novak Djokovic une sincérité calculée dans ses odes à la bienveillance, et même que l’on s’agace de son gnagnanisme exacerbé, à demander à la foule des hugs géants en tribune pour célébrer la vie et l’amour. Toujours cette histoire du petit dernier de la fratrie, qui veut que maman l’aime autant que les deux grands, avec leur petite vie parfaite de champions de tennis classieux et fair-play. Sans parler de son rapport à la science et de son allergie à la vaccination, à l’origine de tout le ramdam des derniers jours.

Néanmoins, il est de temps de convenir que le déroulé des évènements à Melbourne a quelque peu contribué à réviser notre jugement sévère. Si le numéro 1 mondial parvient finalement à se retrouver sur le court lundi pour chasser le record historique de Grands Chelems, ce qui reste à prouver tant l’Etat australien semble résolu à démontrer que l’on peut toujours être plus ridicule que le jour d’avant en y mettant du sien, il le devra avant tout à son extraordinaire maîtrise de lui-même, de son comportement, et de ses réactions depuis qu’il s’est retrouvé embarqué dans cette galère sans nom.

Un passage aux douanes digne de Chevallier et Laspalès

Il suffit de lire le compte rendu intégral de ses échanges avec la police des frontières australiennes, pour réaliser l’impasse administrative qui le guettait dès sa sortie de l’avion. Une sucrerie délectable, entre un épisode de The Office et le légendaire sketch du train pour Pau de.Chevallier et Laspalès. Plus de quatre heures d’échanges – en comptant les interruptions – à se taper la tête contre les murs, avec un douanier collé à la procédure comme un conseiller Orange qui vous demande indéfiniment de redémarrer la box alors que vous l’avez déjà fait 300 fois.

– « Etes-vous de nationalité australienne ? »

– « Pourquoi venez-vous dans ce pays ? »

– « Donc vous avez une exemption médicale, faites voir. »

– « Refaites voir. »

– « Très bien, très bien. »

Tout ça pour se faire annoncer, après trois heures à poireauter, que la demande de visa est annulée, parce que, « you know », « je ne remets pas en cause ce qui vous a été promis mais, une fois en Australie, c’est le gouvernement fédéral qui décide. Donc là, je vais annuler votre visa, sauf si vous avez des éléments probants à me montrer dans les vingt minutes qui viennent. » Soit le moment précis où on aurait complètement fondu un fusible de notre côté, à égalité avec le « mon shift est fini, une autre personne va s’occuper de votre dossier » asséné à 5h20 du matin par l’officier traitant à un Djokovic interdit. Interdit, mais toujours d’un calme remarquable.

Pas une seule fois au cours de ce dialogue de sourds-muets, alors qu’il est si facile de plonger pour arrogance dans ces cas-là, voire de proposer un petit billet selon la maturité démocratique du pays concerné, pas une seule fois, donc, le Serbe ne laisse échapper un mot irrespectueux.

« Vous me mettez dans une position délicate »

L’homme élastique se fait même aussi doucereux qu’un diplomate consulaire d’une nation endettée jusqu’au cou, s’excusant à plusieurs reprises de confusions bien normales pour qui n’est pas prof de droit constitutionnel à Canberra, et obéissant sans moufter quand on lui explique qu’une place l’attend dans un hôtel pour réfugiés en ville. Un simple « vous me mettez dans une position délicate » au comble de la tension. Chapeau.

A ce stade, Djoko a sans doute compris que l’affaire était devenue politique, mais il ne commet pas l’erreur de se ruer sur son compte Insta pour dénoncer une atteinte aux droits humains ou un scandale humanitaire jamais vu au XXIe siècle. Ni celle de rappeler, l’air de rien, ses dons en faveur du pays lors des grands incendies de 2020, dans un moment de faiblesse démago presque compréhensible. Peut-être a-t-il été aidé par toutes ces séances de méditation prônées par son ancien « gourou » Pepe Imaz, une pratique quotidienne chez le numéro 1 mondial depuis plus de dix ans.

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Son silence prudent sur un dossier aussi inflammable, qui mêle à la fois souveraineté politique et opinion publique, s’est visiblement révélé payant devant la justice. Anthony Kelly, le juge concerné par l’affaire, s’est très vite demandé « ce que cet homme aurait pu faire de plus » pour prouver sa bonne foi​, avant d’ordonner sa libération immédiate.

Une stratégie de com impeccable ?

Là encore, pas de déclaration vindicative ni de déclaration à l’emporte-pièce, un simple tweet depuis la Rod Laver Arena où le boss a déjà installé ses guêtres comme pour montrer qu’il est passé à autre chose : « Je veux rester et tenter de participer à l’Open d’Australie. Je suis heureux et reconnaissant du fait que le juge soit revenu sur l’annulation de mon visa. En dépit de tout ce qui s’est passé, je veux rester et essayer de participer à l’Open d’Australie. Je suis venu ici pour disputer l’un des plus importants tournois devant des spectateurs incroyables. »

Un sans-faute médiatique un peu terni, quand même, par l’activisme délirant de la classe politique serbe et des proches du Djoker, qui ont convoqué une nouvelle conférence de presse lunaire à Belgrade ce lundi, pour célébrer « la plus grande victoire de la carrière de Novak » au milieu des trophées de leur champion et d’un rétroprojecteur qui diffusait en boucle des extraits de ses exploits sur le circuit. Le cirque a duré une bonne demi-heure avant que Djordje Djokovic coupe les micros sous les vivats, quand un journaliste a osé lui demander pourquoi son frère s’était baladé sans masque un peu partout les jours suivant son contrôle positif, le 16 décembre.

La famille Djokovic dans ses ?uvres à Belgrade, le 10 janvier 2021.
La famille Djokovic dans ses ?uvres à Belgrade, le 10 janvier 2021.  - Pedja MILOSAVLJEVIC / AFP

Taisez-vous, papa et maman

Cinq minutes de plus et peut-être qu’Alex Hawke, le ministre de l’Immigration australien qui peut encore décider de renvoyer le numéro 1 mondial à la maison dans le prochain charter, appuyait sur le bouton rouge. Mais, maintenant que l’intéressé est libre de ses mouvements, l’Australie n’a plus rien à gagner à rouler des muscles comme un taureau de combat. A moins d’un mot de travers du garçon, bien sûr. Après tout, ça peut jaillir sans prévenir, comme un jet de raquette malheureux sur un juge de ligne en Grand Chelem.