Coronavirus : A quand une jauge (enfin) intelligente dans les stades en fonction de la situation sanitaire ?

SANTE Le gouvernement a fixé une jauge à 5.000 personnes maximum en dépit du bon sens épidémiologique

Julien Laloye
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Le Parc des Princes à l'été 2020, avec une jauge de 5.000 spectateurs.
Le Parc des Princes à l'été 2020, avec une jauge de 5.000 spectateurs. — FRANCK FIFE / AFP
  • La recrudescence de l'épidémie a conduit Jean Castex à annoncer le retour des jauges dans les enceintes sportives à partir de la semaine prochaine.
  • Les clubs pourront vendre des billets à 2.000 personnes en intérieur et 5.000 personnes en extérieur au maximum
  • Ce chiffre ne tient pas compte des connaissances acquises sur le Covid-19 depuis son apparition en 2020.

C’est un peu le Don Quichotte des causes perdues quand on en vient par hasard à parler de sport au Palais du Luxembourg. Michel Savin, Sénateur LR de l’Isère a promis de déposer au plus tôt un amendement pour infléchir la position du gouvernement sur la jauge à 5.000 personnes dans les stades en extérieurs (2.000 en intérieur), jauge annoncée par le Premier ministre pour le mois de janvier dans le cadre de la lutte contre la pandémie de  Covid-19. Pas de faux espoirs, le président du groupe d’études Pratiques sportives et grands évènements sportifs au Sénat  ne se fait aucune illusion sur l’issue du combat :

« En général, c’est le ministre de la Santé qui me répond et rejette ma proposition avec des arguments que je n’arrive pas à comprendre. Je pensais que le bon sens finirait par prévaloir, mais je vois que non. On continue de penser que mettre 5.000 personnes dans un stade qui peut en contenir 5.000 où les gens seraient les uns sur les autres, c’est la même chose que dans un stade de 50.000 ou 60.000 places. Faisons confiance aux responsables locaux, que ce soit l’État ou les clubs, qui ont réfléchi depuis deux ans à la façon d’accueillir du public dans des meilleures conditions sanitaires possibles ».

Le même raisonnement malgré les études scientifiques

On se croirait revenus à l’été 2020, quand les stadiums managers de L1 ou du top 14 se trituraient le cerveau pour convaincre le gouvernement d’augmenter la jauge à 40 ou 50 % à la rentrée. « Ça fait un moment qu’on essaye de travailler avec mes confrères des autres clubs pour répondre à tout un tas de questions d’ordre logistiques et sanitaires confiait alors à 20 Minutes Xavier Pierrot, stadium manager de l’Olympique Lyonnais. On sait par exemple que ce sera plus facile de gérer un certain afflux pour les stades plus grands que les petites enceintes, pareil pour les stades disposant de plus de portes d’accès et de moyens de transport diversifiés ».

C’était bien la peine de se cailler le lait : 18 mois plus tard, la réflexion gouvernementale n’a pas évolué d’un pouce. Cette fameuse jauge de 5.000 spectateurs correspond dans les faits à la définition d’un évènement public nécessitant une déclaration préalable auprès de la préfecture. En 18 mois, pourtant, la science a largement évolué dans sa compréhension de la transmission du virus, quel que soit le variant concerné. Ainsi la théorie du péché originel, à savoir la fameuse bombe épidémiologique constituée par la rencontre entre l’Atalanta Bergame et Valence en 8es de finale de la Ligue des champions en février 2020, a depuis été largement amendée par les experts.

La jauge des 4m2 aussitôt oubliée

« A cette époque, il n’y avait pas encore les gestes barrières ni les masques, mais c’est surtout lors de la 3e mi-temps dans les bars que les gens s’étaient principalement contaminés, pas nécessairement dans le stade, nous expliquait récemment l’épidémiologiste Antoine Flahault. Jusqu’à présent, les mieux extérieurs sont des milieux diluant les particules, donc pas très propices à la propagation du virus ». Aucune étude scientifique n’a encore identifié de sur risque de contamination lors d’évènements sportifs en extérieur. Emmanuel Macron lui-même l’avait reconnu implicitement en novembre 2020, lorsqu’il avait reçu les acteurs du monde sportif à l’Elysée.

La ministre déléguée aux sports Roxana Maracineau s’était à l’époque réjouie dans nos colonnes de l’adoption du principe d’une jauge adaptée au pourcentage de l’enceinte plutôt qu’un chiffre absolu : « Le résident a acté que ce retour se fera à partir de l’année prochaine, en prenant en compte une jauge relative, sur un périmètre de distance les uns par rapport aux autres. La piste d’un spectateur tous les 4 m2 a été évoquée, c’est-à-dire la distanciation avec le port du masque et le respect des gestes barrières ». Une bonne résolution aussitôt oubliée, comme toutes les autres, à cause de l’arrivée du variant Delta.

Il a fallu attendre le mois de juin 2021 et le match amical entre la France et la Bulgarie pour voir 5.000 personnes au Stade de France. 5.000 personnes toutes rassemblées de la même tribune, comme lors de la première rencontre du monde d’après entre le Havre et le PSG en juillet 2020, ce qui n’avait pas manqué de faire sourire jaune les observateurs. « J’entends la nécessité de prendre des mesures au vu de la situation épidémique [208.000 cas le 29 décembre selon Olivier Véran], mais si c’est pour mettre les gens au même endroit, soupire Michel Savin… D’autant qu’avec le pass vaccinal qui va être mis en place dans les prochains jours et le port du masque obligatoire, on pourrait évoquer des jauges à un pourcentage acceptable. Mais je ne sais pas combien pèse le sport dans les discussions qui ont lieu ».



Des supporters perdus pour la cause ?

Un cochon d’Inde anorexique au mieux, même si Jean-Michel Blanquer, le ministre de tutelle de Roxana Maracineanu, rétorquera certainement que l’État a pris sa part, avec plus de 100 millions d’euros versés à titre de compensation de billetterie aux clubs professionnels en 2020 et en 2021. Un coussin d’air financier qui explique certainement l’attitude plutôt passive des acteurs depuis les annonces gouvernementales. Pourtant, ces derniers, occupés à compter leurs pertes pour janvier – petite pensée pour l’OL qui devait recevoir le PSG et l’ASSE à guichets fermés – devraient savoir que si l’exécutif ne mollit pas pour ordonner des jauges à la logique biscornue, il est beaucoup moins prompt à se déjuger ensuite.

Après deux mois de répit à l’été 2020, l’État avait décidé d’un retour à huis clos pour toute la saison dernière sans jamais remettre le sujet sur le tapis. Ainsi, quand on entend Luka Karabatic « se consoler en disant que malgré tout 2.000 personnes pour assister aux matchs de préparation pour l’Euro de hand, ce n’est pas rien, même si la communion avec le public pour notre retour des JO​ tombe à l’eau », on se dit que le lien avec les fans – pas les abrutis  qui mettent le boxon, hein – va finir par casser à force de se distendre. Ainsi, sur les réseaux sociaux, ils sont nombreux à se demander pourquoi ils ont joué le jeu du vaccin si c’est pour finir privés de dessert sur le canapé du salon dès qu’un variant apparaît, ce qui semble nous pendre au nez dans les années qui viennent.

Une mesure sans doute prolongée

Le pire là-dedans ? Les handballeurs tricolores ne seront peut-être pas les plus mal lotis à la fin. C’est une affaire de jours avant de comprendre que le tournoi des VI nations, par exemple, ne pourra certainement se dérouler qu’à huis clos, et qu’on a de la chance si 5.000 péquins peuvent se rendre au Parc des Princes pour le match aller contre le Real Madrid à la mi-février.

Encore que ça ne se joue pas à grand-chose. Il aurait peut-être suffi que le président de la République aime le PSG autant qu’il aime le tennis : lors du dernier Roland-Garros, un coup de fil salvateur de l’Elysée avait permis à la demi-finale dantesque entre Nadal et Djokovic d’aller à son terme en présence du public malgré le couvre-feu. L’OM en Europa Ligue conférence, c’est sûr que c’est moins sexy.