XV de France : « On peut faire mal ensemble », lâche Jalibert à propos de son duo avec Ntamack

INTERVIEW Matthieu Jalibert, demi d’ouverture des Bleus, se confie à 20 minutes avant le test match contre la Géorgie dimanche

Propos recueillis par Julien Laloye
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Matthieu Jalibert, le 6 novembre 2021 face à l'Argentine.
Matthieu Jalibert, le 6 novembre 2021 face à l'Argentine. — FRANCK FIFE / AFP
  • Matthieu Jalibert évoluera devant le public girondin qui l'a vu grandir pour le deuxième test match face à la Géorgie.
  • L'ouvreur tricolore s'attarde pour 20 minutes sur son association avec Romain Ntamack, qui devrait avoir une deuxième chance après une première mitigée contre l'Argentine.

 

Il est l’autre joueur frisson des Bleus. Celui à qui le staff essaie à tout prix de trouver une place sur le terrain, parce qu’un talent pareil sur le banc, c’est du caviar aux cochons. Matthieu Jalibert, qui évoluera devant son public de toujours face à la Géorgie dimanche, revient pour 20 minutes sur son association avec Romain Ntamack, laquelle devrait avoir une seconde chance après une première mitigée face à l’Argentine, selon les dernières mises en place à Marcoussis.

Ça fait quoi de se dire qu’on va jouer avec les Bleus dans la ville où on a appris le rugby ?

C’est difficile de savoir comment on va gérer ses émotions le jour d’un match si spécial, mais c’est beaucoup de plaisir et beaucoup d’excitation, forcément. Bon, ce n’est pas notre stade habituel, mais je sais que de nombreux supporters de l’UBB seront là.

Les amis et la famille ont déjà préempté toutes les places du Matmut Atlantique ?

On a déjà anticipé (sourire). Il y a un quota mais pour toutes les personnes qui me sont chères, on va trouver un moyen. Ceux qui ne sont pas sur Bordeaux, je les ai déjà invités pour le match contre l'Argentine.

Votre rapport aux supporters, à la ville, ça a joué dans votre choix de rester à l’UBB ?

Oui, c’est important d’avoir un environnement positif autour de moi. Bordeaux, c’est à la fois une ville de connaisseurs de rugby, mais une ville où on est assez tranquilles. Les gens sont bienveillants, c’est plutôt plaisant. J’ai lu beaucoup de choses dans la presse sur des clubs qui me voulaient, mais c’était difficile de me projeter ailleurs. J’ai la chance d’être dans un club en plein développement, avec un président qui veut construire autour de moi, les choses ont toujours été claires dans mon esprit. 

Vous vous voyez être l’homme d’un seul club ?

Je ne peux pas répondre à cette question aujourd’hui. C’est sûr que j’ai tout connu à l’UBB, je suis arrivé à 9 ans… Mais dans une carrière ça va tellement vite, il y a tellement de rebondissements, c’est difficile de savoir si je vais rester toute ma carrière.

Vous êtes en tout cas l’homme d’un seul poste, celui de demi d’ouverture. Est-ce que vous avez l’impression d’avoir gagné votre duel à distance avec Romain Ntamack pour être le numéro 10 des Bleus, même temporairement ?

Honnêtement, non, je ne vois pas les choses comme ça. Je vois plutôt la recherche du staff qui essaie de trouver d’autres associations de joueurs qui peuvent amener des choses positives à l’équipe. Et c’est plus facile de décaler Romain en numéro 12 que l’inverse. Pour moi, c’est plutôt une marque de confiance pour nous deux que d’essayer de trouver des solutions pour qu’on soit ensemble sur le terrain, et qu’il y ait une plus-value pour l’équipe.

Les médias ont beaucoup glosé sur ce duo avant et après l’Argentine, qu’en avez-vous pensé sur le terrain ?

Disons qu’on ne s’est pas trouvés de la meilleure manière possible. Mais c’est dû aussi au fait que les Argentins nous ont privés de ballons rapides en première mi-temps. Ça a été compliqué de mettre de la vitesse et se retrouver dans les conditions où on s’épanouit le plus avec Romain. C’est très difficile de juger notre association seulement sur 50 minutes.

Le staff partageait le même avis, lors du débriefing lundi ?

A la fin du match, on était tous les deux un peu déçus de ce qu’on avait produit, mais l’analyse vidéo a montré qu’il ne fallait pas juger trop à chaud. On a tout de même constaté qu’on avait réussi à mettre en place des systèmes qu’on avait travaillés pendant les deux semaines d’entraînement en commun. Il y a eu plusieurs situations où il n’a pas manqué grand-chose pour que le choix devienne positif plutôt que négatif : quelques automatismes, des petits placements, des connexions qui viennent en enchaînant les matchs. Finalement, on était assez contents de ce qu’on a proposé en attaque.

Vous comprenez que les observateurs soient plus sceptiques après cette première mitigée ?

C’est très français, ça, de vouloir jeter un truc après un premier test parce que ça n’a pas marché comme espéré. La seule chose que je peux dire, c’est qu’à l’entraînement ça se passe super bien, on sent qu’on se trouve de mieux en mieux de semaine en semaine. En dehors du terrain, on s’entend très bien aussi avec Romain. Le jour où on va réussir à trouver de bons automatismes ensemble, ça peut faire mal.

Face aux Argentins, vous avez semblé vous libérer en seconde période, comme toute l’équipe. Votre dégagement manqué sur le premier essai encaissé ne vous a jamais ébranlé ?

C’est une énorme erreur de concentration de ma part, déjà. Je regardais à droite, et Matera s’est décalé au dernier moment, je ne l’ai pas vu. J’aurais dû prendre plus de recul. C’est sûr qu’un essai à zéro passes comme ça, ça fait chier. Mais personne ne m’en a voulu, il y a tout de suite eu un discours très positif autour de moi. On sentait que dès qu’on mettait la main sur le ballon, on trouvait la solution. Et ça, c’est confirmé quand on a mis plus d’impact physique en deuxième mi-temps.

Avez-vous eu peur malgré tout de payer votre « gaffe » en sortant ? Y a-t-il eu un ouf de soulagement quand vous avez vu que Romain était remplacé et pas vous ?

Non. Je ne me concentre pas sur ce genre de choses. Si l’un des deux sort, c’est le choix des entraîneurs. Moi je pense à la meilleure façon d’aider mes coéquipiers.

Ce match à Bordeaux compte pour vous plus que d’autres. Mais comment ne pas penser aux Blacks dès maintenant ?

On sait très bien que le troisième test va être important et qu’il y a beaucoup d’attentes autour du XV de France. Mais ce serait se tromper d’objectif que de penser aux Blacks tout de suite. On va rencontrer une équipe géorgienne qui a un style de jeu proche de celui des Argentins, et il faudra montrer qu’on a progressé dans notre jeu, qu’on a trouvé des repères qui nous aideront à nous préparer pour ce fameux dernier test.