Premier League : Au-delà des polémiques, les fans de Newcastle rêvent tout haut après le rachat controversé du club

FOOTBALL L'actuel avant-dernier de Premier League est passé sous le contrôle d'un consortium mené par un très opulent fonds saoudien

Nicolas Stival
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La folie à St James' Park à Newcastle le 7 octobre 2021, lors de l'annonce de la vente du club.
La folie à St James' Park à Newcastle le 7 octobre 2021, lors de l'annonce de la vente du club. — AFP
  • Depuis le 7 octobre, Newcastle a changé de main, pour tomber dans l'escarcelle d'un consortium dominé par un richissime fonds saoudien.
  • Anciens joueurs et supporteurs de l'ancien club de Paul Gascoigne, David Ginola et Alan Shearer se prennent à rêver après des années de vaches très maigres.
  • Ils assurent ne pas craindre pour l'identité des très populaires Magpies, malgré le caractère sulfureux du repreneur.

Imaginez un enfant privé de cadeaux depuis des années, et qui se retrouve soudain dans un magasin de jouets avec un crédit quasi illimité. C’est, depuis le 7 octobre, la vie par procuration des supporteurs de Newcastle, club historique du foot anglais, mais en pleine décrépitude.

Après un feuilleton de plus d’un an, la Premier League (PL) a autorisé le rachat des Magpies, actuels avant-derniers du championnat, pour plus de 350 millions d’euros, par un consortium comprenant le fonds d’investissement public (PIF) saoudien, PCP Capital Partners et les frères David et Simon Reuben. Le richissime PIF s’adjuge à lui seul 80 % des parts du club.

Amnesty International s’est offusqué, comme la fiancée de Jamal Khashoggi, journaliste assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en 2018. Mais promis, juré, craché, la PL a « reçu des garanties légalement contraignantes que le Royaume d'Arabie saoudite ne contrôlera pas le club de Newcastle United ». Les apparences sont sauves, les concurrents peuvent pester dans le vide et la métropole de 300.000 habitants au nord-est de l’Angleterre nourrir des rêves de gloire.

« La plupart des fans n’ont pas beaucoup dormi en attendant les nouvelles et l’officialisation de la prise de contrôle, lance Samantha Rees, qui gère la page Facebook Newcastle United FC Fans, suivie par quelque 115.000 personnes. Nous sommes tellement contents. » Cette joie débordante et houblonnée s’est répandue autour du bouillant Saint James’Park, à peine l’annonce du rachat tombée.

Une ferveur intacte malgré des résultats en berne

« C’est pour moi le plus beau stade du pays, celui où il y a le plus de ferveur », s’enflamme Laurent Robert, l’un des Français qui a le mieux réussi chez les Magpies entre 2001 et 2006, parmi une innombrable et disparate légion tricolore, de David Ginola à Gabriel Obertan. « J’ai suivi le dossier de très, très près. J’ai reçu beaucoup de messages de supporteurs et je suis très content de les voir heureux. »

Car si les Geordies ont toujours adoré leur club, il y a longtemps que celui-ci ne leur rend plus cet amour. Le dernier titre (hormis les folkloriques Coupes des villes de foire et Intertoto) remonte à la Cup glanée en 1955. Le tournant du millénaire a été trépidant (deuxième place du championnat en 1996 et 1997, finales de Cup 1998 et 1999), autour de figures charismatiques (Alan Shearer sur le terrain, Bobby Robson sur le banc).

Mike Ashley, propriétaire honni

Mais, à quelques sursauts près, Newcastle traîne sa peine depuis l’arrivée aux commandes à l’été 2007 du milliardaire britannique Mike Ashley, aussi populaire chez les fans que Voldemort à Poudlard. Avec même deux courts passages en Championship.

« Enfin, on ne va plus lutter pour le maintien, souffle Jonathan, jeune Français de 25 ans animateur du compte Twitter Newcastle United France depuis la Saône-et-Loire. Beaucoup de supporteurs voulaient le départ d’Ashley, c’est un grand moment. A la fin des années 1990, nous étions un grand club. Ce serait bien de retrouver cette splendeur. »

« Nous n’avons jamais pensé gagner quelque chose dans le passé, embraie Samantha Rees. Ce que nous avons toujours voulu, c’est une équipe qui tente de le faire. » Jolie formule, qui parlera à tous les fans de formations dont l’armoire à trophées prend la poussière depuis le mandat de René Coty. Mais la nouvelle femme forte du club, Amanda Staveley, préfère adopter un ton de « winneuse ». « Bien sûr nous avons les mêmes ambitions que Manchester City et le PSG en termes de trophées, mais cela prendra du temps », a-t-elle lâché au Daily Mail.

Chamboulements à venir

Abou Dhabi (City), Qatar (Paris), Arabie saoudite… La Ligue des champions risque de ressembler ces prochaines années à une partie géante de Risk. « On a vu ce qui s’est passé au PSG, à City et dans d’autres clubs un peu partout en Europe, c’est une bonne chose, assure Laurent Robert, totalement focus sur le volet sportif. Le club était en difficulté ces derniers temps, les nouveaux investisseurs vont apporter quelque chose de grand. »

Alors, bientôt fini les soirées glaciales à Saint James’Park, un fish and chips à la main et une pinte de l’autre, à espérer qu’un coup de reins d’Allan Saint-Maximin égaye le morne quotidien de l’équipe dirigée par Steve Bruce ? Oui, sans aucun doute. Depuis l’annonce du rachat, les noms se bousculent. Frank Lampard, Lucien Favre ou Antonio Conte comme successeur de Bruce, pour diriger Nabil Fekir, Jesse Lingard, Eric Bailly ou Anthony Martial… Newcastle ne tape pas encore dans le gotha, mais ça ne devrait pas tarder.

« J’ai bien eu deux ou trois réactions de fans qui craignaient que l’on devienne un club où les joueurs ne viennent que pour l’argent, c’est un risque, assène le Français Jonathan. Mais encore une fois, la plupart des gens sont contents. L’idéal serait de se qualifier pour l’Europe dans les trois à quatre ans à venir, et d’être champion dans cinq ans. » Quand on ne l’a plus été depuis 1927, on peut encore patienter un peu.

« Les fans d’autres équipes sont jaloux »

Mais sinon, la fibre populaire d’un club vieux de 129 ans ne va-t-elle pas se dissoudre au contact des pétrodollars ? On se souvient encore des réactions outrées des supporteurs des six clubs anglais désireux d’intégrer la lucrative mais inique Super Ligue, qui avaient débouché sur la mise sous l'éteignoir du projet. « Les repreneurs sont des personnes très intelligentes qui vont faire en sorte que l’identité demeure, mais en apportant des nouveautés, veut croire Laurent Robert. On parle d’une ville ouvrière, avec un public fidèle qui remplit le stade à chaque match. Ce club va grandir. »

« On sait que des fans d’autres équipes sont jaloux, pique Samantha Rees. Nous avons suivi nos joueurs à domicile comme à l’extérieur, nous avons vu du football affreux. Nous les avons soutenus à travers les moments difficiles. Nous aurons toujours notre histoire, et ne l’oublierons jamais. »

Allez, on tente le coup : et les droits humains dans tout ça ? « C’est une folie que les gens critiquent maintenant Newcastle », riposte la fan absolue du club qui a enfanté Paul Gascoigne. Laquelle dégaine l’exemple de Sheffield United, repris en 2019 par un prince saoudien sans que cela ne déclenche une vague d’indignations, du Mondial russe en 2018 et de la Coupe du monde à venir au Qatar, pour laquelle la planète se passionnera sans trop penser aux ouvriers morts en construisant des stades. Cela ressemble donc à ça, une réponse imparable ?