Ligue 1 : C’est pour quand, le premier match « zéro carbone » en France ?

FOOT ET ENVIRONNEMENT Ce dimanche à Londres, Tottenham accueillera Chelsea pour une rencontre de Premier League présentée comme le « premier match de football au monde à bilan carbone nul »

Nicolas Stival
— 
Un derby Lens - Lille à zéro émission de carbone, simple question de temps ou utopie ?
Un derby Lens - Lille à zéro émission de carbone, simple question de temps ou utopie ? — François Greuez / Sipa
  • Ce dimanche, les Spurs de Tottenham organisent « GameZero » lors du derby contre Chelsea, qui se veut le premier match du monde « à bilan carbone nul ».
  • Les acteurs du football français tentent aussi de diminuer l’empreinte écologique de leur sport.
  • Les déplacements de supporteurs, réduits à néant pendant de longs mois pour cause de Covid-19, représentent la principale source d’émission de CO2 selon les experts.

Si vous prenez la voiture pour aller acheter une baguette à 200 m de chez vous, ou si vous balancez encore vos bouteilles en plastique ailleurs que dans la poubelle jaune, vous n’êtes pas les bienvenus ce dimanche à White Hart Lane. Pour la réception de Chelsea en Premier League, Tottenham s’est associé au gouvernement britannique et au diffuseur Sky afin de proposer « le premier match de football au monde à bilan carbone nul ». Ou « GameZero », en VO et en toute simplicité.

Hugo Lloris et Harry Kane d’un côté, Thiago Silva et Romelu Lukaku de l’autre, arriveront au stade dans des cars roulant au biocarburant, et boiront dans des récipients en carton. Les fans de ces deux clubs londoniens sont invités à venir à vélo ou en transports en commun et à recycler leurs déchets. Vraie prise de conscience ou opération de com' sur fond de greenwashing ? Sûrement un peu des deux. Mais cet événement adoubé par les autorités confirme que les préoccupations environnementales s’infiltrent partout, jusque dans les vestiaires des équipes pros.

En vélo au Parc OL

« Il y a une vraie volonté des clubs de Ligue 1 de réduire leur empreinte carbone, tout le monde a compris qu’il fallait changer de modèle », assure Julien Pierre. L’ancien international de rugby a lancé en novembre dernier « Fair Play for Planet », « le premier label vert pour les événements sportifs et les clubs », et travaille notamment avec Lyon en Ligue 1 et Le Havre en Ligue 2. Parmi les mesures engagées du côté de Décines, l’ex-deuxième ligne cite la piste cyclable qui mène « à un parking à vélos fermé de plus de 500 places » au Parc OL, ce dont ne disposent encore que « très peu de stades » en France.

Une telle structure pourrait ressembler à un gadget devant la gravité de l’enjeu climatique. Pas tant que ça, selon Pierre, étant donné que « les déplacements de supporteurs représentent entre 60 et 80 % du bilan carbone total d’un match ». Dans ce cas, forcément, l’Angleterre et ses 188 chocs londoniens par saison est favorisée par rapport à la France, un pays où un match entre Toulouse et Bordeaux est considéré comme un derby malgré les 240 km qui séparent la cité des Chevaliers du Fiel de celle de Pierre Palmade.

Les Sang et Or se mettent au vert

Entre Lens et Lille en revanche, il y a « seulement » une quarantaine de bornes, et les deux rivaux du Nord s’affrontent ce samedi à Bollaert. Alors oui, il n’y a pas de métro dans la sous-préfecture du Pas-de-Calais, mais cela n’empêche pas le club Sang et Or de penser l’avenir en vert « Nous allons faire de gros efforts dans les années à venir, notamment avec notre propre fonds de dotation et le soutien de certains partenaires », relève Fabien Simon, directeur du pôle fidélité et engagement du Racing, en charge du dossier.

Concrètement, le club tend déjà vers le « zéro phyto » pour l’entretien de sa pelouse et va « dans les deux ans » remplacer son éclairage par des LED moins énergivores. Il a mis en place des poubelles de tri pour ses salariés et des récupérateurs d’eau à Bollaert.

Mais le meilleur reste à venir, selon Simon, à destination des fans : « On pense à intégrer, d’ici un ou deux ans, une fonction de covoiturage à notre appli. Pour les gens qui viennent d’assez loin, on veut s’appuyer sur le réseau Tadao avec des navettes électriques gratuites, et un arrêt à 100 m du stade. Nous incitons déjà les supporteurs à venir en groupe. On préfère avoir un car avec 60 personnes que 60 personnes dans 60 voitures. » « Il y a beaucoup de concertations avec la Ligue », ajoute le responsable lensois.

L’alimentation dans les stades également ciblée

« La LFP s’appuie sur le réseau des référents RSE [responsabilité sociétale des entreprises], avec un référent identifié par club, qui est réuni et sollicité très régulièrement tout au long de l’année », confirme l’instance, qui travaille notamment avec le WWF France.

« Fiches pratiques » en 2019, « charte de la restauration dans les stades » en juillet 2021… Documents et visioconférences ont fleuri ces dernières années pour inciter les 40 clubs de L1 et L2 à aller vers « le zéro plastique », « le zéro déchet » et « une alimentation responsable », à base de produits régionaux. Rien ne sert d’encourager les supporteurs à venir au stade à vélo si c’est pour leur proposer de l’agneau néo-zélandais…

Moins de sous pour les moins écolos

Et s’il y a des récalcitrants, il reste la bonne vieille méthode consistant à taper au porte-monnaie, à travers l’octroi de la licence club. « Elle conditionne une partie des droits TV redistribués aux clubs, explique la LFP. Parmi les critères figure déjà un volet "stade écoresponsable" qui inclut entre autres le tri des déchets, la mise en place de gobelets réutilisables ou encore la collecte d’eau de pluie. »

Libre à chacun de prendre des initiatives locales. « Ce ne sont que des idées, mais on peut imaginer qu’à chaque but que notre équipe marque, on va planter 10 arbres, reprend le Lensois Fabien Simon. Ou bien, pour inciter les supporteurs à reprendre leurs déchets à la fin du match, on installe une benne derrière les tribunes, et chaque fois qu’un kilo est récolté, un mécène ou le club verse 100 euros à une association. »

Si une entreprise ne peut atteindre la neutralité carbone en évitant ou en réduisant les émissions, il lui reste en effet la compensation, pour « améliorer » un écosystème et capter plus de CO2. Car certaines pratiques polluantes, comme le transport aérien, restent incontournables, à moins d’être footballeur pro en Andorre.

« En tant qu’ancien sportif de haut niveau, je ne me vois pas dire à une équipe de prendre systématiquement le bus, car un athlète a besoin de récupérer, glisse Julien Pierre, finaliste de la Coupe du monde 2011 avec le XV de France. En revanche, un trajet en avion pour rester 20 minutes en l’air, c’est débile. Tout comme faire rouler le car à vide, pour récupérer l’équipe à l’aéroport et l’amener au stade ou à l’hôtel. »

L’avion oui, mais seulement pour aller très loin

L’ancien rugbyman a lâché cette remarque avant le mini-scandale du voyage du PSG à Bruges soulevé par Le Soir (qui rappelle en toute impartialité que le club belge avait agi de même voici deux ans pour se rendre au Parc des Princes). « Jamais on n’ira en avion à Paris, promet Fabien Simon. Quand la distance avec Lens est inférieure à 400 km, on se déplace en bus. C’est le cas aussi pour les matchs à Lille, Reims ou Metz. Et quand l’équipe doit prendre l’avion, on loue des bus sur place pour les trajets entre l’aéroport et le stade. »

La LFP a fait ses comptes, en tout cas pour la saison 2019-2020 de L1 et L2 : « 65 % des trajets ont été effectués en avion, 31 % en bus et 4 % en train ». Mais « 66 % des clubs » se disaient prêts lors de cette étude menée en avril 2020 à prendre leur car « pour les trajets inférieurs à 4 heures », quand ils ne le faisaient pas déjà.

Très cher train

A première vue, le rail ressemble à une solution rêvée pour réduire l’empreinte carbone d’une équipe. Mais il y a un gros hic, toujours selon la LFP : « cette solution entraînerait un surcoût extrêmement important pour les clubs en matière de transports. » Car il s’agirait carrément de privatiser le train… Ce n’est donc pas demain la veille que les supporteurs du PSG attendront Kylian Mbappé à la gare de l’Est quand il reviendra de Strasbourg.