PSG : Elle vaut quoi, la série documentaire d’Amazon pour les 50 ans du club ?

FOOTBALL Le géant américain a mis en ligne en fin de semaine dernière les derniers épisodes de sa série documentaire « PSG Ô Ville Lumière »

Nicolas Camus
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Les tribunes du Parc des Princes lors de PSG-Strasbourg, le 14 août 2021.
Les tribunes du Parc des Princes lors de PSG-Strasbourg, le 14 août 2021. — LIONEL URMAN/SIPA

Pas facile d’entrer dans l’intimité du PSG. Le club, engagé dans un développement sans limite depuis l’arrivée des Qataris en 2011, tient à garder au chaud ses rouages internes, alors qu’il est en train de devenir une marque mondiale sous l’impulsion de recrues hors-norme. Alors quand on a reçu l’invitation d’Amazon pour le lancement des trois derniers épisodes de son documentaire sur le club parisien, après la diffusion du premier (une immersion dans le groupe pendant le Final 8 de la Ligue des champions à Lisbonne) il y a un an, on se demandait un peu sur quoi on allait tomber.

« J’ai toujours de la pudeur par rapport au vestiaire »

D’ailleurs, si Leonardo avait eu le dernier mot à chaque fois, la série n’aurait pas existé. Ou alors son résultat final se serait limité à des joueurs montant dans l’avion, au mieux jouant aux cartes dans leurs chambres. Pas franchement sexy, le directeur sportif en convient en rigolant aujourd’hui. « Je suis un problème pour eux [les réalisateurs], parce que j’ai toujours de la pudeur par rapport au vestiaire, aux salles de réunion, expliquait-il la semaine dernière lors de la présentation au Parc des Princes. C’était un cauchemar pour eux au Portugal, on a essayé de tout couper. Je sais que c’est important d’avoir l’intimité, mais j’ai un peu de mal. »

Ça, le show runner Manuel Herrero, comme les deux réalisateurs Benjamin Montel et Sebastian Perez Pezzani, le savaient très bien avant de se lancer dans l’aventure. En résumé, vous êtes les bienvenus, mais pas chez vous non plus. « Quand tu t’attaques à une équipe comme le PSG, évidemment que parfois tu prends des murs, c’est normal, raconte Montel. Mais on a aussi eu de super surprises, on a passé beaucoup de temps avec les joueurs, on a pu faire de très longues interviews, avec des gars qui n’étaient pas habitués à être interrogés comme ça. »

De toute façon, les trois hommes, qui travaillent pour l’agence CAPA, n’étaient pas là pour filmer Nasser Al-Khelaïfi et Jean-Claude Blanc s’engueuler, si jamais cette scène a existé un jour. Cette série a vu le jour pour célébrer les 50 ans du club, créé en 1970. Ralenti par le Covid, le tournage a repris la saison dernière, pour aboutir donc à trois nouveaux épisodes – disponibles depuis vendredi sur la plateforme du géant américain, davantage tournés l’histoire du PSG, ses grandes figures et ce qui en définit l’identité.

De ce point de vue, l’épisode 2, intitulé « Les enfants du Parc », est à nos yeux le plus intéressant. Car le plus intime. Il nous emmène à Bondy, avec un Kylian Mbappé visiblement ému, et suit Timothée Pembélé (19 ans, prêté à Bordeaux cette saison) qui va rendre visite à ses potes d’enfance dans le Val-d’Oise. Tous portent le maillot de la fierté locale, qui a fait ses débuts chez les pros l’an dernier. « La banlieue, c’est là où ça sort, où tout pousse », commente Presnel Kimpembe, fil rouge de ces 50 minutes en tant qu’étendard de la formation parisienne.

Jeunesse et « devoir de mémoire »

« Paris, peut-être plus que n’importe quelle autre ville, est tellement cosmopolite que tout ce qu’il se passe ici est un peu mondial. C’est pour ça qu’il est très important pour nous de garder cet ancrage parisien, de faire attention à la transmission, appuie Leonardo. Il peut venir n’importe qui, de n’importe où, on veut garder la racine du club. » C’est pour ça que les responsables des équipes de jeunes sont chargés de quelques rappels historiques, quand « le devoir de mémoire est un peu oublié », sourit Vincent Guérin, vainqueur de la Coupe des Coupes en 1996 et aujourd’hui entraîneur adjoint des U19.

C’est pour ça aussi que l’importance de Kimpembe s’étend au-delà du terrain. Le vice-capitaine du PSG, champion du monde, s’est semble-t-il pris au jeu au fil d’interviews qui le changeaient un peu de l’ordinaire. « C’était pas rare qu’il arrive en ne voulant qu’à moitié le faire, et au moment de partir il me serrait dans ses bras parce que ça lui faisait du bien d’aborder des sujets dont il ne parle jamais avec personne, assure Benjamin Montel. Parfois les mecs se moquaient parce que j’essayais un peu trop de les psychanalyser, mais au final je crois que ça a été une bonne expérience pour eux. »

Presnel Kimpembe lors de la qualification du PSG face au Bayern en quarts de finale de la Ligue des champions en mars 2021.
Presnel Kimpembe lors de la qualification du PSG face au Bayern en quarts de finale de la Ligue des champions en mars 2021. - Dave Winter/Shutterstock/SIPA

Une matière première de grande valeur, qui aurait mérité selon nous une plus grande place encore dans le récit. Mais il y avait des cases à remplir, dans un format somme toute assez court. L’épisode 3, « Esprit de conquête », se penche sur la rivalité naissante avec le Barça, l’ambition affichée de gagner la Ligue des champions mais aussi la stratégie pour gagner du terrain à l’international. La série ne révolutionne pas le genre, mais a le mérite de balayer assez large pour contenter tout le monde. Et surtout de permettre de revoir quelques têtes connues. Rai, Ronaldinho, Ibrahimovic ou Beckham apparaissent à l’écran au fur à et à mesure des épisodes, pour une richesse de témoignages sur le club assez inédite.

« Evidemment que le football est une planète un peu à part »

Difficile de ne pas ressentir une tendresse particulière pour l’Anglais, resté même pas un an et qui parle toujours du Parc, où il a disputé le tout dernier match de sa carrière en 2013, avec des étoiles dans les yeux. « Paris a été une phase importante dans ma carrière et dans ma vie. J’ai l’impression d’y avoir joué 16 ans, pas 6 mois », dit-il avec une apparente sincérité.

Typiquement la came de Manuel Herrero, connu notamment des téléspectateurs de Canal + pour avoir raconté pendant plus de dix l’impact du sport à travers le monde dans l’émission « Les nouveaux explorateurs ». « Evidemment que le football est une planète un peu à part, de par les enjeux, l’exposition, la médiatisation. Mais les ressorts intimes de ceux qui y participent restent les mêmes. Ce sont des parcours, des histoires humaines, estime-t-il. Ça c’est commun à tous les sports, et c’est ce qui m’intéresse. » Le discours est rodé. On imagine qu’il fallait au moins ça pour convaincre Leonardo.