Ultra-Trail du Mont-Blanc : Quel impact a eu le premier décès d’un coureur depuis 2003 sur cette édition ?

MONTAGNE Après le décès d'un coureur tchèque le 25 août sur la TDS, l'organisation de l'UTMB a choisi de maintenir ses autres épreuves, dont sa course reine de 171 km, conclue dimanche à Chamonix

Jérémy Laugier
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Aux côtés de sa compagne avant le départ de l'UTMB vendredi, Hruska Zdenek a rendu un vibrant hommage à son ami décédé deux jours plus tôt durant la TDS.
Aux côtés de sa compagne avant le départ de l'UTMB vendredi, Hruska Zdenek a rendu un vibrant hommage à son ami décédé deux jours plus tôt durant la TDS. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Lancé depuis 2003, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc a été endeuillé pour la première fois mercredi dernier, après la chute fatale d’un coureur tchèque de 35 ans sur la TDS (145 km).
  • L’organisation de l’UTMB a tenu à ne pas annuler la suite de sa semaine, conclue dimanche après-midi par l’arrivée des coureurs amateurs sur l’épreuve reine de 171 km (10.000 m de dénivelé positif).
  • Comment coureurs, proches et organisateurs ont-ils finalement vécu cette édition 2021 après ce drame ?

De notre envoyé spécial à Chamonix,

« C’était chaque année notre phobie. » Co-fondatrice de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2003, Catherine Poletti raconte avoir redouté ce jour depuis 18 ans. Jusque-là épargnée malgré une affluence ayant progressivement grimpé à 10.000 traileurs, sa course a été  endeuillée dans la nuit du 24 au 25 août. A 0h25, un coureur tchèque de 35 ans, inscrit sur la TDS (Traces des Ducs de Savoie, 145 km et 9.100 m de D +), a en effet été victime d’une chute mortelle dans la descente du Passeur de Pralognan (Savoie), environ au km 62. Cette section très difficile du parcours avait déjà été au programme à plusieurs reprises lors des 11 premières éditions de la TDS.

Si les 293 participants ayant déjà passé cette difficulté ont pu aller jusqu’au bout de leur défi, les 1.200 traileurs situés en amont de la chute ont été « neutralisés » pour organiser au mieux les secours, avant d’être contraints à l’abandon et à redescendre vers Bourg-Saint-Maurice. A 19 heures, le mercredi 25 août, les organisateurs, « profondément attristés », annoncent dans un communiqué : « Malgré une TDS endeuillée, l’UTMB 2021 continue ». Mais comment les milliers d’inscrits pour les courses suivantes, à savoir l’OCC, la CCC, puis surtout l’épreuve reine UTMB (171 km et 10.000 m de D +) ont-ils vécu ce drame avant de s’élancer à la conquête du Mont-Blanc ?

Des précédents tragiques à La Réunion et en Chine

« J’ai beaucoup pensé à ce tragique accident et ça a vraiment touché tous les coureurs, indique Charles Mahon de Monaghan, coureur amateur ayant bouclé l’UTMB dimanche matin en moins de 38 heures. Ça rappelle que quelles que soient les conditions, même quand on est entraînés et avec du matériel, la montagne est toujours dangereuse. J’ai déjà participé à des épreuves où des coureurs s’étaient tués dans le passé. On sait que ça peut arriver dans le monde de l’ultra-trail. » Heureusement peu nombreux, les principaux précédents concernent la Diagonale des Fous à La Réunion, avec trois décès sur ses sentiers, en 2002 et 2012 (un malaise cardiaque et deux chutes mortelles), puis plus récemment la terrible tempête dans un ultra en Chine ayant été fatale à 21 coureurs.

« Le fait que ça arrive pour la première fois sur l’UTMB, juste avant qu’on s’élance, nous a beaucoup interpellés, explique le Perpignanais Olivier Mevel (57 ans), qui a abandonné son challenge samedi matin après 61 km. Mais il faut savoir que le parcours de l’UTMB est bien moins technique que celui de la TDS. Il n’y a quasiment pas d’endroit dangereux en bord de falaise. Ca reste une sérieuse piqûre de rappel des risques de pareille discipline en montagne. Une fraction de seconde, je me suis demandé si les dernières courses seraient annulées. »

Proche du coureur tchèque de 35 ans décédé le 25 août au Passeur de Pralognan (Savoie), Hruska Zdenek a signé un bel UTMB en 27h53.
Proche du coureur tchèque de 35 ans décédé le 25 août au Passeur de Pralognan (Savoie), Hruska Zdenek a signé un bel UTMB en 27h53. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« Profitez de chaque instant dans une course, mais aussi dans la vie »

Marqués comme tant d’événements par l’annulation de leur édition 2020 en raison du Covid-19, les organisateurs n’ont pas fait ce choix. « Depuis toujours, on accorde une importance majeure à nos postes sécurité et santé, précise Catherine Poletti. A la montagne comme à la mer, ce sont souvent les plus grands qui disparaissent dans des conditions qu’on ne comprend pas. La nature peut nous rappeler qu’aussi forts qu’on soit, si c’est l’heure, on ne peut pas éviter cette fatalité. Nous sommes tristes pour ce brillant jeune garçon. » Sa disparition a également rendu les entourages des coureurs « plus inquiets que jamais », comme nous l’ont martelé de nombreux proches de participants amateurs à l’UTMB dans des ravitaillements. A plusieurs reprises depuis le 25 août, des séquences d’applaudissements ont été lancées en hommage à la victime jusqu’à la conclusion de cette édition 2021.

Le moment le plus poignant a incontestablement eu lieu vendredi après-midi, juste avant le grand départ de l’UTMB. Le Tchèque Hruska Zdenek a tenu à lire un message préparé pour le regretté Ondrej Tabarka. « Mon ami Ondrej était l’une des meilleures personnes que je n’ai jamais rencontrées. Il était toujours souriant et humble. Il aimait courir dans les montagnes et la vie. Il a toujours eu une incroyable nature positive. Soyez prudents en montagne, mais en même temps, profitez de chaque instant dans une course, mais aussi dans la vie, parce qu’on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. » Annonçant vouloir courir « en son honneur », Hruska Zdenek a ainsi rendu un autre hommage à son ami, en concluant la redoutable course de 171 km à une belle 58e place, en 27h53.