JO Tokyo 2021 : Fini de rigoler, cette journée de vendredi a bien secoué le sport français

JEUX OLYMPIQUES Entre la chute de Teddy Riner, la défaite des triples champions olympiques à l’épée dès les quarts et l’occasion en or manquée au BMX, la délégation tricolore a déçu dans une journée qui promettait

Nicolas Camus
Yannick Borel, dernier relayeur malheureux lors de France-Japon en quarts de finale du tournoi olympique d'épée par équipe.
Yannick Borel, dernier relayeur malheureux lors de France-Japon en quarts de finale du tournoi olympique d'épée par équipe. — Fabrice COFFRINI / AFP
  • La journée de vendredi aux JO de Tokyo n'a pas amené les médailles espérées côté français.
  • Teddy Riner et l'équipe masculine d'épée, valeurs sûres s'il en est, ont notamment perdu leur titre en route.
  • Ces échecs symbolisent les difficultés de l'équipe de France dans ces Jeux, alors que se profile l'édition parisienne dans trois ans.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

On en rigolait un peu lundi, pour mieux décompresser après avoir passé notre journée à compter les cinquièmes places. Mais là, on n’a plus tellement envie. Si chaque journée charrie logiquement son lot de déceptions dans un tunnel d’épreuves comme les Jeux olympiques, ce vendredi a fait sauter les digues. Le sport français a pris un gros coup de pelle, attaqué au bulldozer sur ses fondations : Teddy Riner et l’épée par équipe masculine. Encore heureux que les handballeurs ont battu l’Espagne un peu après, sinon il ne restait plus qu’à prendre le premier vol pour Paris et se rouler en boule sous le lit en attendant que ça passe.

Ça devait tomber partout aujourd’hui, mais en l’espace de 40 minutes, entre midi et 13 heures à Tokyo (5 et 6 heures en France), la délégation française a connu une longue chute dans le vide, sans trouver une branche à laquelle se raccrocher. D’abord l’épée masculine, triple championne olympique en titre et toujours présente sur le podium depuis Atlanta, qui se fait éjecter dès les quarts de finale par le Japon, certes en pleine progression dans ce sport longtemps laissé à l’abandon mais qui n’aurait jamais dû se trouver en position de faire all-in à 44-44.

« C’est douloureux, ne cache pas Yannick Borel, déjà sorti bien plus tôt qu’imaginé lors de l’épreuve individuelle. Bien sûr, on se sent en dessous de ce qu’on attend de nous, en dessous de tout. » Il parlait là davantage de son cas personnel, en tant que dernier relayeur, mais ses mots s’accordent bien avec l’état d’esprit général.

« C’est pas possible »

Ensuite les garçons du BMX, tous les trois parmi les favoris, brillants en quarts et en demies, et qui terminent 4e, 6e et 7e (sur 7) en finale. « C’est pas possible », ne peut s’empêcher de souffler David Lappartient, ancien patron de la FFC et actuel président de l’UCI, présent dans les tribunes. « Je n’ai pas d’explication. On était bien préparés, pourtant, mais il nous manque la petite étincelle », lâche le DTN Christophe Manin, déjà désabusé par la contre-performance des filles du VTT trois jours plus tôt. « On parle du cyclisme, mais l’équipe de France en général connaît des difficultés sur ces JO », ajoute-t-il.

Dur de lui donner tort. Le paratonnerre est tout trouvé, puisque dans la foulée, Teddy Riner chute dès les quarts de finale au Budokan. Une déflagration. Il sauvera le bronze avec un panache tout à fait louable, mais voir le triple champion olympique se rater sur un grand rendez-vous est une première qu’on n’aurait pas cru connaître un jour.

Le tour des sites de Claude Onesta

Mis bout à bout, ça fait beaucoup, surtout quand ça vient s’ajouter à d’autres accidents industriels, comme Vincent Luis au triathlon (13e) ou la paire Mahut-Herbert au tennis (1er tour). Evidemment, ce ne sont pas des Jeux comme les autres. La pandémie a perturbé les préparations, vidé les calendriers, éparpillé les repères. Mais Claude Onesta, dans une interview accordée au Parisien la veille de la cérémonie d’ouverture, avait prévenu :

Quel que soit le niveau de préparation, quelles que soient les difficultés rencontrées pour aller à des compétitions, il appartient aux athlètes et aux entraîneurs de répondre présents. Il ne faut pas chercher d’alibis ou de justifications aux contre-performances. Quand on va aux Jeux, on doit d’abord être déterminé à saisir toutes les opportunités. »

Le patron de la haute performance au sein de l’Agence nationale du sport est partout durant ces Jeux, à l’aviron, au skate, au VTT, au tennis de table, au judo, au BMX, à l’escrime, au canoë… Il écume les sites, discute avec les entraîneurs et les responsables. Il a vu des leaders s’effondrer, mais aussi des plus jeunes s’affirmer. Tout ça lui servira pour perfectionner son programme « Ambition bleue », qui vise à transformer le système sportif français pour briller à Paris en 2024. Et après aussi, tant qu’à faire.

Même si tous les athlètes défaits « donnent rendez-vous à Paris », l’ancien sélectionneur des Experts, comme tout le monde, constate les difficultés des Bleus. Imperméable aux chiffres, pour le moment. « Je ne suis pas là pour être content ou pas. J’essaie de trouver des analyses fines, sans concession et prendre des décisions pour que l’on progresse, disait-il, toujours au Parisien, après avoir vu Pauline Ferrand-Prévôt échouer au VTT. Il faut simplement trouver les meilleures solutions pour progresser. L’important, c’est être capable d’analyser et de comprendre pourquoi certains ont marché et d’autres non. »

Question d’état d’esprit ?

Les moyens mis à disposition des athlètes, l’approche de la compétition, la mise en condition mentale pour aller chercher des médailles… Il y aura matière à réfléchir à la sortie de ces Jeux. Sur le dernier point, notamment, on a été surpris parfois des discours entendus de la bouche de certains, « contents d’être là » ou « heureux déjà d’être arrivés en finale » alors que ce n’était pas le seul objectif affiché. Est-ce que cet état d’esprit suffit pour devenir champion olympique ? On avait posé la question à Tony Estanguet lundi, après la 5e place de Martin Thomas en canoë slalom. Seulement le deuxième podium raté dans la discipline depuis 1992.

« Oui, ça peut suffire, avait répondu le triple médaillé d’or. Chaque athlète se connaît mieux que personne et a sa propre stratégie de préparation mentale. Ils savent dans quelles conditions ils sont les meilleurs. Pour certains, il faut mettre la barre très haut et se mettre beaucoup de pression, pour d’autres il faut appréhender les choses différemment et monter en puissance au fur et à mesure. Il n’y a pas de recette. Ce n’est pas en se disant autre chose [en parlant de Martin Thomas] que ça aurait forcément mieux marché. »

En attendant, il faut voir dans quel état la France sortira de ces Jeux. Avec 13 médailles alors qu’on arrive en fin de première semaine, l’objectif annoncé de quarante podiums en a pris un coup – les Bleus comptaient 17 médailles dont cinq en or après une semaine à Rio. Il reste évidemment un bon paquet d’épreuves pour inverser la tendance, entre le hand, le basket, l’athlé, le karaté, le pentathlon, la voile ou l’équitation. A condition, déjà, que les piliers restent bien en place. S’il vous plaît.