JO Tokyo 2021 : Le ping français rate sa première médaille depuis des lustres mais s’ouvre des perspectives

TENNIS DE TABLE Emmanuel Lebesson et Jia Nan Yuan ont perdu le match pour la 3e place du double mixte ce lundi, mais ils peuvent être fiers de leur parcours dans un sport où les Asiatiques trustent les podiums

Nicolas Camus
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Les Français Emmanuel Lebesson et  Jia Nan Yuan ont terminé quatrièmes du double mixte des JO de Tokyo, le 26 juillet 2021.
Les Français Emmanuel Lebesson et Jia Nan Yuan ont terminé quatrièmes du double mixte des JO de Tokyo, le 26 juillet 2021. — Kin Cheung/AP/SIPA
  • Emmanuel Lebesson et Jia Nan Yuan ont raté la médaille de bronze ce lundi aux Jeux olympiques de Tokyo en s’inclinant contre la paire numéro 1 mondiale venue de Taïwan.
  • Ce résultat est tout de même un petit événement pour le ping français, qui n’avait plus atteint ce niveau aux Jeux depuis 2000.
  • Il prouve qu’en doubles, comme en par équipes, tout espoir n’est pas perdu pour les années à venir malgré l’outrageuse domination des Chinois, et des Asiatiques en général.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Patrick Chila y a cru, mais à son grand dam, il restera encore pour au moins trois ans le dernier médaillé français en tennis de table aux JO. C’était en 2000, en double avec Jean-Philippe Gatien, avec une troisième place venue récompenser leurs années de bons et loyaux services avant la quille. Sur sa chaise d’entraîneur lundi, il n’a rien pu faire pour sortir Emmanuel Lebesson et Jia Nan Yuan de l’emprise taïwanaise dans ce match pour la médaille de bronze du double mixte. Défaite 4-0 au final face à la paire numéro 1 mondiale, un score tout à fait logique mais qui ne raconte pas tout des fins de sets qui auraient pu mieux tourner, notamment les trois premiers.

Perdus au milieu des Asiatiques

« J’aurais bien aimé que ce soit aujourd’hui [nos successeurs], souffle celui qui est désormais entraîneur national des garçons. On est déçus, parce qu’on se retrouve un peu la place du con, mais ils ont réalisé quelque chose de grand dans ce tournoi. Il y a un an et demi ils étaient loin des Jeux, là ils partent 8èmes, c’est une très grosse perf d’être là. »

Etre là, c’est-à-dire perdus au milieu des Asiatiques, qui dominent encore et toujours le ping mondial. 28 titres sur 33 pour la Chine dans l’histoire, toutes épreuves confondues, trois pour la Corée du Sud, le premier pour le Japon ce lundi, et puis l’intrus suédois Jan-Ove Waldner, champion olympique devant Philou Gatien en 1992, quand la Chine ne s’était pas encore mis à produire du pongiste en batterie.

Depuis le début des années 2000, ce sport est vraiment polarisé à l’est, les Européens arrachant à grand-peine une breloque mondiale deux fois par décennie. Difficile dans ces conditions d’exister pour les Français. Alors cette demie, il convient de la savourer. « C’est magnifique pour la Fédé. On nous dit qu’on n’est pas un sport médaillable, on a prouvé qu’on l’était, appuie Chila. On a des chances, par équipes, en mixte, si on a des bons tableaux on peut faire des trucs. En simples on part de plus loin, mais on compte, nous aussi. »

L’ancien champion d’Europe par équipe (deux fois, même) y voit un encouragement pour les trois à venir. Il n’est pas le seul. Emmanuel Lebesson ne repartira pas le même de Tokyo (après les simples et le par équipe, quand même). « Ce double est une chance de médaille olympique. J’y croyais pas à 100 % avant ce tournoi, mais on a montré qu’on était compétitifs pour ça, estime le gaucher, champion d'Europe 2016. Ça fait un an et demi qu’on joue ensemble, on est une paire jeune. On a encore beaucoup de travail, mais on est dans le jeu. »

Pour ça, il faudra tout de même faire évoluer la méthode. La France n’a pas pour habitude pour faire bosser ses doubles outre mesure. « C’est une vraie question, et ce sera dit au débrief, ajoute Lebesson. Il faut bosser encore plus spécifiquement que ça. Les Asiatiques font des doubles beaucoup plus régulièrement à l’entraînement. On l’a fait sur une période, mais on doit s’y mettre davantage. » Ça tombe bien, le manager général de la Haute performance au sein de l’Agence nationale du sport, Claude Onesta, était dans les tribunes.