Tennis de table: «Je n’étais pas dans un état second, mais pas loin», le champion d'Europe Manu Lebesson raconte

INTERVIEW «20 Minutes» a reçu le tout récent champion d'Europe de ping...

Nicolas Camus

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Emmanuel Lebesson à genoux juste après avoir décroché le titre de champion d'Europe de tennis de table, le 23 octobre 2016 à Budapest.
Emmanuel Lebesson à genoux juste après avoir décroché le titre de champion d'Europe de tennis de table, le 23 octobre 2016 à Budapest. — ATTILA KISBENEDEK / AFP

C’était l’événement sportif de dimanche dernier en France. PSG-OM ? Raté. On parle là de la finale du championnat d’Europe de tennis de table 100% française entre Simon Gauzy et Emmanuel Lebesson, une grande première. Le second l’a emporté, devenant le premier Français sacré depuis 40 ans et l’illustre Jacques Secrétin. Tout juste arrivé du Danemark, où il jouait dès mardi soir en Ligue des champions avec son club d’Angers, il est venu passer un petit moment à la rédaction de 20 Minutes pour échanger avec les internautes. En voici quelques passages.

Le retour à la table en tant que champion d’Europe

«Ça m’a fait bizarre. J’ai eu une standing ovation au Danemark, c’était vraiment particulier. Les gens ont été super avec moi, c’était top. Et en plus on a gagné. Après un début de saison compliqué avec mon club, où je n’ai pas été très performant, j’ai été très content d’apporter la victoire».

La préparation de la finale contre un autre Français

«C’est forcément particulier. Simon est un ami, quelqu’un que j’apprécie dans une salle et aussi à l’extérieur. Il a assisté à mon mariage, il était là dans des moments importants de ma vie. Du coup il faut le préparer comme si c’était quelqu’un de lambda, qu’on ne connaît pas. C’est ce qu’on s’est dit à 14h le dimanche, quand on s’est vu. On s’est dit « on ne se connaît plus jusqu’à 19h30 ce soir. Chacun fait sa vie, et on verra après ». Il fallait être le plus détaché possible».

Ce qui a fait la différence

«J’ai peut-être un peu mieux géré cette situation que lui au niveau émotionnel. Il est un peu plus jeune, l’expérience a joué et puis j’avais moins de pression, je n’étais pas le favori de cette finale. Il reste malgré mon titre le numéro 1 français, 16e mondial à 22 ans, c’est un futur grand. Après, sur le match, j’ai été dominé pendant les trois premiers sets mais ça a tourné pour moi. Quand j’ai mené deux sets à un après avoir été derrière dans la première et la troisième manche, j’ai senti que lui décrochait et que je pouvais aller chercher ce titre».

L'accolade à la fin du match.
L'accolade à la fin du match. - ATTILA KISBENEDEK / AFP

La gestion du stress

«Je me suis dit qu’être vice-champion d’Europe, déjà, ce serait super. Du coup, dans les moments où il fallait conclure, je n’ai eu aucune situation de stress alors que d’habitude les fins de matchs sont compliquées pour moi. Je n’étais pas dans un état second, mais pas loin».

La reconnaissance avec ce titre

«C’est super, tous les gens que je rencontre depuis dimanche sont curieux et reconnaissent que le tennis de table est un sport à part entière. J’espère que ça va apporter du monde dans les salles. Tous ceux qui souhaitent nous rejoindre sont les bienvenus. C’est un sport super, de duel, qui peut être passionnant et donner beaucoup de plaisir».

La génération Gauzy-Lebesson, le renouveau du ping français ?

«Je l’espère ! Après ce doublé historique, auquel on ne s’attendait pas du tout, j’espère qu’on va confirmer ça, qu’on va aller décrocher un titre européen par équipe. Ça nous tient très à cœur de montrer qu’on est de retour sur l’échiquier européen de manière régulière. On a fait médaille aux Jeux de Bakou en 2015, demi-finale au championnat d’Europe en Russie. A nous d’essayer de décrocher des médailles chaque année. Après, au niveau mondial, ce sera une autre paire de manche. On a failli le faire en mars dernier, on est tombé en quarts contre l’Angleterre. Un peu de ma faute d’ailleurs. Le but, c’est de gravir les échelons pour arriver à Tokyo en 2020 avec de bonnes ambitions».

Le top niveau mondial, c’est loin ?

«Parler de médaille mondiale en individuel, c’est très prématuré. Aujourd’hui je vais 26e au classement, donc assez loin des cadors que sont les Chinois. Il y a 14 Asiatiques dans les 20 premiers mondiaux, à nous de réduire l’écart avec eux. Il ne peut pas être plus grand qu’aujourd’hui».

Ça ressemble à quoi une journée de pongiste ?

«Une journée type, pour moi, commence à 8h45 à l’Insep. Je fais une heure de physique, avec beaucoup de fractionné, ensuite deux heures et quart d’exercices techniques face à un adversaire. L’après-midi, c’est axé sur trois exercices spécifiques et on finit par une heure, une heure et quart de panier de balles. On arrête vers 18h-18h30, donc ça fait de bonnes journées».

Un rêve pour l’avenir ?

Je ne pensais pas être champion d’Europe un jour, honnêtement. J’ai encore du mal à réaliser. Ensuite, un titre européen par équipe, vraiment, ce serait super. Et pourquoi pas dès l’année prochaine au Luxembourg. Après, une médaille mondiale et/ou olympique, là ce serait… (ll ne finit pas). Un titre ça sera très compliqué, même si on ne sait jamais sur une compétition. Mais une médaille…