JO Tokyo 2021 : « Je vais pouvoir juger de l’écart », la surdouée Prithika Pavade va enfin se frotter aux joueuses asiatiques

TENNIS DE TABLE La jeune prodige du ping français, très attendue en 2024, va pouvoir se confronter plus tôt que prévu à la crème de la discipline

Julien Laloye
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Prithika Pavade vient à Tokyo pour emmagasiner de l'expérience.
Prithika Pavade vient à Tokyo pour emmagasiner de l'expérience. — FRANCK FIFE / AFP
  • Pritikha Pavade est la benjamin de la délégation française.
  • Plus gros potentiel du ping maison depuis Jean-Philippe Gatien, elle possède un jeu tout en variation à se damner, et une force psychologique remarquable pour une gamine de 16 ans.
  • Elle ne part pas favorite face aux Asiatiques, grandes favorites de la compétition, qu’elle n’a encore jamais affrontées.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Sur elle, vous avez lu la même chose partout, ou à peu près. Benjamine de la délégation française, plus gros potentiel du ping maison depuis Jean-Philippe Gatien, un jeu tout en variation à se damner, et une force psychologique remarquable pour une gamine de 16 ans : La perte de son entraîneur de toujours, décédé brutalement d’un arrêt cardiaque en 2019, n’a pas infléchi une courbe de résultats plus impressionnante que celle du variant Delta. Tout est vrai, n’y revenons pas.

Alors quoi ? Alors Pritikha Pavade, annoncée énorme en 2024, n’a encore jamais plumé une joueuse asiatique de sa vie en simple, ce qui, par les temps qui courent, revient à nous vendre un futur vainqueur français du Tour qui n’aurait jamais gratté une placette dans une course de kermesse en Slovénie.

Plutôt attendue en 2024

Entendons-nous bien : la présence de la jeune fille au Japon relève du séjour à Lourdes. Personne ne l’attendait si vite, si tôt, alors qu’elle n’avait jamais disputé une compétition senior avant le tournoi de qualification olympique. Pour autant, elle n’a jamais tapé plus haut que la 60e mondiale, ce qui fait du chemin avant la médaille à Paris, tout de même.

« Nous aussi on a envie de voir ce qu’elle va pouvoir produire au-delà de ce classement, mais on ne sait pas, reconnaît le DTN Jean-Nicolas Barrelier, Prithika ne connaît pas les meilleures joueuses asiatiques [90 % du top 50, pour faire court]. Là elle va pouvoir mesurer l’écart ». Ecart qu’on devine encore abyssal, à tort ? La jeune fille est moins inquiète que nous :

« Je ne connais pas les Chinoises mais je regarde beaucoup de vidéos pour décortiquer leurs points forts. Ça m’intéresse de voir comment elles jouent. Physiquement, elles sont très complètes, et leur jeu est très équilibré, avec un bon mélange entre la vitesse et les différents effets possibles. Après, pour juger concrètement de la différence de qualité de balle, il faudrait que je sois de l’autre côté de la table ».

Au juste, c’est déjà arrivé quelques fois en stage. Souvent chez les Japonais, d’ailleurs, nation montante du jeu ces dernières années. Qu’en a-t-elle retenu ? « Des athlètes dont le mode de vie est rythmé par le tennis de table. Elles ont un emploi du temps vachement chargé, avec beaucoup de temps à la salle. Je me rappelle qu’on n’avait même pas le temps d’une sieste entre deux entraînements ».

Quoi d’autre ? Beaucoup de préparation physique, et un travail tactique construit autour du concept éclairé de contre-initiative. Sommairement : d’un côté ceux qui attaquent la balle, et de l’autre ceux qui contrent en remettant un effet par dessus, le style de jeu étant, si on a bien compris, beaucoup plus figé qu’en tennis, par exemple. « Ce n’est pas la même culture technique que la Chine, on est plutôt sur des séquences service-remise », précise Pavade.

« Voir si elle est capable de monter une marche »

On la lance sur la comparaison avec le petit génie chez les garçons, le Japonais Harimoto, numéro 4 mondial à 19 ans. Réponse déterminée « Notre jeu n’est pas tout à fait comparable. Je suis moins endurante physiquement, ma force c’est ma vitesse de déplacement et la prise d’initiative. Je n’ai pas peur de rater, quitte à partir à la faute avant l’autre ». Dans les mots du DTN, cela se dit « audace ». « Avoir de l’audace dans notre identité de jeu et repartir de Tokyo sans regrets, pour Pritikha comme pour les autres. Elle a toujours montré une extrême sérénité dans sa progression, on va voir comment elle évolue dans ce contexte de forte pression, si elle est capable de monter une marche ».

Et pourquoi pas tomber contre une Asiatique, pour voir. La dernière fois, en junior, cela avait débouché sur une victoire historique face à la Chine, en double avec sa copine…. « C’est quand même un sentiment différent de les battre, on ne peut pas parler de banalité, surtout en championnat du monde, concède Pavade. Ça montre qu’on peut essayer de les concurrencer. Mais en simple, c’est autre chose ». Pour l’instant.